XVIII INTRODUCTION
taire d'Ëtat. Vous allez être accablé de compliments vrais, et vous serez presque le seul à qui cela sera arrivé. En chantant en basse note Deprofundis pour moi, je chante le Te Deum laudamus pour vous. » C'était la prise de possession du pouvoir par la liberté. Turgot représentait le contre-pied de toutes les théories de Golbert. Il disait : « Us ne voient pas que toutes ces associations de gens du même métier ne manquent pas de s'autoriser des mêmes prétextes, pour obtenir du gouvernement séduit la même exclusion des étrangers ; ils ne voient pas que dans cet équilibre de vexation et dlinjustice entre tous les genres d'industrie, où les artisans et les marchands de chaque espèce oppriment comme vendeurs et sont opprimés comme acheteurs, il n'y a profit pour aucune partie ; mais qu'il y a une perte réelle pour la totalité du commerce national, ou plutôt pour l'État qui, achetant moins à l'étranger, lui vend moins aussi...
« La liberté générale d'acheter et de vendre est le seul moyen d'assurer d'un côté, au vendeur, un prix capable d'encourager la production ; de l'autre, au consommateur, la meilleure marchandise au plus bas prix; ce n'est pas que, dans des cas particuliers, il ne puisse y avoir un marchand fripon et un consommateur dupe... Mais vouloir que le gouvernement soit obligé d'empêcher qu'une pareille fraude n'arrive jamais, c'est vouloir l'obliger de fournir des bourrelets à tous les enfants qui pourraient tomber,, . »
Turgot était un de ces hommes rares qui, en arrivant au pouvoir, ne se croient pas obligés d'oublier et de renier leurs doctrines. Dans son fameux édit de 1776, il supprima les corporations, maîtrises et jurandes. (Voir plus loin, liv. IV, ch. IV.)
Turgot, quoique ne précédant la Révolution que d'une douzaine d'années, était encore venu trop tôt. Colbert croyait qu^on pouvait tout faire avec quelques articles de règlements. Turgot disait au contraire : a Les lois commandent; les mœurs font mieuxi Elles persuadent et rendent le commandement