CHAPITRE VII
ﻫi joli ou du charmant
Comparaison du joli ou du charmant avec le beau : par quoi le joli ou le charmant ressemble au beau et par quoi il en diffère. Ce qu’est en lui-même le joli ou le charmant. — Du joli ou- du charmant dans ses rapports avec l’intelligence, la sensibilité et l’activité de l’homme.
Dans notre étude des idées qui se rattachent étroitement à 1 idée du beau, nous commencerons par celle du joli ou du charmant, parce que le joli, trèsrépandu dans les choses de la nature et dans celles de l’art, nous est plus familier que le sublime, et par conséquent plus aisé à connaître et à comparer avec le beau.
Admettre, comme on le fait généralement, qu’entre le joli et le beau les ressemblances sont plus nombreuses et plus grandes que les différences; admettre que le joli et le beau sont de la même famille, c’est reconnaître explicitement que leur principe interne est le même, que leur nature essentielle est la même aussi; c’est donc avouer que, comme le beau, le joli est toujours une qualité caractéristique de la force active ou de Paine vivante. Il saute au yeux que ce qui n’est ni une force, ni une âme ou n’appartient ni
THÉORIE
h une force, ni à une âme quelconque, ne saurait être joli h un degré quelconque. D’ailleurs, que l’on consulte l’expérience : que l’on choisisse dans tel genre que l’on voudra de forces ou d’âmes la force moins active ou l’âme la moins vivante, on n’obtiendra jamais de la raison qu’elle attribue la qualité de jolie à celte force ou à cette âme. Une fleur fanée, flétrie, morte de sécheresse, peut avoir été jolie; elle ne l’est plus. Une âme froide, égoïste, sotte, paresseuse, une âme dont toutes les facultés vivent aussi peu que possible n’est, aux yeux de personne, charmante à aucun degré.
Maintenant, si le joli ou le charmant est, comme le beau, un caractère delà force active ou de lame vivante, est-il encore, comme le beau, le caractère delà force agissant, ou de l’âme vivant avec toute la puissance que comporte le genre de hêtre donné et que l’on nomme la grandeur? A notre ordinaire, interrogeons l’évidence. Direz-vous de l’Océan que c’est une jolie mer, du Mont-Blanc que c’est une jolie montagne, d’un chêne séculaire que c’est un joli arbre, du lion dans sa force que c’est un joli animal, de Paris que c’est une jolie ville? Vous ne le pourriez sans choquer la raison. De plus, dans les genres relativement petits, il se rencontre des individus d’inégale puissance : direz-vous que les plus puissants et les plus grands sont les plus jolis? Non; les [dus puissants et les plus grands sont beaux parmi les jolis. Nous voyons donc (jiie l’idée du joli ou du charmant exclut l’idée de la plus grande puissance, c’est-à-dire l’idée de la complète grandeur du genre.