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LE MARIAGE ET LA FAMILLE

La ville nouvelle est construite sur une hauteur. Au sommet l'agora, et tout autour de l'agora les temples des dieux, les salles où siègent les magistrats et les tribunaux. Tous ces emplacements, tous ces édifices sont choses également sacrées. En cercle et sur les pentes s'élèvent les maisons de la ville, parmi lesquelles on distingue les gymnases, les écoles, les théâtres. Y aura-t-il un rempart? Ce n'est pas l'avis de Platon ^ Sparte n'a point de murs, et c'est à la frontière qu'il faut élever des fortifications plutôt qu'autour de la ville. On peut toutefois disposer les maisons de telle sorte qu'elles soient toutes, à l'extrémité du moins, de la même forme et rangées sur une seule ligne, de manière à présenter un obstacle et pour ainsi dire un mur continu. Des règlements de police pourvoient soit à l'écoulement des eaux, soit à la protection du domaine public contre toute usurpation ou dégradation. Tout est prêt maintenant pour recevoir la nouvelle population.

Le fondement de la famille et de la société est le ma-

y Aristote, Politique, VII, 11, soutient au contraire qu'il est nécessaire de fortifier les villes.

60 MARIAGE (lois ti , 15-23).

riage. C'est le premier objet qui appelle l'attention du législateur. Pour les fiançailles et les cérémonies qui doivent précéder, accompagner ou suivre le mariage, Platon renvoie aux exégètcs qui ont le dépôt de la tradition religieuse. 11 ne faut donc pas lui demander un Code complet sur cette matière, mais seulement quelques dispositions sur des points essentiels. Avant tout, Platon veut que les futurs époux se connaissent, et les mœurs de TOrient ne permettent guère aux jeunes filles de se laisser voir. De là la nécessité des fêtes publiques qui réunissent autour d'un autel commun, douze fois par an, tous les membres d'une même tribu, et douze autres fois tous les membres d'une même phratrie. C'était aussi l'usage à Athènes où chaque tribu était placée sous l'invocation d'un héros éponyme, et oii chaque phratrie avait ses réunions religieuses dont les membres s'appelaient 'Opystovcç. Platon veut que ces fêtes soient célébrées non seulement par des cérémonies religieuses, mais encore par des chœurs de danse, sous la surveillance des magistrats chargés de la direction des chœurs.

L'âge pour contracter mariage sera de vingt- cinq à trente-cinq ans pour les hommes, de seize à vingt ans pour les femmes. L'usage chez les Grecs était plus large. On trouve des exemples de mariages contractés pour les filles à quinze ans\ et pour les hommes à dix-huit ^

L'homme qui atteint l'âge de trente-cinq ans sans être marié est coupable, et la loi le punit d'une amende annuelle qui varie de trente à cent drachmes, suivant les classes. Si cette amende n'est pas payée exactement, elle est exigée au décuple. Elle est perçue au profit de la déesse Héra, dont le trésorier est personnellement responsable du recouvrement. Outre cette peine pécuniaire ;, le céliba-

* Xénophon, Économique, VII, 5.

^ Démoslhène, c. Bœotos , p. 1109.

CÉLIBAT. — DOT (LOIS VI, lo-23). 61

lairc n'a pas droit au respect des jeunes gens et ne [)eut leur infliger aucune correction. C'est là une institution Spartiate. A Sparte, il y avait contre les célibataires une action publique, àya^-'o-j Ypa^rj , qui entraînait ratiniie et certaines pénalités accessoires consistant en marques de dérision ^ Dans le reste de la Grèce, les célibataires étaient vus avec une certaine défaveur, mais rien ne prouve qu'ils aient été frappés d'une peine. Plutarque et les lexicographes disent bien que V 2-ro^[jJ.z'j ypa^r, existait ou du moins avait existé à Athènes, mais cette indication paraît inexacte et, dans tous les cas, la loi qu'ils attribuent à Solon serait tombée de bonne heure en désuétude ^ Au reste, les précautions mêmes que prend Platon pour assurer le recouvrement de l'amende montrent bien qu'il s'attend à trouver de la résistance dans les mœurs.

Les femmes se marieront sans dot. Il est interdit d'en donner comme d'en recevoir. On peut seulement donner ou recevoir un trousseau d'une valeur de cinquante drachmes à deux mines, suivant les classes. Tout ce qui sera donné ou reçu en plus sera confisqué au profit de la déesse liera et de Jupiter, et une amende d'égale valeur sera perçue au profit du trésor public. C'est l'ancienne loi de Sparte, antérieure à la loi d'Lpitadée. Déjà même avant cette dernière loi les filles recevaient des dots en argent et en objets mobiliers ^ A Marseille il .y avait un maximum, fixé à cent pièces d'or pour la dot, cinq pour le trousseau et cinq pour les joyaux\ A Athènes, la loi de Solon défendait

^ Plutarque, Lyciirgue, \o. — Athénée, XIII, "2. — Ottfr. Millier, Die Dorier, t. Il, p. 280.

^ V. sur ce point Caillemer, v° 'AYaaiou ypa'^rj , dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines , et Lipsius, dans Meier et Schœmann, Der attische Process , note 423.

^ Denys de Byzance, De Bosp. Tlirac, p. 17. — Plutarque, Lysandre, 30; Apophtiiegmes , p. 223-229. — Elien, VI, 4 et 6. — Justin, III, 3. — V. ÔLLtried xMuiler, Die Dorier, t. II, p. 192.

' Straboû, IV, 1, 5.

62 LA FILLE EST DONNEE (lOIS YI , 15-23).

de donner aux filles plus de trois habits et quelques objets mobiliers de peu de valeur \ mais Plutarque s'est mépris quand il affirme que la fille n'avait pas d'autre dot. Au temps où écrivait Platon, l'usage des dots était général dans toute la Grèce. Longtemps exclues de la succession paternelle, les filles avaient été enfin admises à y prendre part avec leurs frères, non pas, il est vrai, sur le pied de régalité (En Crète, elles n'avaient qu'une demi-part), mais, du moment où la fille avait droit à une part quelconque, il était naturel qu'elle pût la recevoir en dot, par avancement d'hoirie. Aussi les dots se rencontrent dans la loi de Gortyne. Un texte dlsée^ nous apprend qu'à Athènes il était d'usage pour le père de donner à sa fille, en la mariant, le dixième au moins des biens propres, to cr/,aTov {jLÉpî; Twv -rraTptowv , c'est-à-dire des biens que le père avait reçus lui-même en héritage de ses ancêtres, par opposition aux acquêts.

La dot avait d'ailleurs un avantage. Si la femme richement dotée prenait dans la maison une indépendance parfois excessive , la dot était ordinairement une garantie d'égalité entre les époux. La femme dotée, n'étant plus à la discrétion de son mari, se trouvait, dans une certaine mesure, assurée contre le divorce. Ainsi la dot qui accompagnait d'ordinaire tout mariage légitime devenait le signe et la preuve du mariage.

Le mariage est un contrat auquel la fille future épouse n'est pas sans doute étrangère, car son assentiment, s'il n'est pas exigé par la loi, est tout au moins requis par les mœurs, mais ce n'est pas elle qui joue le principal rôle. Le contrat est passé entre le futur époux et les parents de la future épouse, qui ont le droit de la donner. C'est là une institution fondamentale non seulement de l'ancien

* Plutarque, Solon, 20, 'laatia xpt'a xal ay.idr^ u.[xpou voixiaitaTo; à;ta.

^ Isée, Succession de Pyrrhus, § 51.

PAR QUI (lois VI, 1j-23). 6'J

droit hellénique, mais de toutes les uations de la grande famille indo-européenne. Platon donne ce droit d'abord au père, à son défaut, à Taïeul paternel, en troisième lieu, aux frères par le père. A défaut de ces personnes, la loi appelle les parents de la ligne maternelle dans le même ordre. Si lés deux lignes viennent à manquer, le droit sera exercé par les parents les plus proches, conjointement avec les tuteurs. En somme, le principal rôle appartient, en fait, au père et aux frères. La loi de Gortyne Tentend bien ainsi*. A Athènes, la loi de Solon désignait seulement le père, le frère consanguin et Taïeul paternel. A leur défaut, si la fille n'était pas épiclère, le droit de la marier appartenait aux tuteurs désignés par le père^ A ces personnes il faut ajouter le fils, dont la loi ne parlait pas, mais qui était le y/j^izz de sa mère et avait le droit de la marier. A Sparte, le droit de marier les filles non épiclères appartenait au père ou à son héritier ^

Le contrat ainsi passé entre le futur époux et les parents de la future épouse s'appelait £77075, comme le contrat de cautionnement. En effet, ceux qui donnaient la femme en mariage se portaient garants de son état civil, et s'ils commettaient un mensonge, le mariage ainsi contracté n'était plus qu'une union illégitime et les enfants devenaient bâtards.

Une autre institution qui se retrouve partout est celle

* Loi de Gortyne, § 42 : Ilarpo; oovto; % êoelTZio).

^ Hypéride, c. Athénogène , col. 7, 1. 51 : 'Eàv lyvor^TV] tcç eVi Stxaioiç Saaapxa, ex xaûxrjÇ sivat TiaToaç yvyigiouç a)^X' oùx lav xtç «jiEuaà- (jLôvoç... EYYuviTr,. Démosthène, Deuxième plaidoyer contre Stephcmos, S 10 : Mv av £YYU7iGy) zr.i ôtxaiotç oaixapra eivat, r^ zaTr,p '/] (Xùz,k'j>o; oy.o- TTocTtop r^ TTOcTiTroç ô Tipoç TTarpoç , Ix TauT/]ç £ivai zaToa; yvr^Gio\jç' eolv os li-rjOsl; r, toutwv, eàv [xsv IttixXyico; tiç rj , tov xuptov f/zvr làv Se jjt.y) r\^ OTio av l7riTpe>|iYl , toutov xupiov £Îvat.

^ Aristote, Politique, II, 6, 11.

64 REPAS DE NOCES. MENAGE A PART. ESCLAVES (l. VI, lo-23).

du repas de noces. Partout aussi la loi s'est efforcée d'en restreindre la dépense. Platon défend d'y inviter plus de cinq parents et cinq amis de chaque côté, soit vingt personnes en tout, et la dépense est limitée à un maximum de vingt-cinq à cent drachmes, suivant la classe du cens. Ailleurs, on ne pouvait inviter plus de dix hommes et dix femmes et la fête ne pouvait durer plus de deux jours ^ A Athènes, le nombre des convives ne pouvait dépasser trente-. Le repas de noces avait un caractère religieux et les invités étaient pris à témoin du mariage ^

Les pages qui suivent sont un curieux mélange de simples conseils et de prescriptions rigoureuses. Platon désire que les nouveaux époux s'éloignent de la maison paternelle et aillent faire ménage à part. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles il a assigné deux maisons à chaque chef de famille. Les anciens législateurs se sont presque toujours montrés faxorables à la dissolution de la famille patriarcale. L'homme, dit la Genèse, quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et la femme quittera son père et sa mère pour s'attacher à son mari.

Une partie essentielle de la maison , ce sont les esclaves. Platon ne discute pas l'institution de l'esclavage. Il l'accepte comme un fait nécessaire, admis partout, et se borne à donner aux maîtres deux règles de conduite : la première est de veiller à ce que leurs esclaves ne soient pas tous du même pays et ne parlent pas tous la même langue; la seconde est de bien traiter les esclaves, de ne pas les irriter par une sévérité excessive, et en même temps d'éviter une trop grande familiarité, de ne leur parler que sur le ton

^ Héraclide de Pont, 73, d'après Aristote (Rose, Aristotelis fragmenta , p. 385).

^ Athénée, VI, ^iô : Tou; x£xXy)tX£vou; ar, îlvai irX toT? TptaxovTa.

— Cf. Isée, VIII, 18.

^ Athénée, V, 185 : Twv ts ^aa-zi^itov ôswv i'vtxa xal Trj; oiovîi aotp- Tupiaç. — Cf. Plutarqiie, Quxst. conviv., IV, 3, 1.

REPAS COMMUNS (lOIS VI, 21). 65

(lu commandeinent, de ne pas hésiter à les corn{^er quand ils le méritent.

Les jeunes hommes mariés prendront leui* nourriture aux repas communs comme ils le faisaient avant leur mariage. Platon voudrait que les femmes fussent soumises à la môme règle, mais l'usage s'y oppose. Ceci nous conduit à parler de l'institution des repas communs. Elle paraît avoir existé anciennement dans la plupart des cités doriennes, à Mégare*, à Corinthe", à Argos^ On en trouve des traces chez les Arcadiens% chez les OEnotriens d'Italie % même chez les Carthaginois ^ 31ais c'est à Sparte^ et en Crète qu'elle s'est conservée le plus longtemps, avec son caractère primitif. Elle avait été introduite surtout en vue de la guerre ^ Les hommes astreints au service militaire prenaient leurs repas ensemble par groupes ou confréries, et chacun fournissait son écot; les femmes et les enfants en étaient exclus. Platon prend l'institution telle qu'elle existait en Crète. Nous y reviendrons plus loin.

L'intervention de l'Etat chez les Grecs, s'arrêtait en général au seuil du foyer domestique. On trouve bien chez eux certains fonctionnaires chargés de surveiller les enfants et les femmes, mais leurs attributions se bornent à la police extéi'ieure; ils font observer les règlements sur l'ha-

' Théognis, v. 305.

^ ArisLote, Politique, V, 9, 2.

^ Polémon, dans Athénée, VI, 483 c.

' Athénée, IV, 148 f.

^ Aristote, Politique, VII, 9, 2, 3.

^ Aristote, Politique, II, 8, 2.

' V. Ottfried MUller, Die Dorier, t. II, p. 198 et 269. — Fustel de Coulanges , La propriété à Sparte , p. 36, 53 ; — Claudio Jannet , Les institutions sociales et le droit civil à Sparte, p. 38 et 71. On y trouvera tous les textes. Les plus importants sont Plutarque, Vie (le Lycurgue, et Aristote, Politique, livre II.

^ Platon le dit expressément, Lois, I : Ta cu^TiTia oa^sv xai -zy YU|Ji.V7.(7ta 7:poç tov 7:o)v£{xov £;£upr,yrivat tw vojxoOî'tt).

66 MARIAGES. — DIVORCES (lOIS YI , 23j.

billement et sur le deuils C'est seulement en ce qui concerne les épiclères que la loi pénètre plus avant. Nul objet n'intéresse à un plus haut degré l'ordre public. C'est pourquoi la loi de Solon réglait les rapports des épiclères avec leurs maris et, en cas d'infraction, autorisait sans doute le plus proche parent à faire rompre le mariage en revendiquant l'épiclère pour lui-même ^ PJaton va plus loin encore. La surveillance de l'Etat s'étend sur tous les époux sans distinction, pendant les dix premières années du mariage. Elle est confiée à des femmes désignées par les gardiens des lois et devant lesquelles doivent s'ouvrir toutes les portes. Lorsqu'il n'y aura pas d'enfants après dix ans de mariage, les époux divorceront d'un commun accord, après avoir consulté leurs parents et les femmes chargées de la surveillance, et toutes les contestations qui pourraient s'élever entre eux à ce sujet seront terminées par dix arbitres pris parmi les gardiens des lois. Les époux dont la conduite ne sera pas correcte seront frappés d'atimie, et leurs torts seront divulgués et publiés par affiches, sauf leur droit de poursuivre les auteurs des affiches et de les faire condamner pour calomnie. Après les dix ans, la conduite des époux sera toujours soumise à une surveillance, et au besoin à une répression par voie d'avertissement ou même d'amende. Si Platon excède la mesure en instituant ce pouvoir en quelque sorte disciplinaire, il reconnaît du moins que ce pouvoir doit être très large et qu'on doit s'en rapporter à la conscience des magistrats chargés de l'exercer.

M'uvaixovotjLot, 7:at5ovo[jt.ot. Aristote, Politique, IV, 7. On trouve les premiers à Sam'os, à Syracuse, à Andanie, à Gambréion. V. les inscriptions citées par Gilbert, Griechische Staatsalterthilmer , t. 2, p. 537. Les seconds se rencontrent en Grêle et à Téos. Gilbert, ibid.

^ Plutarque, Solon, 20 : *Av ô xpatwv xal xuptoç Yeyovwç Tvi? iTiixXr^cou xa-à Tov vojjiov, auxoç {Jt-yj Suvaroç ^ 7rX'/)(7tàJ^£cv, utto twv s'^yiiTCC tou à^fèfoi; ÔTiuisaGat... Tpiç Se exocctou {xvivo; svTuy^àvstv TravTWç x^ iTrtxXiipw TGV Aaêdvxa.

MARIAGES. — ENFANTS (lOIS VI, 2[\). G7

Quand les enfants sont nés, il convient, avant tout, d'assurer leur état civil. Le nom de tout nouveau-né, garçon ou fille, sera inscrit dans l'édifice public qui sert aux réunions de la phratrie, avec la date marquée par l'indication de Tarclionte éponyme. L'inscription sera faite sur une paroi blanchie, et par ordre de dates, et les noms des décédés seront rayés , en sorte qu'on aura toujours sous les yeux une liste complète et permanente. Cette disposition reproduit fidèlement la loi athénienne. Dans toutes les cités ioniennes les phratries étaient chargées de tenir les registres de l'État civil. Les présentations avaient lieu chaque année à la fête des Apaturies. Le père faisait sa déclaration appuyée d'un serment. Les autres membres de la phratrie pouvaient contester, et en ce cas un vote décidait^

Un mot encore sur la condition des femmes. On a vu qu'elles se mariaient de seize à vingt ans. A quarante ans elles peuvent exercer des fonctions publiques, comme prêtresses ou surveillantes des mariages. Enfin s'il est nécessaire de leur demander quelque service dans l'intérêt de la défense du pays, elles ne pourront être mises en réquisition que de trente à cinquante ans. Les hommes, au contraire, se marient de trente à trente-cinq ans, et sont assujettis au service militaire de vingt à soixante. Ils peuvent exercer des fonctions publiques quand ils ont atteint l'âge de trente ans.

Après avoir parlé du mariage et de la naissance des enfants, Platon passe à la manière de les nourrir et de les élever. Comme Grec et comme philosophe Platon attache à l'éducation une importance toute particulière. Toutefois, il le reconnaît lui-même, ce n'est pas précisément par des lois qu'il convient de la régler, c'est plutôt par des instruc-

' Les textes les plus importants sont Hérodote, 1, 147 ; Isée, sur la succession de Pyrrhus, 73-76; sur la succession de Ciron, 19; Démosthène, c. Eubulide, 54, c. Macartatos , 14 et 82.

68 ÉDUCATION (lois YIi).

tiens et des conseils. On s'efforcera de former à la fois le corps et l'esprit des enfants depuis leur âge le plus tendre. On leur enseignera la gymnastique , la danse, le chant et la musique, puis la grammaire, Farithmétique, la géométrie et l'astronomie. Tous les enfants seront soumis au même régime, car ils appartiennent bien moins à leurs parents qu'à l'État. Les filles y seront assujéties et feront les mêmes exercices militaires que les garçons. Sparte ellemême n'était pas allée jusque-là.

Dans toute cette partie, si intéressante au point de Yue philosophique, nous ne trouvons qu'un petit nombre de dispositions légales. Nous venons de signaler le principe de l'éducation uniforme et obligatoire. Cette mesure est complétée par l'institution de la censure de tous les écrits en prose ou en vers. Platon n'admet pas plus la liberté d'écrire que la liberté d'agir. L'Etat impose à tous ses dogmes et ses idées.

Entre les exercices des jeunes gens, un des plus utiles est la chasse et la pêche. La chasse à courre est permise partout. La chasse aux oiseaux ne Test que dans les terrains non cultivés et sur les montagnes. La chasse de nuit avec toiles et filets est interdite. La pêche est permise partout, excepté dans les ports et dans les eaux qui appartiennent à des temples, à la condition toutefois de ne pas employer des drogues propres à enivrer le poisson. Ces dispositions doivent être rapprochées d'un passage de Xénophon où l'on voit que les Grecs favorisaient l'exercice de la chasse, qu'ils regardaient comme la meilleure de toutes les préparations au service militaire, et qu'ils permettaient sur tous les terrains, quel qu'en fût le propriétaire, sans doute sous réserve des dommages et à l'exception des terrains clos. Quant à la chasse de nuit avec toiles et filets, elle était interdite dans un large rayon autour de la ville, afin de conserver le gibier aux chasseurs avec chevaux et chiens \

* Xénophon, Cynégétique ^ Xll, 6 et 7,

ÉDUCATION (lois VI i). 69

Au reste réducation n'est pas terminée avec la jeunesse. A vrai dire, elle se prolon|ie pendant toute la vie. Les fêtes religieuses, les exercices militaires, les oraisons funèbres distribuant Téloge et le blâme, les cbants des poètes, sont autaat de moyens qui doivent concourir à porter les citoyens à la vertu et aux bonnes mœurs. C'est par ces moyens, souvent trop négligés dans les cités grecques, que Platon se flatte de faire disparaître le vice contre nature, si malheureusement répandu , surtout à Lacédémone et en Crète, et de faire respecter par les époux le lien du mariage. Celui des deux époux qui abandonnera l'autre pour s'attacher à une tierce personne, sera frappé d'atimie et réduit à la condition d'étranger.

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