‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 77 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dans les éléments de l’idée de grandeur que nous devrons la chercher.

Les termes de cette définition nous seront bien plutôt fournis par l’étude attentive, et cette fois métaphysique, de ces autres caractères du beau dont l’idée emporte avec elle la notion de certaines limites imposées à la puissance par sa propre nature, caractères ;i ce point unis et frères que, quand les lèvres ont prononcé le nom du premier, unité, elles y ajoutent spontanément et tout de suite les noms des autres : variété, harmonie, proportion, convenance.

Nous avons reconnu que l’unité est un des caractères essentiels de la beauté. Mais ce mot d 'unité est bien vague. Il est indispensable d’en déterminer le sens. Les notions de force et d ame vont nous y aider. Toute force a nécessairement un but, une fin; une force sans but est un non-sens. De même, toute aine a une fin; ma conscience et ma raison réunies l’affirment de mon âme; ma raison b affirme de toutes les âmes, quelles qu elles soient. Ma raison ajoute que la fin de toute force et de toute âme est de réaliser le type de son genre, du moins dans la mesure des puissances dont elle dispose. Or, ce type, largement entendu, est toujours le même et toujours unique pour chaque genre de forces ou d’âmes. La fin de l’âme libre est de réaliser un seul et même type de vertu imposé par la raison .à tout le genre humain; la fin de la force végétative dans le lis est de réaliser un seul et même type de fleur imposé à toute l’espèce, et non de produire tantôt des lis, tantôt des pavots, tantôt des dahlias. L’âme libre est belle par l’unité

THÉORIE

lorsque tous ses actes tendent et aboutissent à cette seule fin de réaliser le type unique de vertu imposé à la liberté par la raison. L’unité de l’âme libre, en tant qu’agissante, c’est donc l’action de l’homme libre réalisant la tin unique déterminée par le type du genre. Voilà, ce nous semble, la véritable signification du mot unité appliqué à la vie de l’âme pour en caractériser la beauté. Mais que fait donc l’âme libre quand elle tend de la sorte vers son unique fin ? Évidemment elle établit entre sa fin et ses actes le rapport d’unité qui résulte ou dérive d’une part de la nature de son libre arbitre, et d’autre part de la nature de sa fin. — De même, la force végétative est belle par l’unité lorsque tous ses développements tendent uniquement à réaliser et réalisent en effet le type du lis, par exemple; L’unité de la force végétative, c’est donc l’action de cette force réalisant uniquement dans telle fleur particulière la fin, c’est-à-dire le type du genre de cette fleur. Mais que fait la force quand elle agit ainsi ? Évidemment elle établit entre son action et sa fin un rapport d’unité qui dérive, d’une part, de la nature de son énergie vitale, et, de l’autre, de la nature de sa fin.

Mais, une par sa substance, l’âme est diverse par ses facultés. De même, une en tant que substance indivisible, la force est multiple par ses propriétés variées. En tant qu’une, mon âme n’a qu’un but, qu’une fin; mais en tant que douée de facultés diverses, mon âme a autant de fins diverses que de facultés. La fin de mon intelligence est de connaître; la fin de ma liberté, d’agir; la fin de ma sensibilité, de jouir et d’aimer.

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