PROBLÈMES (XXIX
sur le marché , ou dans un autre lieu du même genre estil puni de mort, tandis que le vol commis dans une maison entraîne seulement la restitution au double de la valeur de la chose volée ?
Aristote en donne plusieurs raisons. D'abord le vol dans les maisons est plus facile à éviter, tandis que dans les lieux publics la surveillance est presque impossible. On n'est pas tenu de recevoir quelqu'un dans sa maison , tandis qu'on est forcé de subir son contact au dehors.
A cette raison principale , se joignent des raisons accessoires : — Le voleur qui se cache pour entrer dans une maison éprouve une sorte de honte de son action. S'il est pris, il demande pardon et ofire de réparer pour n'être pas poursuivi. Au contraire, celui qui vole dans un lieu public sait très bien que s'il est pris il ne peut échapper. Il brave tout et par conséquent il est plus pervers. — Les vols commis dans les lieux publics déshonorent la cité tout entière , chargée de maintenir le bon ordre. — Celui qui est volé dans un bain est exposé à se retirer nu, et à se voir en butte aux moqueries des passants. Celui qui est volé dans sa propre maison, ne court pas ce danger.
Ce n'est pas le seul cas où la peine soit aggravée à raison d'une circonstance particulière. Ainsi l'injure adressée à un magistrat est punie plus sévèrement que l'injure adressée à un simple citoyen. Dans le premier cas, ce n'est pas seulement l'homme qui est outragé, c'est l'État lui-même.
On pensera peut-être qu'il n'était pas sans intérêt de relever les questions ainsi posées et les réponses faites par Aristote. Les raisons qu'il donne ne sont pas toujours justes. Quelques-unes peuvent paraître subtiles. Mais il est bon de savoir comment les Grecs s'y prenaient pour étudier leurs propres lois, et quel esprit ils apportaient dans cette étude.