‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 86 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

étroits. Telles sont les idées du joli ou du charmant, du sublime, du laid et du ridicule. Puisque notre devoir est de rechercher quelle est la nature et quels sont les caractères des objets auxquels nous avons coutume d’attribuer l une de ces qualifications, quelle méthode suivrons-nous dans cette nouvelle étude ? Referons-nous encore une fois le rude et long chemin que nous avons parcouru pour atteindre en ellesmêmes l’essence et la substance du beau? Oui, et sans hésiter, si un tel effort est nécessaire: non, s’il existe un moyen sûr d’arriver plus promptement au même résultat. Or, ce moyen existe, et le voici :

Lorsque deux objets sont absolument semblables, quiconque en connaît un connaît l’autre. Lorsque deux objets, sans être absolument semblables, ont entre eux plus de ressemblances que de différences, quiconque connaît l’un des deux connaît par là même, le second presque tout entier, puisqu’il n’ignore plus que la faible différence qui les distingue. Dans ce cas, un simple rapprochement, opéré par la comparaison, suffit pour mettre en lumière les traits de dissemblance et parfaire ainsi par l’élude de son semblable la connaissance de celui des deux objets que l’on connaissait déjà aux trois quarts. Mais, à ne parler d’abord que du sublime et du joli, personne ne doute qu’ils soient de la même famille que le beau. De fréquentes confusions le prouvent. Sans doute, on ne confond pas le joli avec le sublime; mais à chaque instant on nomme beau ce qui n’est que joli, et sublime ce qui n'est que beau. Les esprits exercés, qui ne commettent pas ces confusions, les excusent pour-

THÉORIE

tant, parce qu’à leurs yeux ce 11e sont là que des erreurs de nuances; et lorsqu’ils veulent corriger ces jugements, ils s’appliquent bien moins à les réfuter comme faux qu’à les tempérer comme exagérés soit en plus, soit en moins. On les entend dire alors : Cette statue n’est pas tout à fait belle, mais elle est très-jolie; ou bien : Ce poème n’est pas tout à fait sublime, mais il est d’une grande beauté. Ainsi l’on tient pour certain que le joli, le beau et le sublime, ne sont que des degrés divers, successifs, et, malgré tout, assez voisins, d’une même sorte d’excellence. D’où il résulte que nous connaissons déjà du joli une notable partie de son essence, toute celle qui lui est commune avec le beau, que le reste en est la moindre partie, et que, par conséquent, une comparaison attentive avec le beau achèvera de nous faire connaître le joli, sans qu’il soit nécessaire de reprendre au point de départ la longue voie de l’analyse. De même pour le sublime.

Quant au laid, la raison le considère légitimement comme le contraire du beau, et, pour en déterminer la nature, il suffira de nier du beau tout ce qui en peut être ôté sans emporter avec soi la réalité et l’être; car encore faut-il que le laid soit quelque chose. Enfin, le ridicule est très-certainement un commencement de laideur, et, la nature du laid une fois connue, des comparaisons méthodiques nous feront aisément démêler les caractères et le principe interne du ridicule.

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