‹ La science économique (volume 2)Chapitre 121 sur 196 · SO · texte numérisé non relu

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GrapL. 6J . — Rapport de la valeur, du revenu lotal de la propriété et du taux de ce revenu en France '.

Chacun peut multiplier ces faits à rinfini, et il verra que la valeur de l'homme ne constitue pas une exception économique. L'homme est un capital fixe obéissant aux lois de la valeur des capitaux fixes que nous avons formulées plus haut (p. 151, 192).

Le taux du salaire diminue relativement à la valeur du produit exactement comme le taux de l'intérêt diminue relativement à la valeur du capital; le salaire total augmente comme le revenu total.

La théorie du wages fund, le fonds des salaires, qui a longtemps été en vogue en Angleterre, suppose que du capital cir-

culanl qui, dans Tidée des auteurs et partisaus de cette théorie, parait se réduire à la monnaie, dépendent exclusivement la demande du travail et le taux du salaire. Macleod et Walker ont répondu que la demande du travail et le taux du salaire dépendaient de la demande des produits auxquels le travail était destiné à coopérer. Au cours du travail, sans doute, il faut que Temployeur fasse des avances au travailleur; mais il les escompte, ces avances, sur quoi ? Sur le produit qui lui est demandé, dont il a le débouché plus ou moins assuré. En réalité, ce n'est pas la capacité du producteur qui règle la demande du travail et le taux du salaire : c'est la capacité du consommateur. Le travail va quand la consommation est active. Il chôme, les salaires s'abaissent quand la consommation s'arrête. Mais qu'est-ce qui permet au consommateur de se procurer ce dont il a besoin? l'abondance des capitaux qu'il a à sa disposition. La fortune d'un industriel, c'est la richesse de sa clientèle. On a tort de dire que le fonds des salaires est le capital circulant du producteur; mais le fonds des salaires existe, cependant; il se compose, pour chaque produit, des capitaux circulants que les consommateurs peuvent affecter à son achat.

Les faits que nous avons cités aboutissent aux conclusions suivantes ;

La valeur de l'homme est en raison directe de l'abondance et du bon marché des capitaux circulants^ de la valeur, du pouvoir d'utilités et du total du revenu des capitaux fixes et en raison inverse du taux du revenu,

La richesse est en raison directe de la valeur de Vhomme, du total de son salaire et en raison inverse du taux de son salaire relativement à la valeur totale de son produit.

Mais, peut-on objecter, le 1807 de Meissonier atteint le prix de 337000 francs, le plus haut chiffre qu'ait jamais atteint un tableau du vivant d'un peintre.

Le salaire du peintre a dépassé tout ce qu'avaient gagné les plus heureux parmi les artistes : un Raphaël, un Rubens. 11 augmente donc non seulement en totalité ; mais son taux, au

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lieu d'être en raison inverse de la valeur totale du produit, est en raison directe de cette valeur.

Tout renoncé de la proposition est juste: mais la cpntradic» tion n'existe pas. Il n'y a, dans le tableau, qu'un seul produit; il n'y a donc qu'un seul salaire: c'est le salaire total. Le salaire est un et indivisible, exactement comme le produit.

Ce produit est l'émanation directe de l'homme; Toutillage n'y a joué qu'un rôle insignifiant, mais la lithographie, la gravure sur bois, la photographie, le divisent en milliers d'exemplaires. Alors le travail de l'artiste rentre dans la règle commune. 11 peut, en se contentant d'un salaire infinitésimal, se constituer un salaire total autrement considérable que n'aurait pu l'obtenir aucun de ses prédécesseurs, prélevant une somme beaucoup plus forte sur quelques centaines d'exemplaires de gravure en taille-douce vendus très cher.

VI. Quand on parlé des salaires, on oublie trop souvent que la quantité de monnaie n'est pas la mesure exacte de la quotité des salaires. Il faut savoir si le salarié peut se procurer, à somme égale, un meilleur logement, de meilleures conditions hygiéniques, plus de pain, plus de café, de sucre, de thé, de vin, de bière, de vêtements, de linge.

Il faut encore ajouter au salaire les fondations diverses qui, maintenant, sont Tappendice de la plupart des établissements industriels : maisons ouvrières, caisses de prévoyance, de retraite, d'assurance, sociétés coopératives, et enfin, et surtout, les écoles !

MM. Gifîen, Atkinson et les autres statisticiens qui se sont occupés sérieusement de cette question n'ont pas oublié de tenir compte de ces coefficients.

M. Giff'en a montré qu'en Angleterre il n'y a qu'une augmentation de dépense sensible pour le travailleur : c'est celle des loyers dans les grandes villes. Il estime qu'ils ont augmenté d'une fois et demie. Mais d'après ses calculs, le même homme qui alors avait une balance de 15 sh. par semaine, après avoir payé son loyer, aurait maintenant un surplus de 27 s. 6 d,, dont

chaque shilling aurait un plus grand pouvoir d'achat qu'en i 830.

Tout confirme le progrès : le nombre des accusés pour crimes de 1840 à 1885 est tombé en Angleterre et dans le pays de Galles de 27.187 à 13.586; en Ecosse de 3.872 à 2.527; en Irlande (mais ici la population a diminué de 3268000 personnes) de 23.833 à 2.850; dans Tensemble du Royaume-Uni de 54892 à 18.973, soit une réduction de 65 pour 100, quoique la population ait augmenté dans cet intervalle de 10220000 personnes.

La criminalité diminue. Le nombre des pauvres, qui était de 100000 en 1815 à Londres, était de 95000 en 1878, de 82000 en 1885. Pour l'Angleterre et le pays de Galles, la proportion est descendue de 48 sur 1 000 en 1857, à 28 sur 1 000 en 1885. Le nombre des déposants dans les caisses d'épargne, en 30 ans, (le -429 000 est devenu 4 140 000. Là où il y avait, il y a vingt ans, un membre de société coopérative, il y en a six maintenant.

Tous ces faits prouvent la diffusion en môme temps que Taugmentatibn de la richesse. Les pessimistes sont mal venus à dir« que le progrès n'est qu'un vain mot; que quelques privilégiés seulement en profitent.

En dehors des gains qui peuvent se chiffrer individuellement, il y a les gains collectifs. Macaulay a montré dans un parallèle saisissant la puissance actuelle du plus modeste des hommes comparée à l'impuissance du plus grand seigneur de jadis. En prenant un billet de chemin de fer, il peut aller à Liverpool avec une vitesse et dans des conditions de confort que Tautre n'aurait môme pas osé rôver.

Il y a une économie politique subjective beaucoup plus aisée à étudier que l'économie politique objective. Dans des réunions publiques, dans des brochures, on entend répéter ce mot : — la loi des salaires, la loi des salaires I

La loi des salaires est celle que je viens de formuler ; mais ce n'est pas ainsi que l'entendent ceux qui répètent cette locution.

La manie de certains hommes est de prêter à leurs adversaires des idées qu'ils n'ont pas eues ou de donner à leurs

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idées une forme absolue qu'elles n^avaieut pas : procédé de juge dlnstructiou. Puis, une fois qu'ils ont ainsi présenté ces idéesyils les acceptent comme vraies. Les ayant ainsi acceptées, ils en tirent toutes sortes de conséquences. Plus elles sont épouvantables et absurdes, plus ils les déclarent exactes.

Peut-être auraient-ils fait une œuvre plus utile en vérifiant d*abord le point de départ; mais s'ils avaient suivi ce procédé, ils perdaient tout le bénéfice de leur thèse, puisque leur thèse n'existait plus. Or, pour des hommes comme Proudhon et Lassalle, la vérité, chose secondaire; la thèse éclatante et étonnante, chose importante. Ils ont fait descendre la scolastlqne dans l'économie sociale, son dernier refuge.

Lassalle dit : « D'après Ricardo, la moyenne du salaire dn travail est fixée d'après les besoins indispensables à la vie. »

Ce n'est point Ricardo qui est l'auteur de cette proposition, c'est Turgot. Le texte de Ricardo est moins affirmatif ^ : « Le prix naturel du travail est celui qui fournit aux ouvriers en général le moyen de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution. Le prix naturel du travail dépend donc du prix des subsistances et de celui des choses nécessaires ou utiles à l'entretien de l'ouvrier et de sa famille. »

Cette forme diffère quelque peu de celle que prêtait Lassalle à Ricardo ; mais Ricardo recohnaissait lui-même que la proposition ci-dessus n'était pas exacte, car il ajoutait : « On aurait tort de croire que le prix naturel des salaires est absolument fixe et constant, même en les estimant en vivres et autres articles de première nécessité ; il varie à différentes époques dans un même pays et il est très différent dans des pays divers. L'ouvrier anglais regarderait son salaire comme au-dessous du taux naturel, et insuffisant pour maintenir sa famille, s'il ne lui permettait d'acheter d'autre nourriture que des pom- ;nes de terre, et d'avoir pour demeure qu'une misérable hutte de terre. »

< Principes d'économie politique, cb. iv.

Nous avons eateadu les protectioanistes, qui réclamaient le relèvement des taxes sur les blés et la viande (mars 1887), invoquer comme un argument en leur faveur Taffirmation de Turgot. Du moment que le salaire de l'ouvrier dépend du prix des subsistances, il suffit d'élever le prix des subsistances pour augmenter le salaire. Voilà la question sociale résolue. D'après les partisans de cette thèse ingénieuse, les salaires des ouvriers anglais auraient été plus élevés sous le régime des corn laws que depuis le régime de la liberté. Plus il y aurait de capitaux absorbés par le prix des subsistances, plus il en resterait de disponibles pour payer les ouvriers, et plus il en resterait aux consommateurs pour acheter leurs produits !

YII. Le rapport du prix de l'alimentation avec le taux du salaire prouve que a la loi d'airain des salaires », comme dit emphatiquement Lassalle, loin d'être une loi inflexible, n'a jamais existé qu'à titre de métaphore.

Si nous comparons les salaires entre trois pays, nous trouvons les chiffres suivants :

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