‹ La science économique (volume 2)Chapitre 134 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LA COOPÉRATION

L'épargne.— L*épargne par la dépense. — Les trois périodes de la coopération.

— Les pionniers de Rochdale. — Société coopérative en gros de Manchester.

— Difficultés légales. — > La situation actuelle des sociétés coopératives dans les Iles-Britanniques. >- Déceptions de la coopération.*- Sncoès en France. — La capacité administrative.

Nous arrivons à la plus importante des transformations industrielles qui aient été tentées au dix-neuvième siècle : la coopération.

11 est bon que le travailleur acquière un capital en dehors de son capital corporel; comment y parvenir? Voilà le problème.

— Par Féconomie ! Faîtes un capital en économisant, répondraient immédiatement les gens sages.

Mais, nous l'avons dit, l'épargne est une passion dépressive. Il est facile à un honmie bien nourri, bien vêtu, bien logé, de dire aux autres : Épargnez! c'est-à-dire : privez-vous. C'est la doctrine de l'ascétisme chrétien. Quand on est engagé dans cette voie, pourquoi ne pas donner comme exemples aux ou* vriers les solitaires de la Thébaïde, un Macaire, un saint Antoine, les fakirs de l'Inde? La privation ne frappe-trelle pas de maladies les hommes les plus énergiques? Une mauvaise nourriture n'équivaut-elle pas à une privation de forces?

Les Anglais n'ont pas cette qualité d'épargne qu'on admire tant chez le paysan français. Ils ont cherché autre chose, et ils ont trouvé autre chose, qui au premier abord paraît tout à fait paradoxal : la coopération, c'est l'épargne par la dépense.

Voici comment : vous achetez au store (entrepôt) les objets qui vous sont nécessaires, au prix courant; la dififérence entre ce prix courant et le prix net constitue le bénéfice; ce bénéfice

est épargné et devient un capital ; ce capital peut servir à fonder des établissements industriels.

En 1826, le Coopérative Magazine disait en termes explicites: « M. Oven n*a jamais proposé que le riche donnât quelque chose de sa propriété aux pauvres; il demande que les pauvres soient placés dans une telle situation qu'ils puissent créer de nouvelles richesses pour eux-mêmes. »

La coopération, en Angleterre, a parcouru trois périodes : & période enthousiaste, de 1821 à 1830; la période socialiste, de 1831 à 1844; la période pratique, à partir de 1844, date de la fondation de la fameuse association des pionniers de Rochdale.

On cite toujours json histoire, mais on ne saurait trop la citer. Au début, en 1844, 24 ouvriers apportent chacun 1 livre ste^ ling (25 francs); résultat en 1885, 11084 membres; capital, 324 645 liv. st. (8 millions de firancs) ; mouvement d'afifaires, 252 072 liv. st. (6 500 000 francs) au moins ; bénéfices pour 1878, 32 049 liv. st. (800 000 francs). Le chiffre d'affaires et les bénéfices ont été beaucoup plus élevés dans les années antérieures. Personne ne peut avoir un capital de plus de 200 liv. st. (5 000 francs) engagé dans la société.

En 1863, M. Abraham Greenwood, président de la Société des pionniers de Rochdale, a fondé à Manchester une c société coopérative en gros à responsabilité limitée ». C'est une agrégation de groupes ou sociétés partielles, dont chaque membre souscrit seulement 5 shillings (6 fr. 25), de sorte qu'une société de cent membres a 100 actions^ une société de cinq cents membres, 500 actions, etc. Cette société a maintenant trois établissements de production : un à Leicester, qui fabrique 300000 paires de chaussures par an; un autre à Crumpsall, pour la fabrication du biscuit, des bonbons et du savon sec ; un troisième à Durham, pour la fabrication du savon ; elle a des entrepôts de beurre en Irlande ; elle a une banque qui a 6 millions de livres sterling de dépôts; en 1864, elle avait 18337 actionnaires; en 1878, elle en avait 300000! A cette dernière date, son capital était de 405599 liv. st., son chiffre

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de ventes de 273958i liv. st. Ses bénéfices s'élevaient à 33 350 liv. st.

Le développement régulier des associations coopératives était cependant entouré de difficultés : elles n'avaient point d'existence légale. Les gérants pouvaient s'en aller avec la caisse, et, s'ils étaient poursuivis devant les tribunaux, ils étaient acquittés *.

Quelquefois les sociétés sont devenues trop ricbes ; elles ne savent comment employer leur capital et forcent leurs membres à le reprendre '.

Leur but est d'organiser des sociétés de production.

Elles sont susceptibles d'organisations multiples. Pour certaines sociétés, tout le capital est souscrit par les stores; tel est le cas des imprimeurs de Manchester. 11 n'y a pas d'actions individuelles.

Dans le Lancashire, les sociétés coopératives sont devenues propriétaires d'un nombre considérable de manufactures établies par actions, et, quoiqu'elles aient subi plusieurs échecs, les protectionnistes Ai^ançaîs invoquent leurs rapports pour montrer quels bénéfices elles peuvent faire.

Le partage des bénéfices subit diverses combinaisons. Habituellement la totalité des profits doit être divisée entre les directeurs, les travailleurs qui forment la société, au prorata de leurs salaires respectifs, et les clients, au prorata de leurs achats '.

D'après les rapports du dix-huitième congrès des associations coopératives, tenu à Plymouth, en 1886, voici les progrès accomplis par la coopération dans les Iles-Britanniques de 1861 à 1885 :

1 Holyoake, History of Coopération^ t. II, p. 114. « Holyoake, t. II, p. 113. > Holyoake, t. II, p. 122.

Sociétés

faisant

des rapports

au

Nombre

des membres.

CapiUl.

Actions.

Capital empranté.

Chiffre

des afBûres.

Profitt

Congrès.

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