‹ La science économique (volume 2)Chapitre 130 sur 196 · ORGANISATION DU TRAVAIL ET DROIT AU TRAVAIL · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU TRAVAIL ET DROIT AU TRAVAIL

— On VOUS préserve de la concurrence et vous gardez le profit pour vous. A notre tour, nous allons assurer le profit du monopole de la production aux ouvriers : vous ne pouvez invoquer contre ce projet des principes économiques. C'est au nom des mômes principes que nous parlons ! vous ne pouvez invoquer que votre intérêt, déclarer que vous voulez conserver pour vous seuls votre monopole : ce monopole, nous vous Tenlevons et nous le donnons aux ouvriers !

Tel est le système, et, présenté dans ces termes, il est irréfutable.

Malheureusement, M. Louis Blanc ignorait trop les plus simples notions économiques pour enfermer ses adversaires dans ce dilemme inflexible ; et alors, s'empêtrant dans des contradictions aussi embrouillées qu'un écheveau de fil qui a servi d'amusement à un jeune chat, il déclarait que s'il voulait assurer le monopole de la production à l'État, c'était au nom de la liberté ! Il écrivait avec aplomb des aphorismes dans le genre de celui-ci : « La concurrence existant, la liberté est impossible. » Il procède alors à l'organisation du travail — sur le papier.

« Le gouvernement serait considéré comme lé régulateur suprême de la production et investi, pour accomplir sa tâche, d'une grande force.

« Cette tâche consisterait à se servir de l'arme même de la concurence pour faire disparaître la concurrence.

« Le gouvernement lèverait un emprunt dont le produit serait affecté à la création d'ateliers sociaux dans les branches les plus importantes de l'industrie nationale. »

M. Louis Blanc ne doute pas que cet emprunt ne soit couvert par ces capitalistes qu'il est destiné à ruiner : il consent toutefois à leur payer l'intérêt de leur argent, mais il ne les appelle pas à la moindre participation dans les bénéfices.

L'État aura toutes les vertus, naturellement : il ne sera pas spéculateur, de sorte qu'il devra acheter cher, même quand il pourra prévoir qu'à un autre moment il pourrait acheter à bon

marché. Le prix de ses produits devra être réglé chronométriquémeat, sans tenir compte de la loi de rofi^re et de la demande. M. Louis Blanc déclare ensuite que FÉtat ne sera pas entrepreneur d'industrie, il ne sera que régulateur. — Alors des industriels indépendants pourront continuer à produire à côté de l'État? — Oui, semble-i-il à M. Louis Blanc; mais lui-même bientôt après ajoute : « Dans toute industrie capitale il y aurait un atelier social faisant concurrence à l'industrie privée. La lutte serait-elle bien longue? Non K »

Si l'ouvrier engagé dans les ateliers nationaux de M. Louis Blanc pouvait avoir quelque avantage comme producteur, il le perdrait comme consommateur. M* Louis Blanc, comme le plus simple disciple de Pouyer-Quertier, a pour but de combattre le bon marché. L'atelier social aurait soin de maintenir les prix « à un taux rémunérateur », pour me servir du clidié protectionniste.

M. Louis Blanc mesurait la tâche et les salaires d'après la formule suivante : « Devoir en proportion des aptitudes et des forces, droit en proportion des besoins. )» Qui mesurera les besoins? quel sera le critérium des aptitudes et des forces?

« Le point d'honneur du travail substitué au mobile de Tîntérét, et, comme conséquence, l'égalité immédiate ou prochaine des salaires, jusqu'au jour où on sera arrivé à l'idéal vers lequel la société doit se mettre en marche et qui est de produire selon ses forces et de consommer selon ses besoins. » Tel est le fondement de l'atelier sociétaire.

Pour combattre cet affreux égoïsme qui pouvait s'introduire dans l'atelier national, comme pariout ailleurs, M. Louis Blanc avait un moyen infaillible : « Qu'on plante dans chaque atelier un poteau avec cette inscription : « Dans une association de « frères qui travaillent, tout paresseux est un voleur. »

Quoique le système de M. Louis Blanc eût pour but de réaliser l'égalité des salaires, son application commençait par une

* 4" édit., p. 88.

Page 1