‹ La science du droit en Allemagne depuis 1815Chapitre 4 sur 8 · III. Du droit ecclésiastique · texte numérisé non relu

III. Du droit ecclésiastique

Le droit ecclésiastique, vulgairement appelé le droit canon , était autrefois la seule branche de la jurisprudence que Ton enseignât aux universités à côté du droit romain. Cette connexilé est encore indiquée aujourd'hui par le grade de docteur en droit , puisque le gradué se nomme utriusque juris doctor. Le droit ecclésiastique , en eiFet , se rattache au droit public. Après la dissolution de l'empire germanique , il perdit en grande partie son importance ; il la reprit seulement depuis 1815, et surtout après la réorganisation des diocèses catholiques , par suite des concordats que les divers souverains de l'Allemagne conclurent avec Rome*.

Autrefois l'Allemagne avait des canonistes fort célèbres , tant catholiques que protestants , parmi lesquels Bœhmer le père, mort en 1749, est de beaucoup supérieur aux au(res. Il a donné ( 17 W) la meilleure édition du Corpus juris canonici , et il a inséré dans son Jus ecclesiasticum protestantium ( 1*^* édit., 1714- ; 2"", 175fc) un commentaire du droit ecclésiastique, qui jouit encore aujourd'hui de la plus haute autorité. Il a encore publié un Manuel abrégé du droit ecclésiastique, et ce manuel a été longtemps suivi dans les universités.

Parmi les auteurs catholiques , on distinguait à la fin du siècle dernier deux partis , l'un i^Xixs favorable aux

^ Ce sont les concordats de la Bavière (1817), de la province du Haut-Rhin , Wurtemberg, Bade Hesse, Nassau ( 1 8 s i j, Prusse ( 1 8 2 1 ) , Hanovre (i8î4).

droits de l'Église dans l'État , Tautre soutenant le droit de l'État sur l'Église, Les partisans du dernier système formèrent une école dont le célèbre évéque de Trêves , de Hontheim , connu sous le nom de Febronius, était le chef , et qui dominait en Autriche avec Tappui de l'empereur Joseph II , qui , de sa seule autorité, avait fait subir à l'Église plusieurs réformes et avait fortement restreint le pouvoir du pape dans ses États. On ap'pelle encore aujourd'hui cet ordre de choses le système de Joseph II. Les principes en sont surtout enseignés dans les manuels des canonistes Rieger et Sauter, morts tous les deux professeurs de l'université de Fribourg, et par quelques auteurs plus récents , piirmi lesquels Rechberger, en Autriche , a le plus de célébrité. Son Manuel du droit ecclésiastique autrichien a été publié en allemand , en latin et en italien. Dans le reste de l'Allemagne , celui de Wiese , ouvrage peu profond , imprimé cinq fois de 1799 à 1821, est , avec l'ouvrage latin de G. W. Bœhmer , fils du célèbre canoniste, ouvrage dont une septième édition a été publiée en 1802, celui qui a eu le plus de vogue. Pour les catholiques , l'autorité la plus imposante était et est encore Van Espen.

Mais une nouvelle ère a commencé pour cette étude pendant la période qui nous occupe , par l'apparition du Manuel du droit ecclésiastique , composé par M. Ferd. Walter, professeur à l'université de Bonn. Cet ouvrage, aussi remarquable par le fond que par la forme , a eu huit éditions dans Tespace de 16 ans ; elles ont paru en 1821, 1823, 1825, 1829, 1831, 1833, 1836 et 1839. La quatrième édition est, comparativement aux trois premières , un ouvrage nouveau , et les deux dernières ont subi de très-grandes améliorations. Ce livre contient

aujourd'Ilui 798 pages. Pour faire coniïailre son carac- . ; tère , nous devons dire quelques mots de la direction

f^^ que I étude du droit ecclésiastique avait prise en Alle-

magne vers la fin du XV1II« siècle. Les auteurs qui écrivaient sur cette branche du droit, partaient ordi- > nairement d'un point de vue philosophique. Ils admet-

taient un droit ecc/e«a5a^iie naturel, c'est-à-dire, un ensemble de principes fondamentaux , déduits de la » doctrine générale du droit naturel^ telle que l'école de

Kant l'avait mise au jour. Le droit positif, tant de TEglise catholique que des confessions protestantes , était subordonné à ces théories et modifié par elles.. On rejetait comme suranné tout ce qui ne se conciliait pas * avec la science pure. Parmi les auteurs qui suivaient

^ cette méthode, nous citerons feu Th. Schmalz, profes-

seur de droit naturel à Berlin. Son Manuel du droit ecclésiastique est parvenu , après la mort de l'auteur, en y i%Zky à sa troisième édition.

M. Walter se déclara ouvertement contre cette méthode, et présenta le droit ecclésiastique dans toute ■ sa pureté historique. Tout son ouvrage est dominé par

cet esprit , ce qui lui donne une base sûre. Le droit ecclésiastique catholique surtout y est développé avec une clarté admirable, et tel que TEglise l'a enseigné ellemême , que ses enseignements aient été ou non reconnus par le pouvoir séculier. C'est ce qui a valu à M. Walter Tépithète d'ultramontain de la part des auteurs attachés à l'école de Febronius. Dans aucun ouvrage l'histoire du droit ecclésiastique n'est ex posée avec plus de sagacité que dans le sien ( p. 100 — 248 ). L'auteur a mis à profit toutes les recherches, tant anciennes quemodert nés , sur les sources du droit canon , et entre autres

celles de feu La Serna Santander sur la véritable collée-

tion dlsidore de Séville. On trouve chez lui ( p. 155 et «uiv.) une discussion fort remarquable sur l'auteur probable et sur le but des fausses décrétales insérées dans la collection pseudo-isidorienne , et sur celles dont cette collection est la source. L'histoire du droit de Féglise grecque y est également traitée, ainsi que les principes du droit qui la régit encore aujourd'hui. Un chapitre particulier est destiné à déterminer les rapports qui doivent exister entre TÉglise et TÉtat, et un livre entier ( le cinquième ) traite de l'influence qu'a exercée le droit canon sur la législation civile et politique des peuples chrétiens. On doit être étonné qu'il n'ait pas encore été fait une traduction française de l'ouvrage tleM. Walter*.

Pour combattre la direction que M. Wal ter donne à l'étude du droit ecclésiastique , un de ses collègues , feu M. Droste Hûlshof, a publié en 1828 un Manuel du droit ecclésiastique auquel les principes de TEglise gallicane servent de base. On les trouve aussi dans le Manuel de M. Brendel de Wûrzbourg ( qui de 1819 à 1839 a eu trois éditions ) , ainsi que dans celui de M. Ëichhorn ( deux volumes de 1680 pages , publiés en 1831 et 1833). C'est le meilleur livre sur le droit ecclésiastique , qui ait été publié par un auteur protestant de nos jours. Nous passons sous silence un grand nombre d'auteurs qui ont traité le droit ecclésiastique d'un état particulier. La plupart des trenteliuit états de la Confédération germanique ont eu leurs canonistes .

Toute cette étude a reçu un nouvel intérêt de la lutte

** Elle Tient de paraître. {Note des directeurs de la Revue,)

qui s'est engagée en Pru$se à la fin dfi 1837, par suite de Tenlèvement, ordonné par le roi, dç Varch^éque de Cologne. Près dje 200 brochures ont paru , et d autres paraissent encore à ce sujet. La Bavière est devenue le centre des défenseurs de l'Eglise ^ et le Jcwnal historique et politique , publié par MM. Guerres fils et PhiUpps, est Torgane d'une école qui rappelle souvent les doctrines défendues par le parti catholique de la Belgique, avant, pendant et après la révolution belge. Cette école attaque surtout les partisan^ du 'système de Joseph II , dont le nombre semble avoir diminué en dehors et même dans le sein de l'Autriche.

A la fin de cette notice , nous devons appeler l'attention de nos lecteurs sur une nouvelle édition du Corpus juris canoniçi^ faite sur celle de Bœhmer par M. Bichter y professeur à Leipsic jusqu'en 1838 , et aujourd'hui à Marbourg, et sur la traduction allemande des parties les plus importantes de cette source fondamentale , faite par MM. Schilling et Sintenis.

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