‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 88 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Cependant, et je le répète, -ce n’est pas à dire pour cela que l’idée de puissance n’entre «à aucun degré dans l’idée du joli ou du charmant. Un avorton, un être faible ou infirme, en qui Faction est à peine sensible, la vie malaisée, lente, pénible, ne sera jamais qualifié de joli. Que réclame donc la raison d’un être qu’elle doit appeler joli ou charmant? Elle y veut sinon la vie complète, au moins la vivacité: sinon le mouvement ample et large, au moins la facile mobilité; sinon la vigueur, au moins l’adresse; sinon la force, an moins la légèreté; sinon la grâce majestueuse, au moins l’élégance et la souplesse. Mais la vivacité, l’agilité, l’adresse, la légèreté, l’élégance, la souplesse, sont les degrés moyens et non les plus bas degrés de la force active et vivante. Ainsi donc, le joli ou le charmant possède nécessairement le degré moyen de la force vivante ou de la puissance agissante dans chaque genre.

C’est (‘ii quoi le joli ou le charmant dilfèredu beau par rapport à la puissance. Voyons maintenant en quoi il en diffère par rapport à l’ordre.

Si la force vivante moyenne ne déploie qu’une seule de ses énergies et laisse les autres immobiles, inertes, elle manque de variété dans son action et dans sa vie. Si. développant toutes ses énergies, elle les pousse au hasard en sens divers, sans s’inquiéter de les faire conspirer au but total de l’être, elle manque d'unité dans son action. Manquant de variété et d’unité, elle est sans harmonie. Si elle déploie une ou plusieurs de ses énergies trop ou trop peu, de façon h dépasser le but ou à rester en deçà, sa puissance est dépourvue

THÉORIE

de proportion. Enfin, si la force moyenne agit à contretemps, hors de propos, elle perd tout le bénéfice qu’elle pouvait recueillir d’un concours de circonstances favorables; elle ne marche pas d’accord avec ce qui l’entoure, ni ce qui l’entoure d’accord avec elle ; elle pèche cette fois par défaut de convenance. Sans harmonie, sans proportion, sans convenance, sa puissance est nécessairement sans ordre. Dépourvue d’ordre, la puissance moyenne est-elle jolie ou charmante ? Essayez d’associer, dans un ou plusieurs jugements, l’idée de joli ou de charmant avec les idées de monotonie, de désaccord ou de discordance, de disproportion, de disconvenance, vous sentirez, aux secrètes répugnances de votre raison, que les choses que vous tentez de rapprocher se repoussent comme se repoussent les contraires, et vous serez forcé d’avouer que l’ordre n’est pas moins nécessaire à l’existence des jolies choses en tant que jolies qu’à celle des belles choses en tant que belles. Je sais bien que l’on qualifie souvent de jolis ou de charmants certains êtres dans lesquels se remarquent des défauts d’harmonie ou de proportion, ou de légers désordres psychologiques ou physiologiques. Les esprits frivoles vont même jusqu’à croire que ces taches ajoutent un charme réel h l’objet de leurs préférences. Avec un peu plus d’attention, cette illusion se dissiperait, car c’en est une. Le désordre, quel qu’il soit, est un élément de laideur. Ce qui nous attire, c’est ce qui est harmonieux, proportionné, conforme à la loi du genre et au type. En faveur de l’harmonie ou de la proportion moins aperçues, parce qu elles sont répandues dans le tout et

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