XIV INTRODUCTION
Le protectionnisme est insatiable. C'est un boulimique. Trois ans après le tarif de 1664, il était jugé insuffisant et remplacé par le tarif de i 667, qui doublait et triplait les droits antérieurs^ et frappait de 50 sous par tonneau les marchandises importées par navires étrangers. Les Anglais, au lieu de prendre nos vins de Bordeaux, s'adressèrent au Portugal. Les Hollandais y répondirent par l'exclusion de leur marché des produits français. Une guerre désastreuse fut le résultat de ce conflit d'intérêts. A la paix de Nimègue, en 1 678, la France était obligée de modifier son tarif.
En même temps, comme, en dépit de cette prohibition et de ces prîmes à la construction des navires, les chantiers restaient vides, Golbert donne une prime d'importation de 5 livres par tonneau pour les navires au-dessous de iOO tonnes, et de 6 livres au-dessus : merveilleuse logique !
Elle se retrouve partout. Pour assurer à bas prix l'alimentation de l'industrie, il prohibait Texportation des grains; puis^ intervenaient les douanes de provinces à provinces.
Mais cependant Golbert voulait aussi favoriser l'agriculture : quand on lui apprenait que les blés pourrissaient sur place ou dans les greniers, faute de débouchés, il suspendait pour quelque temps la prohibition à l'exportation. Il frappait d'une taxe de 30 sous les brebis et moutons étrangers pour protéger les éleveurs. Il rendait obligatoire l'exportation des bestiaux : les négociants aux îles françaises d'Amérique sont tenus, sur chaque navire qu'ils y envoient, de charger deux juments, deux vaches ou deux ânesses; une prime de 4 livres est payée par baril de chair salée qui y est exporté. Il institue un haras ; il donne des règlements sur les assolements, et il n'obtient que cette effroyable misère du paysan, dont Vauban, La Bruyère, Boisguilbert, Torci, Racine, les Correspondances des intendants, nous ont laissé le lugubre tableau I
Golbert voulait embellir Paris, mais l'empêcher de devenir trop grand, et il le limitait à son enceinte de i672. Il fondait l'Académie de Rome, et recommandait aux jeunes gens de faire de bonnes copies et non de regarder la nature.