LA MORALE
Après la Rhétorique vient la Morale. Quoiqu'elle touche au droit, Aristote se confine absolument sur le terrain philosophique. On peut cependant relever dans la Morale à Nicomaque certains passages intéressants pour le jurisconsulte, et d'abord la distinction fondamentale des actions volontaires et involontaires, distinction que le législateur ne peut négliger, car c'est seulement aux actions volontaires qu'il peut décerner une récompense ou infliger une peine. Les actions involontaires sont celles que l'on commet par contrainte ou par ignorance, non que la volonté y soit entièrement étrangère , mais elle est entraînée malgré elle par une force venue du dehors et qui détruit sa liberté.
Parmi les vertus dont Aristote trace les caractères, une des principales est la justice. Le cinquième livre de la Morale à Nicomaque est un traité de la justice. Le philosophe distingue deux sortes de justice, à savoir la justice distributive qui préside à la répartition, égale ou inégale, des honneurs et des richesses entre les membres de la cité, et la justice régulatrice qui détermine les effets des obligations, Œ'jvaAAàyiJLa'ïa. Les obligations sont volontaires ou involontaires, division qui répond à la division romaine : ex contractii ou ex delicto. La première classe comprend la
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vente, l'achat, le prêt, le cautionnement, l'abandon de jouissance, le dépôt, le louage d'ouvrage. La seconde classe se subdivise en deux espèces. En effet, les obligations qu'elle comprend dérivent soit d'un acte commis en cachette comme le vol, l'adultère, l'empoisonnement, le proxénétisme, le détournement d'esclaves, le meurtre avec guetapens, le faux témoignage; soit d'un acte de violence, comme les coups, la séquestration, le meurtre ordinaire, le rapt, la mutilation, l'injure verbale, la dérision \
La justice est essentiellement proportionnelle, mais pour la justice distributive la proportion est géométrique, pour la justice régulatrice la proportion est seulement arithmétique. Dans la première , il faut tenir compte de la différence des personnes et de leur mérite relatif. Pour la seconde, toutes les personnes sont égales. Il faut donc rejeter le principe du talion ou de la réciprocité , to àvit-TTSTrovOiç, admis à tort par les Pythagoriciens. Pour mesurer une injustice commise il faut tenir compte des circonstances et des intentions-. La justice et l'injustice sont en effet essentiellement volontaires et, reprenant ici cette distinction,
* Eth. Nlcom., V, 2 : Twv yàp (TuvaVAayaaTOJV rà txsv Ixouata £(Tti , rot 0£ axouTta* IxouTta ulev toc -otàoe, otov Tipact;, wvt] , SavetTao?, lyYUY], ^r^pvJGiç, TrapaxaraÔT^xy) , [xiaOojG-t;* £xou<7ta Bk Xé-^tTCti, on y; apyy) xwv cuvaX- XaYtxaTOiv T0UT03V é/.oucjtoç* twv ô' àxou-Tiojv Ta [Jt.£v XafipaTa' olov xXoTrr], (xot/£ta, cpap|xax£ia, T.çiO'xyoi^ii'x , oooXazaTEia , SoXocpovia , i];£uûO[j!,apTupia* xà Ô£ ^lata, otov alxia, Ôecjxoç, ôavaTOç, àpTraY'/], 7rr^poj(7tç, xaxvjYopia, Tipo-
Le mot (TuvaXXayiAa se traduit par obligation, comme on le voit dans un passage d'Ulpien au Digeste, 1. 7, De pactis, II, 1-4. C'est le jurisconsulte Ariston qui avait introduit dans le droit romain la théorie de Vob causam datum et, en général, des cuvaXXaY[xaTa.
L'énumération des contrats et des délits donnée par Aristote est loin d'être complète. D'autre part, le délit de TrpoTrYiXaxKj^j-o'; ne se rencontre nulle part ailleurs.
^ Eth. Nicom., V, 6 : As'yw Ô£ Ixoucrtov |i.£V... â àv Ttç twv Icp' auToi
OVTWV £Î0O)Ç, Xat [JLV] (XYVOOW, TipaTTY), IJL7^T£ ÔV, JJt.V7T£ 0>, [t.Y\Xe OU £V£Xa.