PREMIÈRE PARTIE
la richesse de toute sa puissance. Dieu, Dieu seul, est toujours tout-puissant et aussi toujours infiniment beau, parce que ses perfections toujours complètes vivent toujours de toute leur vie, et que nulle intermittence n’interrompt jamais leur acte éternel.
Bref, on voit que si la perfection tant virtuelle que réalisée de la force n’est pas la beauté, c’est que, virtuelle, elle exclut, et réalisée, elle n’implique pas nécessairement l’un des éléments essentiels de la beauté, je veux dire le mouvement ou l’action de la puissance.
Une autre espèce de perfection est celle que l’on attribue aux êtres sans défaut ou aux œuvres irréprochables, cires et œuvres d’ailleurs dépourvus de qualités saillantes. C’est là un abus de termes. Cette prétendue perfection n'est que la médiocrité ellemême. Tout le monde place au-dessus de celte correction froide la force vive, animée, fût-elle mal disciplinée et sujette encore à quelques écarts. La première n’est que l’ordre sans la puissance; elle n’est que le cadre nettement tracé et bien fermé, mais étroit, dans lequel se meut la faiblesse au pas éaal et monotone; l’autre est la force ou Laine où bouillonne la chaleur de la sève. On peut espérer de gouverner et régler celle-ci , qui n’en sera que plus féconde : il faut renoncer à échauffer celle-là.
L’idée du beau n’est donc pas identique à l'idée de finalité interne ou de perfection, quoiqu’elle la comprenne. Quant à 1 idée de finalité externe ou d utilité,
THÉORIE
non-seulement l’idée du beau ne la comprend pas, mais elle la repousse et l’exclut absolument. Que l’on essaye, par tous les moyens et tous les rapprochements possibles, de mêler intimement le beau avec l’utile, les résultats qu’on obtiendra répugneront invariablement à la raison à l’égal de l’absurde.
Si le beau est identique à l’utile, la beauté des choses sera en raison directe de leur utilité, en raison inverse au contraire de leur inutilité. Nous devrons notre admiration à la parmentière, et la rose sera par nous proclamée un type de laideur; devant le colza, le lis et le magnolia seront forcés de courber humblement leur tête superbe; enfin le charbon qui nous chauffe sera plus beau mille fois que le diamant qu’il contient, mais qu’il cache, et qui nous éblouit quand il parait.
Une chose à la fois utile et belle, car il s’en trouve, sera utile par sa beauté, belle par son utilité. Pourtant, qui ne sait, qui n’affirme le contraire? L’utilité d’une eau limpide comme le cristal est de nous désaltérer; sa beauté est de réfléchir à nos yeux l’azur du ciel, l’éclat de la lumière et le riant paysage où elle coule. Si le beau est identique à l’utile, il faudra confesser que l’aveugle qui boit cette eau en connaît toute la beauté, et que celui qui l’a contemplée est parfaitement désaltéré.
La beauté accomplie en chaque genre est un idéal dont les choses réelles, dont les êtres vivants peuvent approcher, mais sans l’égaler presque jamais; c’est une pure conception de l’intelligence. L’utile, au contraire, est le plus souvent ce qui prend un corps, ce