FAIBLESSE
mer; et. le vin fini, ils y mettaient des roses. Horace dit que c’était bon; s’y connaissait-il? Oui, si l’on en croit ses vers :
...... Generosum el lene requiro ;
Quod curas abigat; quod cum spe divite nianet
In venas animumque meura; quod verba ministre t ;
Quo'), etc. EPIST. XT,
Mais qu'est-ce que cela prouve, des vers?
Quand au contraire le moût est faible, indigent, on le restaure par du moût très-riche. Rien à blâmer non plus en cette pratique, pourvu que, riche ou pauvre, les moûts soient de même provenance; mais, généralement, nous n’y regardons pas de si près. Il y a plusieurs façons d'ol tenir ces moûts opulents. Ainsi, on expose le raisin au soleil jusqu’à lui faire perdre le quart de son poids; ou bien on le met au four jusqu’à ce que la peau se ride; ou, plus noblement, on le laisse au cep, après lui avoir simplement tordu la queue. I.a dessiccation partielle opérée, on porte à la cuve et on foule, l/impérial vin de Tokaj ne se fait pas autrement : nous verrons cela bientôt.
Un procédé plus commode consiste à concentrer le moût par l’évaporation. Si vous en croyez les contes arabes, celui-ci serait d’invention angélique. Quand Noé fut sorti de l’arche à l’appel de la colombe, il vit d’abord à distribuer ses végétaux -et replanter la pauvre terre, la vigne manquait, elle qui devait, surtout rendre son nom cher et célèbre! Comme il était cherchant, et grondant ses fils, et soupçonnant la chèvre, l’ange Gabriel survint, et lui dit que le diable avait volé la vigne.
— Pourquoi faire ? demanda le patriarche.
— Je ne sais,- dit l’archange. Il prétend y avoir droit. Appelle-le, tu verras bien I
Noc appela le diable aussitôt, et lui dit, en son indignation :
— Qu’est ceci, ô maudit? N’avais-lu pas assez de toutes ces âmes de noyés sans me voler la consolation du monde à venir?
— J’ai pris la vigne parce qu’elle m’appartenait, répondit le diable effronté.
— Et qu’en feras-tu, idiot ? reprit Noé.