‹ La science du christianisme et l'Institution de Calvin; recherches sur la méthode de la science théologiqueChapitre 12 sur 21 · II, VIII · texte numérisé non relu

II, VIII

elle rend les mauvais inexcusables, et tourne les élus vers Christ en qui Dieu est plein de grâce *.

2'^ Elle effraye les méchants par ses menaces *.

3" Elle est un secours pour les fidèles « au cœur des- « quels l'Esprit de Dieu a desjà son règne et sa vigueur ; »

« ce leur est un très-bon instrument pour leur faire

« mieux et plus certainement, de jour en jour, entendre « quelle est la volonté de Dieu à laquelle ils aspirent ^ » La Loi subsiste sous la grâce non plus pour maudire, mais pour diriger *.

Le chapitre VIII expose la Loi morale d'après le Décalogue et met en tête deux remarques :

1^ La Loi est spirituelle ; elle veut atteindre non-seulement les actes, mais la vie intérieure % c'est ce que Christ déclare aux Pharisiens (Matthieu Y). La loi de Christ ne supprime donc pas celle de Moïse ; il n'en change pas le contenu, mais il la « purge de mensonges et du levain des « Pharisiens dont elle avoit esté obscurcie et souillée ^ »

2*' « Les préceptes de Dieu contienent quelque chose « plus que nous n'y voyons exprimé par paroles ' . » Il ne faut pas sous ce prétexte donner à des opinions arbitraires l'autorité divine; pour éviter ce danger, une règle est nécessaire : elle consiste à déterminer le but de chaque précepte ; cela fait, si le précepte est négatif, on indique le commandement positif correspondant, si le précepte est positif, on indique la défense correspondante. Ce dernier point est évident, mais pour le premier, l'opinion commune estime qu'on a satisfait à un précepte négatif quand on s'est abstenu de la faute mentionnée ; c'est une erreur.

* II, VII, 6-9. — 2 II, VII, 10, 11. — » II, vu, 12. — " II, VII, 12-14. — ' II, VIII, 6, 7. — « II, Vin, 7. — ' II, VII, 8.

la loi morale exige qu'on aille plus loin et qu'on pratique la vertu contraire à cette faute. Le sixième commandement, en disant :« Tu ne tueras point, » ne se borne pas à interdire le meurtre, ni même à condamner tout mauvais traitement, mais il veut que la vie du prochain nous soit chère et que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour la conserver ' .

Les préceptes du Décalogue ont une forme très-concrète et vivante pour présenter le péché sous son aspect le plus grossier et le rendre détestable *.

Toute l'ancienne alliance prépare la venue de Jésus- Christ, le médiateur promis ; « la grâce de laquelle les « prophètes ont esté tesmoins nous est mise tout privément « devant les yeux, et au lieu qu'ils en ont eu un petit « goust, nous l'avons en beaucoup plus grande abondan- « ce '. » Les chapitres ix, x et xi du 11"^ Livre développent cette idée.

Le mot d'Évangile qui comprend «tous les tesmoignages « que Dieu a jamais donnez de sa miséricorde et de sa fa-

« veur paternelle est appliqué par dignité spéciale à

« la publication de grâce, telle que nous l'avons en Jésus- « Christ *. » On peut, comme saint Paul, opposer Loi à Évangile, si on entend par Loi la « reigle de bien vivre que « Dieu nous a baillée, et par laquelle il requiert et exige <' ce que nous luy devons, ne nous donnant nul espoir de « salut, si nous ne luy obéissons en tout et par tout \ » ^Lais il ne faut pas tenir ce sens du mot Loi pour le seul acceptable : « L'Évangile n'est point tellement succédé à « toute la Loy, qu'il ait apporté une façon plenement « diverse de nous sauver ; dont nous avons à recueillir

1 II, vm, 8-9. - '' II, VIII, 10. - MI, IX, 1. - * II, IX, 2. - ' II, ix, 4.

* quand il est fait mention de toute la Lo}^, que l'Evangile « ne diffère d'icelle sinon au regard de la manifestation « plus grande '. »

Le chapitre x expose les rapports di ressemblance qui unissent l'ancienne et la nouvelle alliance, et les résume ainsi : « L'alliance faite avec les Pères anciens, en sa sub- « stance et vérité est si semblable à la nostre qu'on la peut « dire une mesme avec icelle. Seulement elle diffère en « Tordre d'estre dispensée ^ » Calvin fait voir la ressemblance des deux alliances en relevant trois points :

P Les Juifs n'ont pas reçu de Dieu des biens purement terrestres, « mais il les a adoptez en espérance « d'immortalité, et leur a révélé et testifié ceste adoption, « tant par visions qu'en sa Loy et en ses prophètes ^ «

2^ La première alliance était fondée non sur les mérites d'Israël, mais sur la seule miséricorde de Dieu *.

3" Les Juifs savaient que Christ serait le seul Médiateur « par lequel ils estoj^ent conjoincts à Dieu et estoyent « faits participans de ses promesses \»

Il y a pourtant une différence dans la manifestation de la grâce de Dieu ; cette différence porte sur quatre points : « Je me fay fort, dit Calvin, de monstrer que toutes les « différences appartienent et se doyvent référer à la ma- « nière diverse que Dieu a tenue en dispensant sa doc- « trine, plustost qu'à la substance ". »

1" « Combien que Dieu ait voulu tousjours que son peu- « pie eslevast son entendement en l'héritage céleste et y « eust son cœur arresté, toutesfois pour le mieux entrete- « nir en espérance des choses invisibles, il les luy faisoit « contempler sous ses bénéfices terriens, et quasi luy en

» II, IX, 4.— -' II, X, 2.- 3 Ibid.- ' Ibiil.- ^ II, X, 2 ss.- « II, XI, 1.

« donnoit quelque goust ' . » Les Juifs ont plus estimé cette vie mortelle que nous ne devons le faire aujourd'hui, parce qu'ils y voyaient un gage de la bénédiction et de « la béa- « titude spirituelle à laquelle ils devoyent tendre ^ . »

2<> « Le Vieil Testament du temps que la vérité estoit

« encores absente, la représentoit par images Le Nou-

« veau contient la vérité présente et la substance ^ . » " S"' D'après Jérémie XXXI, 31-34, et saint Paul, la loi indique le bien à faire, mais ne communique pas la force de l'exécuter ; l'Évangile agit sur les cœurs ; ainsi que nous l'avons fait voir plus haut, il ne faut pas exagérer cette différence *.

4° « L'Escriture appelle le Vieil Testament, Alliance de * servitude, pource qu'il engendre crainte et terreur aux « cœurs des hommes ; le Nouveau, de liberté pource qu'il « les conforme en seureté et fiance *. »

A ces différences, on en peut ajouter une cinquième: la première alliance était faite par Dieu avec un seul peuple, la seconde embrasse l'humanité tout entière. Quoique la vocation des Gentils eût été annoncée par les Prophètes, les apôtres eurent de la peine à l'admettre quand elle a dû se réaliser, « cela a voit bien esté prédit par les Prophètes ; « mais ils ne pouvoyent pas estre si attentifs à escouter « les Prophéties que la nouveauté ne les esmeust bien « fort ^ »

Cette diversité dans la manière dont Dieu traite l'humanité aux diverses époques de son histoire a soulevé un scrupule : on a dit qu'une telle conduite était inconciliable avec l'immutabilité de Dieu. C'est une erreur, car le plan

1 II, XI, 1. — 2 II. XI, 3. — 3 II, XI, 4-G. - * II, XI, 7-8. — "■ II, xi, 9. — MI, XI, 11, 12.

de Dieu reste toujours le même, c'est toujours eu vue du même but qu'il agit par ditïereuts moyens. Dira-t-pn qu'un laboureur est léger parce qu'il ne commande pas toute l'année les mêmes travaux à ses domestiques, ou qu'un père est inconstant parce qu'il ne traite pas ses enfants de la même manière à tout âge ' .

La fin du Livre II (chap. xii-xvii) expose l'œuvre de Jésus .

Cette partie est destinée à répondre à la question qui naît forcément dans l'esprit en présence du christianisme : Quelle est la relation qui unit l'œuvre historique de Jésus à la restauration de la vie dans l'individu ?

Pour répondre d'une manière complète à cette question, il faudrait exposer d'une part les faits de la vie du Christ avec les commentaires apostoliques, et décrire d'autre part d'après l'observation, le passage de la vie de péché à la vie en Dieu sous l'action de la vie de Christ. Calvin ne pouvait pas entreprendre un tel travail ; l'étude historique de la vie de Jésus et des écrits apostoliques était aussi peu pressentie que l'analyse scientifique de Fâme humaine. Que fait-il ? Il part de l'expérience qu'il a faite de la réconciliation par Christ et cherche à déterminer la nature de cette œuvre par quelques idées généra,les empruntées à la théologie antérieure, ou à la Bible, comme la Médiation, l'Incarnation, la triple fonction messianique de prophète, de roi et de prêtre.

Il commence par dire que nous ne pouvons rien faire pour nous sauver*; il fallait que Dieu vint à nous: «il ne « restoit nul remède sinon que la majesté mesme de Dieu « descendist à nous, puisqu'il h'estoit pas en nostre pou-

Page 1