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1949Sli
On Toit le formidable mouyement d'affaires de ces sociétés; et il ne faut pas oublier que ce n'est que depuis quarante ans que la coopération est entrée dans la phase pratique.
La coopération a provoqué des déceptions en France. On avait montré les merveilleux succès des pionniers de Rochdale; beaucoup de Français ne virent que leurs millions, sans s'inquiéter de leurs luttes, de leurs travaux, des principes de leur organisation. Us crurent qu'il y avait quelque chose de magique dans ce mot <k coopération » ; ils le considérèrent comme ane sorte de pierre philosophale, ayant le secret de faire de l'or instantanément. Ce n'est pas le mot qui fait de l'or, c'est la pratique de la chose ; il ne faut donc pas dorer le mot, comme on fétiche, et s'imaginer qu'il vous suffit de l'évoquer pour réaliser vos désirs : il faut se mettre à l'œuvre lentement, patiemment, et persévérer. Malheureusement, on avait cru à un miracle. Le miracle ne vint pas, et le découragement apathique succéda à l'enthousiasme irréfléchi.
Toutefois certaines sociétés coopératives prospèrent.
A Roubaix, il y a une société coopérative, fondée sur le modèle des sociétés anglaises, pour une durée illimitée. Après avoir constitué l'épargne par la dépense, elle s'est arrangée avec la compagnie le Nord^ pour faire des assurances, et elle achète des maisons à ses sociétaires *. A Reims, une société coopérative de consommation, fondée en 1868, a quinze succursales dans la ville, et est dans une situation florissante.
^ Le Globe publie chaque semaine les détails du mouvement coopératif.
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A Puteaux, à PantiQ, etc., on peut citer des sociétés de consommation qui sont dans d'excellentes conditions.
Les compagnies d'assurance font des sacrifices considérables de courtage. M. Engel Dolfus, dès 1865, dans les établissements de MM. Dolfus-Mieg, faisait assurer en bloc les mobiliers des ouvriers. L'instituteur passait dans les salles : — Qui voulait s'assurer? Les uns acceptaient, les autres refusaient. Pour ceux qui acceptaient, économie de frais de police, de courses, de démarches, etc.
En France, la coopération est encore aux tâtonnements de l'enfance. Mais le temps perdu sera vite regagné, si les travailleurs veulent bien étudier les faits économiques, au lieu de se passionner pour des déclamations métaphysiques.
Un des obstacles au succès de la coopération en Angleterre comme en France, c'est le dédain des travailleurs pour la capacité administrative. Souvent ils ont nommé comme directeurs, non les plus capables, mais les plus bavards ^. Souvent ils s'occupent de tout autre chose que de la prospérité de l'association. Ensuite les travailleurs, en ne comprenant pas la nécessité de rémunérer à sa valeur la capacité administrative, écartent de la direction de leurs affaires les hommes sérieux. M. Brassey remarquait que le secrétaire du conseil des importantes Trades-Unions de Glascow était payé 10 livres par an (250 francs), et il en tirait cette conclusion, que ce salaire indiquait une profonde ignorance des lois économiques.
Le congrès des sociétés coopératives anglaises de 1877 a admis la résolution suivante :
« Le congrès demeure fermement convaincu que les sociétés coopératives doivent être basées sur le principe de conciliation entre les intérêts opposés du capitaliste, du travailleur et de l'acheteur, par le moyen d'une équitable division des profits entre eux. »
Je ne puis mieux terminer ces considérations que par quel-
' Holyoake, t. II, p. 120.
ques citations empruntées à Touvrage de M. Holyoake, qui, depuis quarante ans, mêlé activement au mouvement coopératif anglais, a déterminé les caractères de la coopération :
« La coopération cherche les moyens matériels de progrès. Elle réunit des provisions pour ses membres, en créant des stores ( entrepôts ) ; elle leur fournit des objets utiles par ses manufactures ; elle aspire à devenir propriétaire de terrains et de navires ; elle bâtit ; elle fait des opérations commerciales ^ agricoles, avec le but d'y employer ses propres membres ; lenr éducation et leur self govemment amènent la société à se soutenir et à se contrôler elle-même. Elle a pour moyens le capital et l'industrie. Elle se procure le capital^ soit par l'épargne, soit par l'emprunt. Elle en use comme d'un agent : elle le paye au prix du marché et rien de plus. Elle a pour politique de partager le profit entier, réalisé par la pensée, l'habileté et le travail, équitablement entre ceux qui le produisent.
«Tels sont les moyens de la coopération et la nature des principes qui régiront l'avenir de l'industrie *. »
«Les travailleurs ont maintenant leur avenir dans leurs propres mains, et ils doivent apprendre à déblayer leur route et à payer leur progrès, comme l'a fait la bourgeoisie (middie class) *. »
« L'esprit de la coopération est le self help (aide de soi). Les hommes seuls d'un esprit indépendant sont attirés vers elle. L'intention des coopérateurs n'a jamais été de dépendre d'un secours donné par le parlement, ni de la charité du riche, ni de la pilié, ni de la prière du prêtre, quelque respect qu'il puisse avoir pour les motifs de cet aide •. » J
« J'ai prouvé que la coopération ne demande pas de secours à l'Etat ; elle ne demande pas de cadeaux aux individus ; elle ne trouble pas les intérêts, elle n'attaque la fortune de per-
* Holyoake, History of Coopération, t. II, p. 443. « Holyoake, t. II, p. 451.
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sonne ; elle ne réclame pas la conûscation de bénéfices existants, mais elle se soutient par elle-même, elle travaille par elle-même, elle défriche son propre terrain, elle recueille sa propre récolte ; elle partage les grains d'or entre ses associés, et, sans avoir besoin de faveurs ni se charger d'obligations, elle place les travailleurs parmi les possesseurs des fruits de la terre '. »
Le progrès à venir dépend de Tunité et de la persistance de ceux entre les mains de qui est la coopération.