FONDATION DE L'ÉTAT
Une cité va donc se fonder. Tout à l'heure elle recevra un code de lois politiques et civiles, mais avant tout il convient d'assister en quelque sorte à la naissance du nouvel État. En voyant comment il s'est formé, nous déterminerons par-là même les conditions essentielles de son existence et le caractère particulier qui le distingue.
Les lois qu'il s'agit de rédiger sont destinées à une colonie, c'est-à-dire à un État qui commence. Le législateur n'est pas lié par un passé à liquider, ni par des habitudes qui ne peuvent être changées en un jour. 11 peut, s'il est permis de s'exprimer ainsi, tailler en plein drap. La ville sera construite à 80 stades de la mer (lo kilomètres). Elle sera ainsi d'un accès facile sans avoir les inconvénients des villes maritimes, dont la population se corrompt facilement par la pratique du commerce et le contact trop fréquent des étrangers. C'est aussi le motif donné par Cicéron, dans le traité de la République \ En fait, la plupart des villes grecques étaient situées dans des conditions
' Cicéron, De republicaj livre H.
36 ÉLÉMENTS DE LA CITÉ (lOIS V, 8-12).
scnibl.ibles, mais par d'autres raisons. On voulait les mettre à l'abri d'une surprise par mer, les rendre plus faciles à défendre. C'est pourquoi on les plaçait sur des bauteurs. à une certaine distance de la mer. Le nombre des citoyens primitifs sera de cinq mille quarante. C'est à peu près le nombre généralement adopté en Grèce pour la fondation des colonies. o,040 a l'avantage d'avoir 59 diviseurs, parmi lesquels tous les nombres de 1 à 10. C'est donc le plus commode, le plus propre à établir l'égalité entre les différentes parties de l'Etat pour la répartition des avantages et des clîar2:es.
Après le territoire et la population, un troisième élément est encore à considérer. C'est le culte, avec ses fêtes et ses assemblées. Ici du moins il n'y a rien à créer. Le fondateur du nouvel État n'a qu'une chose à faire, respecter et maintenir tout ce qui existe, et n'y rien ajouter sans avoir consulté les oracles de Delphes, de Dodone ou de Jupiter Ammon K
Enfin, le dernier élément du nouvel Etat est la richesse. Sur ce point important, Platon fait une concession aux idées et aux habitudes de son siècle. Au système de communisme absolu, qu'il a soutenu dans la République, il substitue une organisation empruntée pour le fond aux institutions doriennes, et qui va devenir la loi fondamentale du nouvel État.
Les Doriens étaient des conquérants. Partout où ils fondèrent soit des États, soit de simples colonies, ils commencèrent par se partager les terres, non pas toutes les terres, car il fallait bien en laisser quelques-unes aux anciens habitants qu'on ne voulait ni ne pouvait exterminer, mais des domaines en quantité suffisante pour asseoir sur le sol tous les vainqueurs. C'était le droit des gens
* Cicéron fait remarquer que les Grecs n'ont pas fondé une seule colonie sans avoir consulté ces oracles. De divinatione , I, 1.