PRÉFACE DE L'AUTEUR
La cinquième édition de nies leçons sur la Science du langage a été soigneusement revue , mais les traits principaux de l'ouvrage n'ont pas été altérés. J'ai ajouté quelques nouveaux faits qui me semblaient essentiels pour fortifier certains arguments, et j'ai laissé de côté ou changé tout ce qui n'était pas plus longtemps soutenable. Mais je n'ai pas essayé de récrire aucune partie de mes leçons, ni de leur donner la forme que je désirerais leur donner si j'avais maintenant à les écrire de nouveau après cinq années écoulées.
Dans un ou deux cas seulement où ma pensée avait été évidemment mal comprise même par des criticjues impartiaux, j'ai essayé de la rendre d'une manière plus claire et plus précise. C'est ainsi que dans ma dernière leçon où j'avais à par-
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1er de Torigine des racines, j'avais cité l'opinion de feu M. le professeur Heyse de Berlin , mais je n'avais jamais eu l'intention de faire penser que j'avais adopté cette opinion. Je la considérais comme un simple éclaircissement et rien de plus, et ne prétendais nullement en prendre la responsabilité.
Je ne songeais pas non plus à attacher aucun sens mystérieux à la définition purement préliminaire que j'ai donnée des racines en les désignant sous le nom de types phonétiques. Je les aurais tout aussi bien appelées moules phonétiques ou sons typiques que types phonétiques, et tout ce que je souhaitais faire comprendre par cette expression, c'est que ces racines étaient comme des moules solides dans lesquels tous les mots étaient jetés , comme des caractères à vives arêtes dont on a tiré de nombreux exemplaires ; car, en fait, chaque consonne et chaque voyelle y sont des éléments fixes, et par conséquent aucune étymologie n'est admissible si elle ne tient pas compte de chaque anneau de cette longue chaîne de métamorphoses qui rattache par exemple la racine sanscrite vid, connaître, à l'adverbe historiquement. C'est le caractère nettement déterminé de ces racines qui seul
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a donné un bat |Nrms am recherches étymolo» giqaes; c'était ce point caractéristique^ ce que les racines ont de clairement défini, que je cherchais à bien faire saisir par mes auditeurs, en me servant du terme types phonétiques. Dans les recherches étymologiques, il importe peu quelle opinion nous avons sur Forigine des racines, aussi longtemps que nous reconnaissons que, à Texcepùon d' un certain nombre d'expressions purement imitatives, tous les mots tels que nous les trouvons soit en sanscrit, soit en anglais, encombrés de préfixes et de suflBxes, et se décomposant sous l'action de la c^orruption phonétique, doivent être ramenés en dernier lieu, à l'aide de lois phoné* tiques définies, à ces formes premières que nous avons l'habitude de désigner sous le nom de racines. Ces racines se dressent comme des barrières entre le chaos et la parole humaine pleinement développée, et peuvent seules prévenir la confusion et le désordre où l'on est tombé partout ou Ion a voulu tirer les mots de l'imitation des wm de la nature ou des interjections.
Certes, je reconnais comme appartenant à ^ ordre plus élevé l'intérêt qui conduit le ^ji^, sophe à rechercher la nature de ces ty|>eb pl*^tg4^ tiques et qui l'engage à dépasser les étroite*.,UHifv»
XXXiv PRÉFACE DE l'aDTEUB.
1er de l'origine des racines, j'avais cité l'opinion de feu M. le professeur Heyse de Berlin, mais je n'avais jamais eu l'intention de faire penser que j'avais adopté cette opinion. Je la considérais comme un simple éclaircissement et rien de plus, et ne prétendais nullement en prendre la responsabilité.
Je ne songeais pas non plus à attacher aucun sens mystérieux à la définition purement préliminaire que j'ai donnée des racines en les désignant sous le nom de types phonétiques. Je les aurais tout aussi bien appelées moules phonétiques ou sons typiques que types phonétiques, et tout ce que je souhaitais faire comprendre par cette expression, c'est que ces racines étaient comme des moules solides dans lesquels tous les mots étaient jetés , comme des caractères à vives arêtes dont on a tiré de nombreux exemplaires ; car, en fait, chaque consonne et chaque voyelle y sont des éléments fixes, et par conséquent aucune étymologie n'est admissible si elle ne tient pas compte de chaque anneau de cette longue chaîne de métamorphoses qui rattache par exemple la racine sanscrite vid, connaître, à l'adverbe historiquement. C'est le caractère nettement déterminé de ces racines qui seul
PRÉFACE DE l' AUTEUR. XXXV
a donné un but précis aux recherches étymologiques; c'était ce point caractéristique, ce que les racines ont de clairement défini, que je cherchais à bien faire saisir par mes auditeurs, en me
servant du terme types phonétiques. Dans les recherches étymologiques, il importe peu quelle opinion nous avons sur l'origine des racines, aussi longtemps que nous reconnaissons que, à l'exception d'un certain nombre d'expressions purement imitatives, tous les mots tels que nous les trouvons soit en sanscrit, soit en anglais, encombrés de préfixes et de suffixes, et se décomposant sous l'action de la corruption phonétique, doivent être samenés en dernier lieu, à l'aide de lois phoné* tiques définies, à ces formes premières que nous avons l'habitude de désigner sous le nom de racines. Ces racines se dressent comme des barrières entre le chaos et la parole humaine pleinement développée, et peuvent seules prévenir la confusion et le désordre où l'on est tombé partout où l'on a voulu tirer les mots de Timitation des sons de la nature ou des interjections.
Certes, je reconnais comme appartenant à un ordre plus élevé l'intérêt qui conduit le philo-sophe à rechercher la nature de ces types phonétiques et qui l'engage à dépasser les étroites limites
ZXXyj PRÉFACE DE l'aUTEUB.
OÙ la science du langage se renferme tant qu'elle veut rester une science positive. J'apprécie autant que personne les travaux de M. Wedgwood et du Révérend F. W. Farrar, et leurs efforts pour suivre les racines jusqu'aux interjections imitatives, jusqu'à ce qu'ils appellent les gestes vo^ eaux. Je crois que l'un et l'autre ont répandu beaucoup de lumière sur un problème très-difficile, et, tant que leurs recherches se borneront à la genèse des racines, sans toucher à Tétymologie, c'est-à-dire à la formation et à l'histoire des mots, M. Farrar sera pleinement en droit de me considérer non pas comme un adversaire, mais comme un neutre, sinon comme un allié.
Sainte-lves^ Cornwall^ 20 septembre 1866.