‹ La science du langageChapitre 24 sur 33 · CLASSE TURQUE · texte numérisé non relu

CLASSE TURQUE

Un tout autre intérêt s'attache aux langues qui appartiennent à la troisième branche de la famille touranienne, au premier rang desquelles nous trouvons le turc ou Tosmanli de Constantinople. Les habitants turcs de la Turquie d'Europe sont fort peu nom- , breux : on en compte généralement deux millions; mais Shafarik n'évalue qu'à sept cent mille le nombre des Turcs véritables, maîtres d'une population d'environ quinze millions d'hommes. La région sur laquelle s'étendent les dialectes turcs dont Tosmanli fait partie est une des plus vastes du monde; elle s'étend depuis le Lena et la mer Glaciale jusqu'à l'Adriatique.

Le plus ancien nom par lequel les peuplades turques de l'Asie centrale furent connues des Chinois était celui de Hhmg-nu. Ces Hiung-nu fondèrent, en

HUITIÈME LICÇON. 383

206 avant Jésus -Christ, un empire qui comprenait une grande partie de l'Asie h l'ouest de la Chine. Engagés dans des guerres fréquentes contre les Chinois, ils furent enfin défaits vers le milieu du premier siècle de notre ère. Ils se divisèrent alors en deux États, celui du nord et celui du sud ; et, quand les Hiungnu du sud furent devenus les sujets de la Chine, ils attaquèrent leurs frères du nord, de concert avec les Chinois, en les chassant des demeures qu'ils occupaient entre les fleuves Amour et Selenga, et les monts Aitaïs ; en les poussant vers Touest, ils donnèrent probablement le branle à ce grand mouvement de peuples qui précipita sur l'Europe les invasions barbares. Au commencement du treizième siècle, les tribus mongoles et tongouses qui s'étaient emparées du pays des Hiung-nu du nord étaient devenues assez puissantes pour attaquer les Hiung-nu du sud et les expulser de leur territoire; ce qui détermina une nouvelle migration de peuplades asiatiques vers l'ouest.

Un autre nom par lequel les Chinois désignent ces tribus Hiung-nu ou turques est celui de Tu-kiu, que Ton suppose n'être autre chose qu'une transcription du nom de Turc. Quoique la peuplade qui portait ce nom ne fût, dans le principe, que peu nombreuse, elle commença, au sixième siècle , à se répandre depuis les monts Aitaïs jusqu'à la mer Caspienne, et il est probable que c'est vers elle que l'empereur Justinien envoya Semarchos comme ambassadeur en Tannée 569. L'empire des Tu-kiu fut détruit au huitième siècle par les *Hui-'he (chinois Kao-che). Cette tribu, également d'origine turque , se maintint pendont environ un siècle, quand elle fut vaincue par les

Chinois et repoussée des frontières septentrionales de la Chine. Une partie des *Hui-*he s'établit dans le Tangut, et, les Mongols leur ayant fait subir une nou \elle défaite en 1527, les débris de la tribu se retirèrent \ers l'ouest et se joignirent aux Ouigours qui étaient campés près des villes de Turfan, de Kashgar. de Hamil et d*Aksou

Ces faits, recueillis principalement dans les récits des historiens chinois, nous montrent, dès les temps les plus reculés, le mouvement qui emporte vers Touest les nations turques. En 568, des tribus turques occupèrent la contrée entre le Volga et la mer d'Azofy et depuis lors de nouvelles migrations sont venues souvent renforcer cette avant-garde.

La partie septentrionale de la Perse , à Touest de t la mer Caspienne, F Arménie, le sud de la Géoi^ie, le j Schirvan et le Dagestan, servent d*asile à une population turque, connue sous la dénomination générale de Turkmans ou Kisil-bash (Bonnets-rouges). Ce sont des brigands nomades, et leur arrivée dans ces régions date du onzième et du douzième siècle.

A Test de la mer Caspienne , les tribus turkmanes sont sous les ordres des Usbek-khans de Khiva, de Fer- i ganah et de Boukhara. lis s'appellent, toutefois, les i hôtes et non les sujets de ces khans. Plus à Test, des Turkmans sont compris dans Tempire chinois, et au sud-ouest d'autres groupes de même origine sont répandus jusque dans leKhorassan et d'autres provinces de Perse.

Les Usbeks, descendants des *Hui-*he et des Ouigours , et établis originairement dans le voisinage des villes de Iloten , de Kashgar, de Turfan et de Hamil,

traversèrent Tlaxarte au seizième siècle, et, après plusieurs campagnes heureuses , s'emparèrent des pro- TÎDces de Balkh^ de Kharism (Khiva), de Boukhara et de Ferganah. Dans cette dernière contrée et dans celle de Balkh, ils se sont occupés d'agriculture; mais ils mènent généralement une vie nomade , et trop martiale pour qu'on puisse l'appeler pastorale.

Une autre peuplade turque est celle des Nogais , à l'ouest de la mer Caspienne, et aussi au nord de la mer Noire. Au commencement du dix-septième siècle, ils habitaient au nord-est de la mer Caspienne, et les steppes sur la rive gauche de Tlrtish portaient leur nom. Pressés par les Kalmouks, tribu mongole, les Nogaïs avancèrent vers louest jusqu'à Astrakhan. De là, Pierre V les transporta au nord du Caucase, où ils font encore paître leurs troupeaux sur les bords du Kouban et du Kouma. Une de ces hordes, celle des Kundours, est restée, sous la domination des Kalmouks, sur les rives du Volga.

Les Bazianes sont une autre peuplade d'origine turque, établie aujourd'hui dans le Caucase, près des sources du Kouban; mais, avant le quinzième siècle, ils habitaient la ville de Majari, sur le Kouma.

Une troisième tribu turque du Caucase est celle des Kumoucks, sur le Sunja, l'Aktchaï et le Koisou; ils sont maintenant sujets de la Russie, bien que gouvernés par des princes de leur race.

La partie méridionale des monts Altaïs est habitée depuis longtemps par les Bashkirs, race très-mélangée de sang mongol, féroce et ignorante, obéissant à la Russie, et professant la religion de Mahomet. Leur territoire est divisé par quatre routes, appelées les

386 LEi^tiS SUR LA SCUkNCE DU LANGAGE.

routes de Sibérie, de Kazan, de Nogai, et d*Osa, petite ville bâtie sur le Kama. Au milieu des Bashkirs. et dans les villages près d*Ufa^ est maintenant établie une tribu turque, celle des Mescheraks, qui habitaient autrefois près du Yolga.

On appelle Kara-Kalpaks (bonnets noirs) les tribus dans le voisinage du lac Aral, dont les unes sont soumises à la Russie, et les autres aux khans de Khiva.

Les Turcs de Sibérie, communément appelés Tartaresy sont en partie les premiers habitants du pays, qui passèrent les monts Durais et fondèrent le khanat de Sibir, et en partie des colons venus plus tard. Leurs principales villes sont Tobolsk, Yeniseisk, et Tomsk. Les Uran'hat sur le Chulym, et les Barabas dans les steppes entre Tlrtish et TOb, sont des populations tout à fait distinctes.

Les dialectes de ces Turcs de Sibérie sont fort mélangés de mots étrangers puisés aux sources mongole, samoyède et russe; mais, pour tout ce qui tient au fond primordial de la langue, on trouve dans tous une ressemblance frappante.

Au nord-est de TAsie, sur les deux rives du Lena, les YakiUs forment le dernier anneau de la chaîne des peuplades qui parlent les langues turques. Leur population mâle s'est élevée récemment à 1 00,000 âmes, quoique, en 1795, elle ne montât guère qu'à 50,066. Les Russes les connurent pour la première fois en 1 620. Ils s'appellent Sakha, et sont généralement païens; pourtant le christianisme commence à faire des progrès chez eux. Selon leurs traditions, leurs ancêtres cohabilèrent longtemps avec les tribus mongoles, et leur langage porte encore les traces de ce contact. At-

taqués par leurs voisins, ils se construisirent des radeaux, et, ayant descendu le Lena, ils se fixèrent dans le voisinage de ce qui est maintenant leur ville de Yakutzk. Leur berceau semble avoir été au nord-ouest du lac Baikal. Leur langue a conservé le type turc plus complètement qu'aucun autre dialecte turco-lartare. Détaché de bonne heure de la lige commune, et éloigné des influences auxquelles les autres dialectes furent exposés, pendant la guerre ou en temps de paix, le yacutien a conservé tant de traits primitifs de la grammaire tartare, que même à présent il peut servir de clef pour les formes grammaticales de Tosmanli et d'autres dialectes turcs plus cultivés.

La Sibérie méridionale est la mère-patrie des Kirghises, Tune des plus nombreuses peuplades d'origine turco-tartare. Ils habitaient primitivement entre l'Ob et le Yenisei, où des tribus mongoles vinrent s'établir parmi eux. Au commencement du dix-septième siècle, les Russes rencontrèrent les Kirghises orientaux dont les demeures étaient alors sur les bords du Yenisei. En 1606, ils étaient devenus tributaires de la Russie, et, après plusieurs guerres contre deux peuplades voisines, ils furent chassés de plus en plus vers le sudouest, jusqu'à ce qu'enfin ils quittèrent entièrement la Sibérie au commencement du dix-huitième siècle* Ils habitent maintenant à Burut, dans le Turkestan de Chine, avec les Kirghises de la «Grande-Horde», près de la ville de Kashgar, et au nord jusqu'à l'Irtish.

Une autre tribu est celle des Kirghises occidentaux, ou Kirghises-Kasak, qui sont en partie indépendants, en partie tributaires de la Russie et de la Chine*

Des trois hordes des Kirghises , entre la mer Cas-*

pienne et le lac Tenghiz, à l'est, la' Petite-Horde est établie à Touest, entre les fleuves le Yemba et l'Oural, et la Grande-Horde, à Test; tandis que la plus puissante occupe le milieu entre le Sarasou et le Yemba, et est appelée la Horde centrale. Depuis 1 81 9, la Grande- Horde est sujette de la Russie : d'autres tribus des Kirgliises, bien que soumises de nom à la Russie, sont, en réalité, ses plus dangereux ennemis.

Les Turcs d'Asie Mineure et de Syrie sont venus du Khorassan et de l'est de la Perse, et sont des Turkmans, ou des restes des Seljouks, qui avaient été les maîtres de la Perse au moyen âge. Ce fut à cette époque que pénétrèrent dans le turc toutes ces locutions, tous ces mots persans qui y ont aujourd'hui droit de cité. Les Osmanlis, que nous avons l'habitude d'appeler les Turcs par excellence, et qui composent la classe dominante de l'empire de Turquie, sont issus delà même source, lis sont maintenant répandus dans tout l'empire turc en Europe, en Asie et en Afrique. Ce sont les propriétaires fonciers, les nobles -et les administrateurs de la Turquie; et leur langue, l'osmanli, est parlée par les hautes classes, par toutes les personnes qui ont reçu de l'instruction, et par les fonctionnaires publics en Syrie, en Egypte, à Tunis et à Tripoli. Dans les provinces méridionales de la Russie d'Asie, sur les bords de la mer Caspienne et dans tout le Turkestan , l'osmanli est !a langue du peuple : on Tentend parler môme à la cour de Téhéran, et les personnages officiels, en Perso, le comprennent.

L'agrandissement de cette puissante tribu d'Osman, et l'extension de ce dialecte qui est maintenant appelé le turc, sont des faits historiques bien connus. Il n'est

pas besoin de chercher des témoignages daus les aunales de la Chine, ni d'essayer de découvrir des analogies entre des noms qu'un auteur grec ou arabe a pu entendre par hasard et nous a transmis, et ceux que plusieurs de ces tribus ont conservés jusqu'à ce jour: les ancêtres des Turcs Osmanlis sont des hommes aussi connus des historiens européens que Charlemagne ot Alfred. Ce fut en l'année 1224 que Soliman-Shah el la tribu dont il était le chef, serrés de près par les Mongols , quittèrent le Khorassan et se répandirent à l'ouest, dans la Syrie, l'Arménie et l'Asie Mineure. Le fils de Soliman, Ertoghrul, entra au service d'Alaëddin, sultan seljoukide de Konieh, l'ancien Iconium, et, après plusieurs expéditions heureuses contre les Grecs et les Mongols, obtint le don d'une partie de la Phrygie. Là, il fonda le petit État qui devait devenir plus tard la base de l'empire ottoman. Pendant les dernières années du treizième siècle, les sultans d'iconium perdirent leur puissance, et leurs anciens vassaux devinrent des souverains indépendants. Osman, après avoir pris sa part des dépouilles de l'Asie, s'avança en Bithynie par les défilés de l'Olympe, et vainquit les armées des empereurs de Byzance. Dorénavant, Osmanli (fils ou sujet d'Osman) devint le nom national de son peuple. Son fils Orkhan, dont la capitale était Prusa. aujourd'hui Brousse, après s'être emparé de Nicomédie en 1327 et de Nicée en 1 330, menaça l'Hellespont. Il prit le titre de Padishah , et sa cour fut appelée la (( Sublime-Porte. » Son fils Soliman traversa l'Hellespont, et, les villes de Gallipoli et de Sestos étant tombées entre ses mains, il devint maître des Dardanelles. Murad P' prit Andrinople, en 1362, et en fit sacapi-

390 LEÇONS SUR LA SOENCE DU LAHGAGE.

taie : il marcha ensuite à la conquête de la Macédoine, et, après une lutte sanglante, renversa, en 1389, à la bataille de Kossovapolye, les forces réunies des races slaves de la rive droite du Danube , les Bulgares , les Serbes et les Croates. 11 périt lui-même dans le combat, mais son successeur, Bayezid, connu en Occident sous le nom de Bajazet, continua sa marche, envahit la Thessalie , traversa les Thermopyles et dévasta le Péloponnèse. L'empereur d'Allemagne, Sigismond, qui alla à sa rencontre avec une armée composée de soldats français, allemands et slaves, fut défait par Bajazet sur le Danube , à la bataille de Nicopolis, en 1399. Bajazet se rendit maître de la Bosnie, et aurait prisConstantinople, si les mêmes Mongols, devant lesquels les premières tribus turques avaient été obligées de fuir, en 1244, et de se réfugier en Perse, n'avaient menacé leurs nouvelles possessions. Timour avait saisi les rênes tombées des mains de Gengis-Khan ; Bajazei fut forcé de lui livrer combat, et perdit la bataille d'Angora (Ancyre), en Galatie, en Tannée 1402.

L'Europe eut maintenant un peu de répit, mais non pas pour longtemps; Timour mourut, et après lui s'écroula son empire, taudis que l'armée ottomane se ralliait de nouveau sous Mahomet P', en 1413, et retrouvait son ancienne puissance sous Murad II (1421). Victorieux en Asie, Murad renvoya ses armées sur le Danube, et, après une vigoureuse résistance de la pari des Hongrois et des Slaves, commandés par Hunyade, il gagna enfin deux batailles décisives, celle de Varna, en 1444, et celle de Kossova, en 1448. Constantinople ne pouvait résister plus longtemps. En vain le pape s'efforça-t-il d'entraîner la chevalerie de l'Europe oc-

HTITIÈME LEÇON. 391

cidentale à une croisade contre les Turcs : Mahomet II succéda à Murad en 1451, et, le 26 mai 1453, après une vaillante défense, Gonstantinople tomba en son pouvoir, et devint la capitale de l'empire de Turquie.

Quant à Tidiome que parlent les Osmanlis, nous pouvons dire que c'est un véritable plaisir de lire une grammaire turque, quand même on n'a pas le moindre désir d apprendre cette langue pour la parler ou l'écrire. La manière ingénieuse dont y sont produites les formes grammaticales, la régularité qui règne dans tout le système de déclinaison et de conjugaison, la transparence et la simplicité de la construction tout entière, ne peuvent manquer de frapper ceux qui ont le sentiment de cette merveilleuse puissance de l'esprit humain, qui s'est révélée dans le langage. Étant donné un nombre si petit de racines attributives et démonstratives, qu'il suffirait à peine pour exprimer les besoins les plus ordinaires de l'homme, produire un instrument qui rende les nuances les plus délicates du sentiment et de la pensée ; étant donnés un vague infinitif et un sévère impératif, en tirer des modes comme l'optatif et le subjonctif, et des temps comme l'aoriste et le futur antérieur; étant données des articulations incohérentes, les arranger en un système où tout soit uniforme et régulier, bien ordonné et harmonieux : telle est l'œuvre de l'esprit humain que nous voyons accomplie dans le langage. Mais, dans la plupart des langues, il ne reste plus de trace de ce procédé primordial. Elles s'élèvent devant nous comme des roches compactes, et la loupe du philologue peut seule découvrir les débris de vie organique dont elles sont formées. Dans la grammaire des langues turques, au contraire,

nous avons sous les yeux une langue d'une structure parfaitement transparente, et une grammaire dont nous pouvons étudier les opérations intérieures comme nous pouvons observer la formation des cellules dans une ruche de cristal. Un orientaliste éminent a dit : « On pourrait se figurer que le turc est le résultat des délibérations de quelque illustre académie ; » mais aucune société savante n'aurait jamais pu créer ce qu'a produit l'esprit de l'homme, abandonné à lui-même dans les steppes de 'la Tartarie, et guidé seulement par des lois inhérentes à sa nature, ou par une puissance instinctive aussi merveUleuse qu'aucune autre force de la nature.

Examinons quelques-unes de ces formes. « Aimer, » dans le sens le plus général du mot, ou la racine signifiant a amour » est en turc sev. Cette forme ne signifie pas encore aimer, qui se dit sevmek, ni amour, qui se dit sevgti ou sévi; elle n'exprime que l'idée générale et abstraite d'aimer. A cette racine, comme nous l'avons déjà remarqué, on ne peut jamais toucher. Quelque syllabe qu'on y ajoute pour en modifier le sens, la racine elle-même doit toujours ressortir comme une perle enchâssée dans des diamants. Elle ne peut jamais être changée, ni brisée, ni assimilée, ni modifiée, comme cela arrive pour l'anglais/ /a^^, / took. ou le (rançsii^ Je prends^ ie pris, et autres formes semblables. Avec cette seule restriction, nous sommes libres d'en faire absolument tout ce que nous voulons. Supposons que nous n'eussions rien de semblable à notre conjugaison, et qu'il nous fallût exprimer, pour la première fois, des idées comme faime, tu aimes, il aime^ etc. 11 nous semblerait tout naturel de former un adjectif ou un participe, avec le sens de aimant, et d'y

joindre les différents pronoms de la manière suivante : je aimant, tu aimant, etc. Eh bien, c'est précisément ce que les Turcs ont fait. Il est inutile de nous demander, pour le moment, comment ils produisent ce que nous appelons un participe : c'était, néanmoins, loin d'être aussi facile que nous nous l'imaginons. En turc, on a formé un participe à l'aide de er : sever signifierait donc aimoîit. Tu, en turc, est sen, et comme toutes les syllabes modificatives sont placées après la racine, nous avons sev-er-sen, tu aimes. Vous, en turc, se dit àz; de là sev-er-siz, vous aimez. Dans ce cas, les terminaisons du verbe ne sont autres que les pronoms eux-mêmes : à d'autres personnes, la conformité est moins parfaite, parce que les terminaisons ont été quelquefois modifiées, ou qu'on les a laissées entièrement tomber comme inutiles, ainsi que cela a eu lieu à la troisième personne sever. Toutefois un rapprochement avec d'autres langues congénères, dans lesquelles les terminaisons ont conservé une forme plus primitive, nous permet de dire que dans le verbe 'Urc originel, toutes les personnes du présent ont été formées à l'aide de pronoms agglutinés à ce participe ^^ver. Au lieu de : j'aime, tu aimes, il aime, le gramx^airîen turc dit : aimant-je, aimant-lu, aimant.

Mais ces désinences personnelles ne sont pas les ï^émes à l'imparfait et au présent.

Présrat. Imparfait.

sever-im, j'aime sevor-di-m, j'aimais

sever-sen sever-di-fi

sever sever-di

sever-iz sever-di-k (miz).

sever-siz sever-di-fliz

sever-ler sever-di-lor.

Il n'est pas besoin de rechercher encore TorigiDe de dr, ajouté pour former rimparfail : mais il faut observer qu'à la première personne du pluriel de rinparfait une variante se présente daRS d'autres dialectes tartares où l'on trouve miz au lieu de k. Or, en examinant ces terminaisons m, n, i, miz, niz et 1er, dooi voyons qu'elles sont identiques avec les pronoms possessifs usités après les subtantifs. Comme l'Italien dit frateUmOy mon frère, et l'Hébreu El-i, Dieu (de) je, c'est-à-dire mon Dieu, les langues tartares ont composé les phrases « ma maison, ta maison, sa maison,» en agglutinant des pronoms possessifs aux substantif. Un Turc dit :

bàbâ.

père

bâbà-m,

mon père

aghà,

seigneur

aghâ-ft,

ton seigneur

el,

main

el-i,

sa main

oghlou,

fils

oghlou-muz.

notre fils

auà,

mère

auà-iliz,

votre mère

kitàb,

Page 1