‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 81 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cette autre raison qu’elle se substitue à d’anciennes définitions partiellement vraies du beau, non pas en les détruisant, mais au contraire en les conservant et conciliant dans une synthèse nouvelle. Elle n’exclut absolument que les déterminations fausses qui mettent dans le beau non pas une partie des éléments qui le constituent, mais des éléments qui lui sont communs avec d’autres objets fort différents, comme l’agréable, ou qui lui sont complètement étrangers, comme l’utile. Notre définition nie que le beau soit exclusivement l’un des éléments de l’ordre et qu’il se réduise à la puissance exclusivement ; mais elle affirme que le beau est à la fois la puissance agissante et l’ordre, c’est-à-dire la conformité à une loi, l imité et la variété, l’harmonie, la convenance et la proportion. Par là elle rapproche tous ceux qui avaient confondu le beau avec une seule de ces choses prise à part et les met d’accord, qu’ils y consentent ou non. Pour ceux qui ne voient dans le beau que l’utile ou l’agréable, nous ne saurions nous entendre avec eux : ils affirment ce que nous croyons devoir nier péremptoirement.

Sur ce ils se récrieront, sans doute, et nous opposeront qu’en introduisant dans l’idée du beau l’idée de lin à atteindre ou ellectivemenl atteinte, nous avons, du même coup, intimement mêlé l’idée du beau à celle de l’utile et aussi h celle du parfait ou de la perfection : l’utile étant tout ce qui sert à une certaine fin, et le parfait étant tout ce qui est complètement propre à une certaine fin, ou tout ce qui a complètement atteint la fin propre de sa nature.

THÉORIE

C’est à quoi nous devons dès à présent répondre, en disant dans quel sens et dans quelle mesure nous estimons que l’idée de finalité entre dans l’idée de beauté.

Toute force a, par rapport à elle-même, une fin qui est l’épanouissement total de sa puissance et qui constitue sa lin propre ou interne. De plus, comme tout se tient dans l’univers, toute force a, par rapport à une ou plusieurs forces autres qu’elle-même, une fin qu’elle atteint en dehors d’elle-même; par là elle sert à l’accomplissement de la fin d’une ou plusieurs autres forces. Elle a ainsi une autre espèce de fin qui est sa fin externe, ou son utilité.

Lorsqu’une force a toutes les forces particulières qui lui sont nécessaires pour atteindre sa fin, sans toutefois les avoir encore mises en mouvement, elle possède virtuellement toute la perfection de sa nature, puisqu’elle est parfaitement constituée pour atteindre son but. Lorsque, par l’exercice et le développement de toutes ses énergies, elle est parvenue au complet épanouissement d’elle-même, elle possède non plus virtuellement et à l’état de possibilité, mais réellement et en acte, toute la perfection de sa nature propre. L’une et l’autre perfection entraînent avec elles l’idée de fin interne, possible dans la première supposition, accomplie dans la seconde.

Voyons maintenant si l’idée du beau comprend l’idée de l’une et l’autre perfection, et si elle se confond avec l’une et l’autre idée, ou s’y réduit.

Il est manifeste qu’une force qui a tout ce qu’il lui faut pour agir puissamment dans les limites de sa

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