TRAVAIL HUMAIN ET ORGANISATIONS INDUSTRIELLES
rorganisatîon sociale au milieu de laquelle elle s'était établie et développée. Chaque corporation formait une petite féodalité sur laquelle régnaient les maîtres. Ceux-ci cherchèrent et réussirent à faire de la maîtrise une caste héréditaire en obligeant celui qui n'était pas de leur rang à remplir, pour y arriver, une foule de conditions à peu près insurmontables. OUacun des maîtres devint un petit baron : à ses yeux, l'artisan ne fut qu'un serf.
Sous prétexte de protection à l'apprenti et au compagnon, le maître exerça sur eux le plus absolu despotisme : le malheureux qui aspirait au degré de maîtrise devait d'abord faire un long apprentissage chez un seul maître. N'était pas apprenti qui voulait. La fabrique de Lyon exigeait certaines conditions de naissance. L'homme marié ne peut entrer dans aucune profession. Le maître, auteur du règlement, avait poussé, dans chaque corporation, l'exploitation du jeune ouvrier jusqu'à son extrême limite. L'apprentissage durait quatre ans chez les cordiers, six ans chez les batteurs d'archal, sept ans chez les bottiers, huit ans chez les fabricants de boucliers de fer, neuf ans chez les baudoyeurs, dix ans chez les cristalliers, douze ans chez lès patenôtriers. L'apprenti devait, en outre, donner en moyenne vingt sous d'argent par année. Celui qui ne pouvait payer en argent devait s'acquitter en sacrifiant un certain nombre d'années. C'était là un minimum. Le règlement permettait au maître d'augmenter la charge, non de la diminuer. « Plus argent et plus service peut-il prendre si faire se peut. »
Livré tout entier à son maître, soumis à tous ses caprices, à toutes ses exigences, l'apprenti ne pouvait porter plainte. Si, écrasé de coups et de misère, il prenait la fuite, nul ne pouvait lui donner asile. Il était esclave. Comme d'un serf, le patron pouvait en trafiquer, le vendre à un autre patron.
Une fois l'apprentissage terminé, toutes les difficultés n'étaient pas terminées pour celui qui n'était point fils de maître. Il devenait « valet ». Le nombre des valets était limité pour chaque maître comme celui des apprentis. Le valet doit tout son temps
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Gomment devenir mattre? Dans certaines corporations, même après avoir épousé la fille d'un mattre, il ne pouvait aspirer à une si haute position. Dans celles qui étaient moins exigeantes, il devait consacrer un an à faire un chef-d'oeuTie que devaient juger des jurés choisis parmi les mattres. Geux-ci, voulant restreindre leur nombre, naturellement trouvaient son chef-d'œuvre détestable, à moins que le pauvre ouvrier n'adouctt leur rigueur à l'aide « de présents et de banquets ». En dehors de ces dépenses courtoises, il y avait des dépenses ofiftcielles obligatoires. Au dix-septième siècle les frais dulMtnqaet pour un mattre drapier étaient de 3 240 livres, n fallait enfin acheter la maîtrise ; pour un serrurier, un menuisier, un àarron, le prix était de 4 200 à 1 500 livres. Dans certains coips de métiers, il montait jusqu'à 4000 et 5000 livres. Le compagnon qui n'avait point les ressources suffisantes pour supporter toutes ces charges, était condamné, sans retour, à rester à per pétuité sous la servitude du mattre. Si le malheureux essayait de travailler à son compte, de s'isoler, il était poursuivi et traqué comme une bête malfaisante.
Turgot, dans le préambule de Tédit de 4776, abolissant les corporations, maîtrises et jurandes, disait :
u Dans presque toutes les villes l'exercice des différents arts est concentré dans les mains d'un petit nombre de mattres, réunis en communauté, qui peuvent seuls, à l'exclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ou vendre des objets du commerce particulier dont ils ont le privilège exclusif, en sorte que ceux de nos sujets qui, par goût ou par nécessité, se destinent à l'exercice des arts et métiers ne peuvent y parvenir qu'en acquérant la maîtrise, à laquelle ils ne sont reçus qu'après des épreuves aussi longues et aussi nuisibles que superflues, et après avoir satisfait à des droits et à des exactions