‹ La science du droit en GrèceChapitre 24 sur 61 · FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES

Ici se termine la partie du livre qui traite des obligations et des actions. La dernière partie, celle à laquelle nous arrivons, traite de la procédure, des voies d'exécution, et aussi des autorités supérieures qui seront chargées d'exercer un contrôle souverain sur tous les magistrats.

C'était un principe admis par toutes les constitutions de la Grèce que toute personne chargée d'une fonction publique devait rendre compte de l'exécution de son mandat. 11^ ne s'agissait pas seulement d'un compte financier; le fonctionnaire sortant de charge devait soumettre tous ses actes à l'examen et à l'approbation d'une autorité supérieure. Cette autorité n'était autre que le peuple lui-même , du moins dans les États démocratiques. Mais le peuple exerçait ordinairement ce pouvoir par des délégués, c'està-dire par des magistrats dont l'unique fonction était de contrôler les actes des autres. Ces magistrats portaient différents noms, suOjvsu AOYiJTa-, icsTasTai, ajvv.'cpci*. Une

' Aristote, Politique, VII, 8, et pour le détail v. Gilbert, Griechisclie Staatsalterthilmer, t. II, p. 336.

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inscription athénienne du dème de Myrrliinonte nous montre comment s'exerçait ce contrôle, qui pouvait aboutir à une condamnation pénale, sauf appel à rassemblée du dème '.

Platon institue aussi un collège de censeurs, ejOjvci, mais il lui donne un pouvoir immense, et prend des précautions extraordinaires pour qu'il soit composé des citoyens les meilleurs et les plus distingués". Pour la première fois on en créera douze, et ensuite trois seulement chaque année. Us resteront en fonction jusqu'à l'âge de soixante et quinze ans. Us siégeront dans le temple d'Apollon et du Soleil et se partageront l'inspection de toutes les fonctions publiques. Ils jugeront, tantôt seuls, tantôt réunis, les magistrats sortant de charge et pourront les condamner à une peine ou à une amende par une décision qu'ils feront afficher dans l'agora. Ces décisions pourront être attaquées par voie d'appel devant le tribunal suprême, mais en cas de confirmation la peine prononcée sera portée au double.

Pendant leur vie et après leur mort les censeurs sont entourés d'honneurs extraordinaires. Ils siègent aux premières places dans toutes les cérémonies. C'est toujours un d'eux qui est à la tête des théories ou cortèges de pèlerins que la République envoie aux fêtes célébrées dans les autres villes de la Grèce. Seuls ils ont le droit de porter une couronne de laurier. Enfin ils sont tous prêtres d'Apollon et du Soleil. Le premier nommé chaque année remplit les fonctions de grand prêtre et de magistrat éponyme, donnant son nom à l'année. Après leur mort, leurs funérailles ont lieu en grand appareil. Le deuil ordinaire est remplacé par une sorte de fête. Toute la population les conduit

' Corpus mscriptionum atticarum, t. Il, n° 578. ^ A Athènes il y avait dix £u6uvot, tirés au sort, un dans chaque tribu. Aristote nous fait connaître leurs fonctions. A9. ïlok., 48.

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au lieu de sépulture , en chantant, au milieu des chœurs déjeunes garçons et de jeunes filles, et de toute l'armée en tenue de combat. On voit figurer dans le cortège même les prêtres et les prêtresses, qui ne pourraient assister à d'autres funérailles sans se rendre impurs. Le corps est déposé dans un magnifique tombeau destiné à recevoir tous les membres du collège, et tous les ans on y donne en leur honneur un concours de musique et des jeux gymniques et équestres.

Nous avons déjà dit comment ils sont nommés, mais il faut ici revenir sur les détails pour les faire bien comprendre. Chaque année, à l'automne, le peuple réuni dans le terrain consacré à Apollon et au Soleil, décerne trois prix de vertu à trois citoyens âgés de cinquante ans au moins. Chacun des votants porte trois noms sur son bulletin. Ce premier scrutin donne un certain nombre de noms dont on élimine la moitié, c'est-à-dire ceux qui ont obtenu le moins de voix. On procède ensuite à un nouveau scrutin sur la première moitié, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne reste plus que trois noms\ Entre ces trois, à égalité de suffrages, les rangs sont désignés par le sort. Ils reçoivent une couronne d'olivier et sont proclamés les plus vertueux d'entre tous les citoyens, pour tout le temps qu'ils justifieront par leur conduite la récompense qui leur est accordée ^

Ce sont ces trois hommes qui entreront chaque année

* Nous passons sur toutes les hypothèses qui peuvent se présenter et que Platon se complaît à prévoir et à régler, en vrai mathématicien.

2 Ces prix de vertu sont de l'invention de Platon. Ils étaient inconnus aux Athéniens et à tous les Grecs. « Pourquoi nos ancêtres, dit AristoLe (Problèmes, XXX, H), ont-ils institué des prix pour les exercices du corps et n'en ont-ils jamais proposé pour la sagesse? » La grande raison c'est qu'il serait difficile de trouver des juges. Aristote en donne encore d'autres; nous nous bornons à relever le fait qu'il constate et qu'il approuve.

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dans le collège des censeurs. Seulement, pour la première année il en faut douze et Platon charge de leur nomination les trois citoyens couronnés, ce qui veut dire sans doute qu'ils s'adjoindront neuf collègues. Le recrutement se fera ensuite régulièrement chaque année.

Les censeurs siégeront jusqu'à l'Age de soixante et quinze ans, mais ils peuvent être destitués par jugement s'ils se rendent indignes de leur haute position. Le premier venu peut porter une accusation contre eux devant un tribunal composé des gardiens des lois, des autres censeurs et du tril)unal suprême. Mais si le poursuivant n'obtient pas le cinquième des suffrages, il payera, comme à Athènes en cas d's'.jaYYEA'Ia , une amende de deux à douze mines, suivant la classe à laquelle il appartient.

L'antiquité primitive ne connaissait guère d'autre moyen de preuve en matière judiciaire que les ordalies et le serment, qui lui-même est une sorte d'ordalie. En Grèce le juge pour découvrir la vérité, consultait les oracles ou interprétait les songes ^ Il y a même un exemple célèbre de l'épreuve par le fer rouget Quant au serment il était prodigué sous toutes les formes, et quand il était prêté avec un certain nombre de cojureurs, il formait une preuve à laquelle le juge était tenu de se conformer. Telle était du moins la règle à Gortyne, en Crète ^, et à Cymé, en Éolide*.

' V. par exemple Hypéride, pour Euxénippe , 14, où, pour décider une question de propriété, on voit les Athéniens envoyer un homme coucher dans un temple et y attendre les révélations du dieu.

^ Sophocle, Antigone, v. 264-268 :

"^Hixev 0 £TOt[jLQt xai (xuopou; aipstv )(£po~v

xal TTÎIp otfcpTTStv xat 6soù; ôpxojtxoTETv ,

TO (jltJts opaaat (xy]T£ toj ^uvEiosvat

TO 7cpaY[Aa fiouXsu^avxt (av^t' £ipYa(7(jt.£vcp.

■' V. la loi de Gortyne, passim.

' Aristote, Politique, II, 5 : ''Ocra al Ioi-xol tojv àp/aiwv ï-xi -o\j D. 10

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