‹ La science du christianisme et l'Institution de Calvin; recherches sur la méthode de la science théologiqueChapitre 11 sur 21 · Histoire de l'œuvre de Dieu pour la · texte numérisé non relu

Histoire de l'œuvre de Dieu pour la

RÉGÉNÉRATION DE L'HUMAXITÉ

I. Le document. C'est en tête de l'histoire que se place naturellement ce qui concerne les documents de l'histoire. Tous les hommes ont une idée de Dieu; souvent endormie, elle se réveille dans certains moments * ; le spectacle du monde évoque l'idée d'un Créateur et d'un directeur ' ; mais ces vagues échappées ne donnent pas une certitude; pour que la foi soit ferme, il faut l'Écriture" : « là « où Dieu nous est droictement monstre et peint au vif en « ses œuvres : car alors elles sont estimées selon qu'il ap- « partient, asçavoir par la vérité immuable qui en est la « reigle, et non pas selon la perversité de notre juge- « ment ^ . »

Il faut être certain que Dieu parle par l'Écriture : « mais pource que Dieu ne parle point journellement du

1 m, XIX, 16. — « m, XX. - » III, XX, 17 =s. — * l, m, iv. — ^ I, v, — « I, \^. — ^ I, VI, 3.

« ciel et qu'il n'y a que les seules Escritures où il a voulu « que sa vérité fust publiée pour estre cognue jusques en « la fin, elles ne peuvent avoir pleine certitude envers les <' fidèles à autre tiltre, si non quand ils tienent pour ar- * resté et conclud, qu'elles sont venues du ciel, comme s'ils « oyoient Là Dieu parler de sa propre bouche ' . » Mais d'où leur viendra cette assurance ?

C'est une erreur de dire que l'Ecriture n'a d'autorité que celle que lui donne l'Église : « Si ainsi estoit, que se- « ra-ce des povres consciences qui cherchent une fermeté « de la vie éternelle, veu que toutes les promesses qui en " sont données n'auront arrest ny appuy sinon sur le bon « plaisir des hommes * . » — L'Ecriture tient son autorité de Dieu : « La souveraine preuve de l'Escriture se tire « communément de la personne de Dieu qui parle en icel- « le \» Comment savons-nous que Dieu nous parle dans la Bible? « Si nous voulons bien pourvoir aux consciences, à « ce qu'elles ne soyent point tracassées sans cesse de dou- « tes et légèretez, qu'elles ne chancellent point et ne hési- « tent point à tous scrupules, il est requis que la persua- « sion que nous avons dite soit prinse plus haut que de rai- « sons humaines ou jugemens ou conjectures : asçavoir du « tesmoignage secret duSainct-Esprit*. » On peut avancer des arguments rationnels en faveur de l'autorité de la Bible % comme son ancienneté, les miracles, les prophéties, sa conservation ; mais « le tesmoignage du Sainct-Esprit « est plus excellent que toute raison ",» «ceux qui veulent « et s'efforcent de maintenir la foy de l'Escriture par dis- « putes, pervertissent l'ordre '. »

1 I, vu, 1. - 2 Ibid. — s I, VII, 4. — ■* Ibid. - ^ I, vm. 4. — ' Ibid.

En quoi consiste ce témoignage du Saint-Esprit ? « Com- « bien que Dieu seul soit tesmoin suffisant de soy en sa Pa- « rôle, toutesfois ceste parole n'obtiendra point foy aux « cœurs des hommes si elle n'y est seellée par le tesmoi- « gnage intérieur de l'Esprit. Parquoy il est nécessaire « que le mesme Esprit qui a parlé par la bouche des Pro- « jjhètes, entre en nos cœurs et les touche au vif pour les « persuader que les Prophètes ont fidèlement mis en avant « ce qui leur estoit commandé d'en haut ' . »

2^ Lliistoire. — Calvin expose le fait du salut en deux parties, l'œuvre extérieure et historique de Dieu pour sauver le monde, et l'opération intérieure par laquelle l'individu passe de l'état de péché à l'état de grâce. Ces deux parties sont séparées Tune de l'autre; la première est jointe à l'exposition du péché pour former le 11™^ Livre de l'Institution qui a pour titre « la cognoissànce de Dieu entant « que Rédempteur. » La seconde remplit tout le III'"'' Livre .«• qui est de la manière de participer à la grâce de Jé- « sus-Christ, des fruits qui nous en revienent et des effects « qui s'en ensuyvent. » Nous l'avons déjà exposée.

La première partie (Livre II, ch. vi-XYii) décrit l'œuvre historique de Dieu dans l'humanité pour la ramener à lui et à la vie éternelle. Le chapitre vi sert de transition entre le péché et le salut en faisant voir « qu'il faut que « l'homme estant perdu en soy, cherche sa rédemption en « Jésus-Christ ; » il montre que le salut vient des Juifs, mais qu'il n'a pu s'opérer en aucun temps que par Jésus- Christ*. La révélation de Dieu parmi les Juifs était de telle nature que « Dieu ne s'est jamais monstre propice aux

1 I, vn, 4. - 2 II, VI, 1.

« Pères anciens et ne leur a donné nulle espérance de « grâce, sans leur proposer un médiateur *. » La promesse faite à Abraham s'appliquait à Christ d'après Gai. III, 16 *. Anne parle d'un roi avant qu'Israël fût devenu un royaume ' ; David et ses successeurs sont des images de Christ * ; malgré l'abaissement d'Israël, il y a toujours une promesse de relèvement pour l'aniour de David ^ ; quand les prophètes veulent ranimer l'espérance du peuple, ils lui rappellent la promesse faite à David que sa famille posséderait à jamais le trône royal * ; « Dieu a voulu « que les Juifs fussent imbus de telles prophéties, afin de « les accoustumer à dresser les yeux à Jésus-Christ, tou- « tesfois et quantes qu'ils avoyent à demander d'estre déli- « vrez ^ » Quand Jésus entre solennellement à Jérusalem, il est salué du nom de Fils de David *.

La loi fut donnée non pour contredire la promesse faite à Abraham, « mais plustost pour tenir les esprits en sus- « pens jusques à l'advènement de Jésus-Christ et les inci- •< ter à un désir ardent de telle venue : les conformer aussi « en attente, afin qu'ils ne défaillissent pour la longueur « du terme'.» Par loi, Calvin entend non-seulement le code, mais « la forme de religion telle que Dieu a publiée « par la main de Moyse '^ » Les prophètes renvoient des sacrifices légaux à « un sacrifice unique et perpétuel " . » Les prêtres d'Israël, comme ses rois, sont des images de Christ '*.

Le Décalogue est pour Calvin la Loi morale ' ^ ; la Loi morale a trois buts :

V Elle convainc l'homme d'injustice, et le condamne;

1 II, VI, 2. - ^ Ibid. - ^ Ibid. ~ * Ibid. - ^ Ibid. — « II, vi, 3. — ' II, VI, 4. - « Ibid. — s II, VII, 1.- '0 Ibid. — '^11, vn, 2. — '' Ibid.

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