‹ La science du langageChapitre 25 sur 33 · livre · texte numérisé non relu

livre

kitâb-leri,

leur livre.

D'où nous pouvons conclure qu'à l'imparfait ces i désinences pronominales étaient prises originairement 1 dans un sens possessif, et par conséquent que ce qai reste quand on a retranché les désinences personnelles, i sever-di, n'a jamais été un adjectif ni un participe, I mais a dû être, dans le principe, un substantif susceptible d'avoir pour terminaisons les pronoms pos- , sessifs : ce qui revient à dire que l'idée exprimée ^ originairement par l'imparfait n'a pas pu être « ai- ^ raant-je, » mais « amour de moi. » ^

Mais comment cette expression pouvait-elle donner ^^ l'idée d'un temps passé mis en contraste avec un pré- ^ sent? Portons les yeux sur notre propre langue, où, si ^

aous voulons exprimer le passé, nous disons « j'ai iimé. » Ce « j'ai )i signifiait primitivement je possède, et en latin « amicus quem amatum habeo » vouldit dire, en réalité, un ami que je liens pour cher, et non pas encore, que j'ai aimé. Avec le temps, cependant, des phrases comme «j'ai dit, j'ai aimé, » prirent le sens dn parfait et du temps passé, et cela assez naturellement, puisque ce que je tiens, ou que ']ai fait, est réellement fait; fait comme nous disons, et passé. Au Ùeu d'un verbe auxiliaire exprimant la possession, la langue turque a recours à un pronom possessif pour atteindre le même but. « Payement appartenant à moi » équivaut à « j'ai payé » ; dans les deux cas, une phrase qui marquait originairement la possession en est venue à exprimer un rapport de temps, et elle est devenue le parfait ou passé du verbe. Bien entendu, nous faisons ici l'anatomie de la grammaire, et assurément, un Turc, en disant severdim^ n'a pas plus conscience de la force littérale de ce mot a amour appartenant à moi, » que de la circulation de son sang.

La partie la plus ingénieuse du turc est, sans contredit, le verbe. Comme le verbe grec et sanscrit, il déploie une variété de modes et de temps, qui suffit pour reproduire les plus légères nuances de doute, de conjecture, d'espérance et de supposition. Dans toutes ces formes, la racine reste immuable, et se fait entendre, comme la tonique, dans toutes les diverses modulations produites par les changements de personne, de nombre, de mode et de temps. Mais il y a une particularité du verbe turc, à laquelle nous ne pouvons rien trouver d'analogue dans aucune des langues aryennes, c'est la faculté de produire de nouveaux

thèmes verbaux par la simple addition de certaines lettres, qui ajoutent au verbe une idée de négation ou de causalité, ou en font un verbe réfléchi ou réciproque.

Sev-mek, par exemple, en tant que racine simple, signiOe aimer. En y introduisant in, nous obtenons un verbe réfléchi, sev-in-mek, s'aimer soi-même, ou plutôt se réjouir, être heureux, qui peut à son tour être conjugué à tous les modes et à tous les temps, sevin étant parfaitement l'équivalent d'une nouvelle racine. A l'aide de ish, nous formons un verbe réciproque, seV'ish-mek, s'aimer Tun l'autre.

La syllabe dir ajoutera à chacune de ces trois formes l'idée de causalité. Ainsi :

I. Sev-nick, aimer, devient lY. Sev-dir-mek, faire aimer. II. Sethin-^ek, se réjouir, devient V. Sev'in-dù'^mek^ faire ?« réjouir.

III. Sev-ish-mek, s'aimer l'un l'autre, devient VI. Sev-ish-dir-

meky faire s*aimer l'un l'autre.

La syllabe // pourra donner la signification passive à chacune de ces six formes. Ainsi :

1. Sctymek^ aimer, devient VII. Sev-il-mok^ être aimé. 11. SpV'in-^iek, se réjouir, devient VIII. Setyin-il-mek, ètr»*

réjoui, m. Sev'ish-inek, s'aimer l'un l'autre, devient IX. Sev-ùhil-ynek (intraduisible).

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