CHAPITRE III
La dogmatique de Calvin exposée d'après la méthode scientifiaue.
méthode scientifique
Après avoir indiqué le principe de notre méthode et les trois branches maîtresses de la science théologique, nous retournons à Calvin. Notre intention n'est pas de démontrer notre méthode par l'exemple de Calvin; pour nous, elle est assise sur une autre base; la nature du christianisme et les moyens de connaître que possède l'esprit humain nous font dire qu'il ne saurait y en avoir d'autre. Il se peut que nous ne l'ayons pas dégagée avec une clarté suffisante, mais il nous semble évident que si on n'avait pas l'esprit prévenu par des habitudes, la présence de cette méthode apparaîtrait même dans les dogmatiques qui lui semblent le plus contraires, parce qu'elles mettent le plus en avant la méthode d'autorité. Si nous revenons maintenant à l'Institution, c'est pour chercher à y relever un certain nombre de traits qui sont des traces de la méthode naturelle et pour indiquer les causes qui rendent cette méthode moins apparente. Nous savons bien que si nous réussissions à en faire constater la présence dans la grande dogmatique du XYI™^ siècle, nous aurions peu de peine à la
faire agréer des chrétiens du XIX'"^; mais bien que nous soyons convaincu de cette présence, soit à priori, soit par l'examen, nous croyons qu'il est relativement plus difficile de faire voir cette méthode chez Calvin que de la faire adopter pour l'époque actuelle. C'est en effet par des motifs tirés de l'histoire et de l'habitude qu'on s'oppose à l'emploi des méthodes scientifiques, et on ne contraindra les esprits à les voir dans le passé que quand on leur aura fait admettre que les conditions de la science sont les lois de la pensée et que l'homme n'est pas capable de penser en dehors de ces lois.
Nous commencerons par donner une idée d'ensemble de la dogmatique de Calvin, en la sortant du cadre qu'il lui a lui-même donné, pour la faire entrer dans celui que nous fournit la méthode naturelle.
On pourra voir ainsi d'un coup d'œil quelle place elle occupe dans ce nouveau cadre, et on verra si elle n'y peut entrer que par violence et à l'aide d'un tour de force.
§ 1 . La spéculation.
Nous groupons dans cette section un certain nombre de sujets. qui y rentrent sans qu'aucun lien les rattache dans l'institution, ce sont: les caractères ou les attributs de Dieu, la Création, la Providence^ la Prédestination, la Trinité, et l'état primitif de l'homme.
1. Les attributs de Dieu. Calvin ne s'arrête pas longtemps sur ce sujet et ne le traite pas en forme. Cependant au chapitre V du livre I". il parle de Dieu dans la nature et relève sa puissance :• « Il y a des enseignemens infinis
« tant au ciel qu'en la terre pour nous testifier sa puis- « sance admirable', » et il ajoute: « Pour ceste cause au- « cuns des philosophes anciens ont à bon droit nommé « l'homme un petit monde : pource que c'est un chef-d'œuvre « auquel on contemple quelle est la puissance, bonté et « sagesse de Dieu, et lequel contient en soy assez de mi- « racles pour arrester nos esprits, moyennant que nous ne « desdaignons pas d'y estre attentifs * . »
Au chapitre X du même livre, il expose ce que la Bible nous apprend de Dieu; d'après Exode XXXIV, 6, il rappelle son nom de Jéhova : « son éternité et son essence ré- « sidente en luy-mesme est annoncée par ce nom qui luy « est attribué en premier lieu : lequel est deux fois répété « en hébrieu : qui vaut autant à dire comme Celuy qui est « seul';» il énumère rapidement, d'après le même passage de l'Exode, quelques caractères, puis il les résume dans les trois principaux, qui sont la miséricorde, le jugement et la justice d'après Jérémie IX, 24 : « Certes, ces trois « choses nous sont principalement nécessaires à cognoistre : « sa miséricorde, en laquelle consiste le salut de nous tous ; * son jugement, lequel journellement il exerce sur les ini- « ques, et lequel il leur réserve plus rigoureux à confusion « éternelle; sa justice, par laquelle ses fidèles sont béni- « gnement entretenus*. »
2 . La Création. Ce qui distingue Dieu des autres divinités et des autres êtres, c'est qu'il est créateur du monde et c'est pour nous le faire savoir que Dieu nous a donné le récit de la Création : « Par quoy Dieu a publié l'histoire « de la création par Moyse, sur laquelle il a voulu que la
* I, Y, 2 (Nous citons d'après l'édition publiée à Paris en 1859). — M, V, 3. — 3 I, X, 2. — * Ibid.
« foy de l'Église fust appuyée ; afin qu'elle ne chercliast « autre Dieu, sinon celuy qui est là proposé créateur du « monde*. » Il ne faut pas se livrer à des recherches inutiles sur le moment où Dieu a jugé bon de créer le monde : « Car il ne nous est pas licite, ny mesmes expédient d'en- « quester pour quoy Dieu a tant différé. . . Par quoy un bon « ancien jadis respondit fort bien à un de ces mocqueurs, « lequel par risée et plaisanterie demandoit à quel ouvrage « s'appliquoit Dieu devant qu'il créast le monde. Il bas- « tissoit (dit-il) l'enfer pour les curieux*. »
3. La Providence. Calvin voit Dieu agissant en tout, il ne s'alTête pas au « sens humain, » qui « estime que ce « que Dieu a du commencement espandu de vigueur par « tout, suffit à garder les choses en leur estât. Or la foy « doit bien passer plus outre, c'est de recognoistre pour « gouverneur et gardien perpétuel, celuy qu'elle a cognu « estre créateur: et non pas seulement en ce qu'il conduit « la machine du monde et toutes ses parties d'un mouve- « ment universel, mais en soustenant, nourrissant et son- « gnant chacune créature jusqu'aux petis oiselets \ »
La Providence est la négation du hasard * ; les événements, quels qu'ils soient, sont gouvernés par le conseil secret de Dieu ^ ; les objets inanimés lui servent d'instrulûents. La Providence de Dieu ne consiste pas seulement à voir, mais à faire, à diriger tous les événements ", il n'y a pas de partage entre la Providence de Dieu et le libre arbitre ^ Cette doctrine n'est pas, comme on l'en accuse, identique à la fantaisie des Stoïques, « que toutes choses advie- « nent par nécessité ^;» « fortune et adventure sont mots de
1 I, XIV, 1. — 2 Ibid. - 8 I, XVI, 1. — M, XVI, 2. - ^ Ibid. - ^ I, XVI, 4. — ' Ibid. — ® I, XVI, 8.
« paj'ens ' ; » les événements nous paraissent fortuits, « pource que des choses qui advienent, l'ordre, la raison, « la fin et nécessité est le plus souvent cachée au conseil « de Dieu, et ne peut estre comprinse par l'opinion hu- « main'è * . »
Il faut considérer la Providence de Dieu comme son activité en faveur de son Église ^ ; elle ne se découvre qu'à l'homme qui vit dans l'humilité * ; elle n'interdit pas aux hommes la prévoyance ^ , car « nous ne devons pas contem- « pler la providence de Dieu nue, mais avec les moyens « que Dieu luy a conjoincts *; l'industrie de consulter et se « garder a esté inspirée de Dieu aux hommes, par laquelle * ils servissent à sa providence, en conservant leur vie\»
La Providence ne nous ôte pas la responsabilité de nos actes, car nous nous sentons coupables ^
Le chrétien regarde toujours à Dieu « comme à la principale cause de tout ce qui se fait " ; * il sait que tout concourt à son bien et à son salut ' " , il attribue tout bonheur à Dieu ' ' et voit aux adversités un but salutaire ' * . Quant aux méchants, Dieu non-seulement leur permet leurs mauvaises actions, mais il les veut ; il n'est pas par là auteur de ces péchés, car il ne les commande pas ' ^
4. L'élection. Cette doctrine est pour Calvin « non-seu- « lement utile, mais aussi douce et savoureuse au fruit qui « en revient** ; » si nous l'oublions, nous commettons trois fautes : nous n'attribuons pas à Dieu « toute la cause de nostre salut^» nous ne sommes pas assez humiliés, et nous n'avons « nulle droicte fermeté ne fiance ailleurs'*. » En
* I, XVI, 8. — n, XVI, 9. — M, xvn, 1. — * I, xvii,2. — ° I, xvii, 4. — « Ibid. — ' Ibid. - « I, xvn, 5. - M, xvii, 6. — ^^ Ibid. — '' l,xvii, 7. - ^2 j^ ^^,jj^ 8.— 13 1, xvm. — " III, XXI, 1. — 1* Ibid.
étudiant ce sujet, il faut s'en tenir à ce que Dieu nous dit dans sa Parole^ mais il ne faut pas négliger ce qu'il nous dit ' ; on peut abuser de cette doctrine, comme on peut aussi abuser de toutes les autres '.
La définition est claire : « Nous appelons Prédestination « le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce « qu'il vouloit faire d'un chacun homme. Car il ne les crée « pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à « vie éternelle, les autres à éternelle damnation *.»
La prédestination paraît dans l'histoire d'Abraham qui a été désigné, lui et sa postérité, pour être l'objet du salut; ce choix qui repose sur l'amour gratuit de Dieu est rappelé au peuple d'Israël , pour détruire toute idée de mérite ^ . Dans la race d'Abraham, Isaac a été choisi et Ismaël rejeté ; plus tard Ésati a été écarté et Jacob choisi, plus tard encore deux tribus sont préférées aux dix autres " ; mais la • prédestination s'applique aussi aux individus ' .
Il y a inconséquence à n'admettre que l'élection au salut en repoussant Félection à la mort éternelle * ; on ne peut pas non plus admettre la prescience sans la prédestination % car Dieu pouvait, s'il le voulait, obvier aux maux qu'il prévoyait.
L'élection au salut s'accomplit par la vocation*". Une faut pas croire que l'homme ratifie l'élection de Dieu, ni qu'elle dépende de la foi " . Comment est-on assuré de son élection? il en faut des signes certains ; d'autre part, il ne faut pas se laisser priver de l'assurance divine, car * le « diable n'a nulle plus griefve tentation ne périlleuse pour « esbranler les fidèles, que quand les inquiétant de doute
^ m, XXI, 1, 3.- 2 m, XXI, 3.— » m, xxi,4.- " m, xxi,5.- ^ Ibld. — « III, XXI, 5,6. — ^ III, XXI, 7. — 8 III, xxiii, 1. — ® m, XXIII, 6. —
»»m, XXIV. — ^1 m, XXIV, 3.
« de leur élection, il les solicite d'une folle cupidité de la « chercher hors de la voye ' . »
Pour se rassurer, il ne faut pas vouloir s'élever au conseil de Dieu, mais chercher dans sa Parole : « car comme « ceux qui pour estre certains de leur élection, entrent au « conseil éternel de Dieu sans sa Parole, se précipitent et « fourrent en un abysme mortel : aussi d'autre part ceux « qui la cherchent droictement et en tel ordre qu'elle est « monstrée en l'Escriture, en rapportent une singulière « consolation *. » Il faut regarder à Christ, « auquel seul « repose le bon plaisir du Père%» «nous avons un tesmoi- « gnage assez ferme et évident que nous sommes escrits « au livre de vie, si nous communiquons à Christ*. » « Si « nous doutons asçavoir si Christ nous a receus en sa tu- « telle et sauvegarde, il vient au-devant de ceste doute, « quand il se présente pour pasteur et déclaire qu'il nous » aura au nombre de ses brebis, si nous escoutons sa « voix ^ »
Le dogme de l'élection, on le voit, ne doit pas troubler les âmes par des inquiétudes ; le salut est la manifesta tion de l'élection éternelle ; l'élection ne se fait connaître que dans le fait même oii elle s'accomplit. C'est donc se tromper que de se dire : Je ne saurai que je peux être sauvé que quand je saurai que je suis élu; il faut dire au contraire : Si je me sens uni à Christ, j^ suis sauvé, donc élu.
Ceux qui perdent la foi, n'avaient jamais eu une pleine assurance \ Ceux que Dieu a destinés à la mort éternelle, il les y fait aller ' ; nous en avons des «exemples infinis,» et «n particulier, tous ceux qui sont nés avant la venue du Christ ^ Dieu pourrait les sauver, mais il ne le veut pas ;
' m, XXIV, 4. — 2 Ibid. — 3 m, XXIV, 5. — * Ibid. — = III, xxiv, 6. — « m, XXIV, 7. -^ ' m, XXIV, 12. - 8 Ibid.
le motif de sa volonté est caché en lui ' . Il suffit de savoir qu'ils sont coupables et méritent la mort éternelle*.
6. La Trinité'^. Cette doctrine, qui a été l'occasion et le produit de tant de spéculations, fournit à Calvin la matière de développements assez amples, mais sobres.
Dieu est une essence infinie et spirituelle*. L'Écriture ne s'étend pas sur ce point « pour iious tenir en sobriété * , » et il faut bien se souvenir que ses « manières de parler « n'expriment pas tant rie à rie quel est Dieu en soy , qu'elles « nous en apportent une cognoissance propre à la rudesse « de nos esprits : ce que l'Escriture ne peut faire qu'elle « ne s'abaisse, et bien fort, au-dessous de la majesté de « Dieu ".» Dieu se distingue des idoles; « car il se propose « tellement pour un seul Dieu, qu'il s'offre pourestre con- « temple distinct en trois personnes'. »
Il faut définir ces termes. Le mot de personne ou hypostase 0- emporte subsistence qui réside en un seul Dieu *, » c'est-à-dire désigne un être distinct qui peut avoir des pareils de la même essence que lui, mais qui s'en sépare par le fait d'une existence à part. En cette matière, on est obligé d'employer des mots d'origine humaine qui ne se trouvent pas dans l'Ecriture, mais il n'y a aucun mal à exprimer clairement « les choses qui sont obscurément « monstrées en l'Escriture , » pourvu qu'on ne dise rien de contraire à l'Écriture \ L'Église a été contrainte de préciser les points laissés obscurs dans l'Écriture pour « main- « tenir la vérité contre les calomniateurs qui la renver- « sent en tergiversant ' " . »
Les Pères ne donnent pas tous le même sens aux ter-
^ m, XXIV, 13. — 2 m, sxiv, 14. — 3 1, XIII. — * I, xiii, 1. — 5 Ibid. — ^ Ibid. — ' I, xm, 2. — « Ibid. — » I, xiii, 3. — ^^ I, xm, 4.
mes. Jérôme fait de substance un synonyme d'essence et déclare que c'est un sacrilège de mettre trois substances en Dieu, tandis que St. Hilaire dit à plusieurs reprises qu'il y a trois substances en Dieu, parce que substance a pour lui le sens de personne ' . Il faut éAÏter de vaines disputes de mots ; ce qui importe, c'est la doctrine même : « Or, s'il y en a quelques-uns tant scrupuleux qui ne puis- « sent recevoir ces noms : toutesfois nul d'eux en despit « qu'il en ait ne pourra nier quand l'Escriture parle d'un « Dieu, qu'il ne fale entendre unité de substance; quand « elle dit que le Père, le Fils et le Sainct-Esprit sont trois, « qu'elle ne dénote trois personnes enceste Trinité. Quand « cela sera confessé sans astuce, il ne nous doit chaloir * des mots * . »
La définition du mot personne est celle-ci : « J'appelle « personne une résidence en l'essence de Dieu laquelle es- « tant rapportée aux autres, est distincte d'avec icelles « d'une propriété incommunicable ^ »
Cela dit, Calvin démontre la divinité du Fils *. »
Quand l'Écriture l'appelle la Parole, elle ne veut certainement pas désigner par ce mot une voix, mais « une « sagesse résidente en Dieu, dont toutes révélations et « Prophéties sont procédées ^ ; » elle a concouru avec Dieu à la création du monde ' ; elle a été engendrée avant les siècles ' ; si elle n'a été manifestée qu'en la création, elle n'existait pas moins auparavant * .
L'Écriture appelle Christ Dieu (Ps. XLV, 7; Ésaïe IX, 5 ; XXV, 9 ; Jérémie XXIII, 6) ^ L'Éternel se présente plus d'une fois sous la forme d'un ange (Juges VI^
' I, XIII, 5. — * Ibid. — ^ I, XXII, 6. — * I, xui, 7-13. — * I, xin, 7. — « Ibid. — ' Ibid. - » I, xui, 8. — M, xm, 9, 10.
VII; Osée XII, 5,6; Genèse XXXII, 29, 30). Cet ange est la Parole éternelle ' .
Le Nouveau Testament prouve aussi la « Déité éternelle *» de Jésus-Christ. « Tout ce qui avoit esté prédit du « Dieu éternel, les Apostres l'appliquent à Jésus-Christ, « disans qu'il a esté accompli en luy, ou le sera ^ » En outre Jean, Paul et Thomas l'appellent Dieu *.
Les œuvres mêmes que la Bible raconte de lui font voir sa divinité ; il viole le sabbat, il gouverne le monde, il pardonne les péchés, il connaît les pensées de l'homme '^ ; il fait des miracles non-seulement par don de Dieu, mais par sa propre vertu qu'il a même le pouvoir de communiquer ; il se dit salut, justice et vie ; il demande qu'on croie en lui, il donne la vie éternelle. Paul déclare ne savoir que Christ, alors que Dieu défend de se glorifier ailleurs qu'en lui. Les apôtres dans leurs lettres adressent leurs vœux à Christ comme à Dieu, attendant tout de son intercession et de lui-même ". Calvin ajoute ici ces paroles remarquables, qui sont bien supérieures à la conception autoritaire et didactique de la révélation : « Ceste cognois- « sance qui gist en pratique et expérience est beaucoup «. plus certaine que toutes spéculations oisives ; car l'âme « fidèle recognoist indubitablement, et par manière de « dire, touche à la main la présence de Dieu, là où elle « se sent vivifiée, illuminée, sauvée, justifiée et sancti- -K fiée \ »
Le Saint-Esprit aussi est Dieu *; il était «espandu sur les « abysmes ^ ;» avec Dieu il envoie les prophètes, il soutient et vivifie toutes choses, et nous-mêmes, nous le sentons agir
1 I, XIII, 10. — 2 I, XIII, 11. — 3 Ibid. — * Ibid. — ^ I, XIII, 12. — I, xm, 13. — "' Ibid. — ^ I, xiii, 14, 15. — ^ I, xiii, 14.
en nous pour nous régénérer; il sonde les secrets de Dieu, il dispense les dons de Dieu; nous devons être ses temples ; le péché commis contre lui est le seul irrémissible.
Les personnes de la Trinité se sont manifestées plus clairement à part Tune de l'autre depuis l'avènement du Fils ; néanmoins elles sont un seul Dieu, de même qu'il n'y a qu'une foi; la foi est simple et n'a pour objet que Dieu ; il faut donc que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient de la même essence, ne formant qu'un seul Dieu '.
Il y a cependant une distinction entre les personnes : il est dit que la Parole est en Dieu , qu'elle a sa gloire avec le Père; il faut bien qu'ils soient distincts, autrement ces locutions seraient tout à fait oiseuses et vides, on ne rapproche pas deux choses qui se confondent. Jésus dit qu'zm autre témoigne en sa faveur ; le Père a créé par sa Parole ; le Père n'est pas venu sur la terre, il n'est pas mort et ressuscité. Cette distinction des personnes est antérieure à rincarnation ^.
Le Saint-Esprit est distinct du Père puisqu'il en procède ; il est distinct du Fils, puisque celui-ci dit qu'il enverra un autre consolateur ^ .
La distinction des personnes est difficile à exprimer, cependant on peut dire que le Père est la source et l'origine de tout; le Fils, la sagesse et l'ordre; le Saint-Esprit, l'action *. Il ne faut pas s'égarer dans des subtilités et le plus sûr est de se tenir à ce qu'expose saint Augustin {de Tritiitate, lib. V)^
Nous ne connaissons pas l'essence de Dieu ; l'Écriture vient à notre aide ; comment pourrions-nous nous étonner
^ I, XIII, 16. — ^ I, XIII, 17. — 3 Ibid. — * I, XIII, 18. — ^ I, xm, 19.
de cette ignorance, puisque notre esprit n'est pas même capable de connaître sa propre essence ^ .
6. L' état primitif de l'homme. L'homme se compose de deux essences, l'âme et le corps, qui sont distinctes ; l'âme n'est pas une qualité du corps, c'est une essence immortelle. L'immortalité de l'âme est démontrée par la conscience qui juge du bien et du mal, et par les facultés de l'âme qui, s'élevant jusqu'à Dieu, ne peuvent être périssables. L'Écriture, enfin, parle à tout propos de l'âme comme d'une essence propre et immortelle * ; elle atteste l'origine divine et la destinée éternelle de l'âme, en déclarant que l'homme a été créé à l'image de Dieu ' . Pour savoir en quoi consiste cette image, il faut nous rappeler qu'elle a été déformée en nous par la corruption de notre nature, et écouter ce qui nous est dit sur l'œuvre de Christ en nous pour nous la rendre, car « la fin de nous régéné- « rer est que Jésus-Christ nous reforme à l'image de « Dieu *. » Parlant de ce renouvellement, saint Paul indique comme ses éléments la connaissance (Col. III, 10), puis une justice sainte et véritable (Eph. IV, 24). Il dit ailleurs (2 Cor. III, 18) que nous contemplons la gloire de Christ pour être transformés en son image ; c'est donc Christ qui est l'image parfaite de Dieu. Cette image a trait à la vie spirituelle et céleste, elle se trouve chez les élus et ne se déploiera pleinement que dans la vie à venir ^ La femme, aussi bien que l'homme, est faite à l'image de Dieu \ — Calvin se livre ensuite à une recherche des facultés de l'âme; les philosophes s'égarent sur ce point; confondant l'état actuel de l'homme avec son état primitif,
1 I, xin, 21.- 2 I, XV, 2. — » I, XV, 3. — * I, xv, 4. — ^ Ibid. — « Ibid.
ils oublient le péché originel et ses suites ' . Calvin admet deux facultés principales, l'intelligence et la volonté : « L'intelligence est pour discerner entre toutes choses qui « nous sont proposées et juger ce qui nous doit estre ap- « prouvé ou condamné. L'office de la volonté est d'eslire
* et suivre ce que l'entendement aura jugé estre bon, au « contraire rejetter et fuir ce qu'il aura réprouvé '.» Dans son intégrité, l'homme possédait ces facultés en un tel état qu'il « avoit franc arbitre par lequel, s'il eust voulu, il eust « obtenu vie éternelle ' ; » « toutes les parties de l'âme
* estoyent reiglées à se bien ranger : l'entendement estoit <« sain et entier, la volonté estoit libre à élire le bien *, » mais Dieu n'avait pas donné à l'homme « la vertu de per- « sévérance % » aussi a-t-il pu pécher. Telle a été la volonté de Dieu, « cela est caché en son conseil estroit et nos-
* tre devoir est de ne rien sçavoir qu'en sobriété \ »