‹ La science du vinChapitre 4 sur 12 · FAIBLESSE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE

— Eh dune ! son \in peuplera mes royaumes.

— Je le la reprendrai bien, dit Noé.

— Essaj e, dit le diable.

— Voyons, intervint le pacifique Gabriel, ne pourriezvous point partager ?

— Volontiers, consentit Noé -, je lui en laisse un quart.

— Ce n'est pas assez, peut-être , dit Gabriel, voyant que le diable haussait les ailes de pitié.

— Lli bien, donc, moitié! fit le patriarche en soupirant.

— Non, conclut l’archange, sois généreux: qu’il ail deux tiers cl loi l’autre. Et — Cirant le bonhomme à part — voici comment vous ferez, lui dit-il. Quand tu auras pressé ton raisin, tu mettras le jus bouillir sur le feu;' deux tiers s’en iront en fumée, le malin les prendra : Dieu t’accorde l’usage du reste. Sache n’en point abuser.

Voilà comme, orientalement, naquit le moût concentré. On le gardait à l’étal de conserve et on le délayai! dans de l’eau ou dans du vin. C’est ainsi que nous le

voyons boire dans l’Iliade et l’Odyssée. Les vignerons syriens ont à peu près respecté la formule, qui n’en est pas meilleure pour cela.

Comme nous l’a>ons dit, on est aujourd’hui trèsdivisé sur la question de savoir si le vin se fait mieux en fût qu’en bouteille. Les Bourguignons, vieux experts, tiennent pour quatre ans de barrique, au moins; les Belges, grands amateurs et bons connaisseurs de nos vins, estiment que deux années suffisent. Les uns pourraient bien avoir raison, et les autres aussi... selon la date et le lieu de la naissance des sujets.

J’ai Lu en 1858 du vin de la Romanée-Sainl-Vivant 1846, mis en bouteille en 1848 5 il était d’une splendeur incomparable ; tandis qu’un de mes amis venait d’éprouver un vin de C.hambcrlin du même temps, traité de la même façon, qui # avait encore toute sa gourme. D’après ce qui paraît démontré, le vin laissé longtemps dans la pièce aurait plus de finesse; mis jeune en bouteille, il garderait toute son énergie. Quant à la durée de l’attente, elle est au moins la

ême en Belgique et dans la Côte ; car si, après quatre ans de séjour dans le bois, quatre ans dans le verre achèvent l’éducation du vin, deux ans seulement de la première pédagogie en impliqueront six ou huit de la seconde. C’est à choisir.

Même indécision sur un autre point : faut-il laisser ou non de l’air dans la bouteille ? Les uns, convaincus qu’il ne le faut pas, bouchent leur vin à l'aiguille, ingénieux procédé qui fait bûcher le liquide au bouchon, au risque quelquefois de casser des bouteilles en l’employant. D’autres pensent qu’un peu d’air retenu prisonnier entre le vin et le liège vient favorablement

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