PREMIÈRE PARTIE
vastes (jue, dans leur généralité, ils en embrassent et conliennent beaucoup d’autres. Mais la connaissance la plus étendue est superficielle et vaine, quand une application intense, quand une réflexion énergique ne lui ont pas communiqué en même temps la profondeur cl la solidité. Enfin, lorsqu’une intelligence est grande par l’étendue des connaissances et grande par la profondeur à laquelle elle a pénétré, son action devient naturellement libre, souple, facile. Ainsi la grandeur intellectuelle, qui est un des caractères de la beauté de lame, peut se définir : là me exerçant sa faculté de connaître largement, énergiquement et facilement. El puisque le terme de puissance comprend les trois précédents, savoir : lélendue, l’énergie et la facilité, celle définition peut se simplifier encore et s’énoncer de cette façon : la grandeur intellectuelle, c’est l ame exerçant sa faculté de connaître avec toute la puissance propre à celte faculté.
En résumant cette analyse métaphysique de la grandeur, on obtient celle définition à la fois générale et jusqu’à un certain point concrète : La grandeur, envisagée comme l’un des caractères du beau, c’est la force ou l ame agissant avec ampleur, intensité et facilité ou, d’un seul mot, avec toute la puissance du genre ; le terme de puissance , nous le répétons, étant désormais considéré comme signifiant non plus la simple propriété ou faculté d'agir soit au repos, soit partiellement développée, mais bien le plus complet développement des propriétés de la force ou des facultés de l ame.
Mais pendant que l’idée de grandeur s’éclaircissait
pour nous, l’idée d’ordre est restée dans cette insuffisante clarté où l’avait laissée notre recherche des effets du beau sur l’intelligence humaine. Que l’ordre soit un des caractères de la beauté, il n’y a plus à en douter. Mais qu’est-ce au juste que l’ordre? Voilà ce que nous ne savons encore que confusément et ce qu’il nous importe de savoir d’une façon nette et précise. Là-dessus, ni l’idée de la grandeur, ni les idées qui y sont comprises ne nous ont rien appris et n’ont pu rien nous apprendre. Pourquoi ? Parce que la grandeur peut parfaitement exister sans l’ordre. En effet, dans un incendie qui consume la moitié d’une ville, la force du feu se déploie avec une grandeur formidable, elle agit avec une énergie furieuse, elle accomplit avec une foudroyante facilité son œuvre de destruction ; et pourtant c’est là une catastrophe, c’est-à-dire un horrible désordre. Un lleuve grossi par des pluies torrentielles sort de son lit, se répand sur une vaste étendue de plaines et emporte avec autant de facilité que de puissance tout ce qui fait obstacle à son courant : voilà la grandeur et le désordre encore une fois réunis. Un écumeur de mer fait son métier avec une rare intelligence ; il y montre un courage de lion; il attaque, frappe, tue, pille avec une suprême facilité; son brigandage a de la grandeur, et pourtant c’est toujours un brigandage, c’est-àdire une des formes les plus désordonnées de la puissance de l’homme. On le voit: la grandeur s’allie* fréquemment avec le désordre; elle est donc radicalement distincte de l’ordre. Si donc nous voulons trouver une claire définition de l’ordre, ce n’est pas