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AVANT ET APRÈS LE TRAITÉ DE COMMERCE FRANÇAIS

Importations. Exportations.

La réciprocité est un de ces clichés qu'on entend formuler à tout instant, même par des gens qui se prétendent libre- échangistes. Ce mot est d*abord faux par lui-même ; car on n'échange pas des produits identiques.

De plus, il est avantageux pour un pays d'être inondé des produits d'un autre pays à meilleur marché qu'il ne pourrait les produire; il n'a pas à s'inquiéter si l'autre veut payer cher les objets qu'il lui achète. Il consomme pour lui-même, et son intérêt, à lui, est de les payer bon marché.

On sait que non seulement les protectionnistes veulent empêcher les produits étrangers d'entrer dans leur pays ; ils veulent encore qu'on leur paye des primes d'exportation pour les aider à inonder les pays étrangers; car toute leur politique commerciale est basée sur cette règle : faire aux autres ce qu'ils ne veulent pas qu'on leur fasse.

Toute prime d'exportation est payée avec quoi? avec l'argent des contribuables ou, au moins, des consommateurs du pays qui la paye. Et pourquoi? pour permettre à un pays étranger de se procurer ses produits à meilleur marché que ses nationaux ne peuvent se le procurer. C'est un cadeau qu'on fait à ses ennemis.

En ce moment, nos droits sur le sucre sont perçus de telle sorte qu'ils constituent une prime à l'exportation. Voici quel résultat ils produisent, comme l'a fort bien expliqué M. Fawcett * :

« Cette prime pourra élever le prix de la betterave; mais le profit qui en résultera pour quelques-uns sera prélevé sur tous les Français. La nation entière est, en fait, doublement taxées

» Free Trade and Protection.

tOO LA SCIENCE ÉCONOMIQUE.

D'abord la prime, qu'elle coûte "SOOOO lÎTrea sterliDg ou seulement 36UOOO livres sterling par an, représente une très sérieuse charge pour tous les contribuables français. Cette charge, cependant, n'est qu'une partie du fardeau qui en résulte pour eux : si rencouragement à celle exportation exhausse seulement d'un farihing la livre de sucre, et cette estimation est fort modérée, le prix addilionnel que les Français sont forcés de payer n'est pas moindre de ) million de livres par an (25 millions de francs}. » Ce chiffre n'a pas cessé de grossir.

En Angleterre, il n'y a aucun droit sur le sucre; de sorte que les Anglais ont le sucre français au-dessoua du pris auquel ils peuvent obtenir le leur. Les rafQneurs anglais se plaignirent et demandèrent l'établissement d'un droit d'importation destiné i annuler la prime; mais aussitôt le Tintes répoudil, au nom de i l'opinion publique : « Les Français sont fous avec leur prime d'eipor talion. Nous ne répondrons pas à leur folie par une j autre iblie. Nos rafilneurs passeront à une autre industrie. Nos ' consommateurs auront do sucre à bon marché, grâce aux sacrifices faits par le trésor français. »

VUl. Les cotonniers de Lille, qui ont la houille sur place, font une concurrence ruineuse auï cotonniers de Rouen, qui sont obligés de !a faire venir par bateau. Si les cotonniers des Vosgei ont des forces hydrauliques à leur disposition, ils ont des frais de transport considérables ; il faudrait donc protéger ces trois groupes de filateurs les uns contre les autres. Mais les producteurs de laine n'ont-its pas droit de dire que les vêtements de coton font concurrence à leur industrie? Le colon est une plante élrangÈre, la laine est un produit national ; logiquement, pour quoi ne pas prohiber le coton î

Les forges au bois ont été obligées d'éteindre leurs fourneaux en Bretagne. Si on avait établi un bon tarif proscrivant l'entrée dans cette province des fers à la houille, elles existeraient encore,

Les protection ni si es répondront: — Nous n'avons jamais dil d'absurdilés pareilles.

La preuve qu'ils en seraient capables, c'est qu'ils demandent des protections contre TAlsace et la Lorraine, hier provinces françaises ! Leur idéal logique est de faire une nation limitée à l'usine de chacun.

IX. Le rapport de la valeur des capitaux circulants et des capitaux fixes étant mal connu, les protectionnistes disent : I>our faire de la richesse, il faut faire de la cherté. Donc, il Faut artificiellement élever le prix des capitaux circulants que nous produisons. Nous deviendrons plus riches.

Il est vrai qu'ils n'ont pas réfléchi qu'eux-mêmes, quand ils sont consommateurs, ils cherchent le bon marché.

Ils n'ont pas encore réfléchi à cette chose : c'est qu'une usine peut presque indéfiniment réduire ses bénéfices, à la condition cle pouvoir indéfiniment augmenter ses produits.

Comment cette observation si simple ne les a-t-elle pas frappés : les objets manufacturés ont presque tous baissé de valeur, ^t la valeur des manufactures a augmenté?

Gomment les protectionnistes ne se sont-ils pas aptrçus encore des faits suivants : les grands consommateurs, ce sont inaintenant les foules? Tout le monde a plus d'esprit que Vol- ^taire et tout le monde est plus riche que Rothschild.

Or, si le prix des objets est augmenté, immédiatement la consommation s'arrête, donc la production s'arrête également. La production s'arrêtant, tous ceux qui étaient occupés à produire sont obligés de restreindre leur consommation. Toute nouvelle diminution dans la consommation se répercute sur la production. C'est la ruine, c'est la misère, c'est la stagnation; tel est l'avenir que cherchent à préparer aussi consciencieusement qu'inconsciemment les protectionnistes.

Si la théorie protectionniste était vraie, il ne faudrait pas seulement l'appliquer aux produits venant de l'étranger, il faudrait l'appliquer à tout le pays, il faudrait non seulement rétablir les douanes de province à province, mais encore il faudrait les resserrer davantage. Chaque commune devrait pouvoir se suffire à elle-même et n'être pas tributaire des au-

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tH LA SCIBnCB ËCONOUIOUB.

très. Protégée contre la concurrence de ses voisines, elle serait pas envahie par leurs produits.

D'après les protectionnistes, plus l'homme peat se procurer avec difficulté les objets nécessaires à son usage, et plus il est

On ne saurait trop admirer les pfforts Taifs par t'boinnie pu» s'appauvrir en croyant s'enrichir. Il n'y a pas d'ironie plus cruelle que le système protectionniste; malheureusement, elle n'est pas seulement dans les mots, elle est dans les faits. Ceiu qui l'adorent sérieusement se diiisent en deux classes : les dupeurs et les dupés.

Ccuï-cî sont des ignorants, qui déversent sur cette chimère leur besoin de croire à l'ahaurde. La puissance subjective de l'homme s'est portée sur tout : elle a créé des superstitions économiques comme des superstitions religieuses '.

X. Le commerce comiite à mettre en rapport avee les besoins èti Fhomme les forces de la nature -utiUsées.

Plus ks oeeupations sont divisées, plus le travail de ehaeun est puissant, plus les débouchés sont nombreux et plus l'échange ei' nécessaire.

Tous les obstacles qui sont mis à la liberté de l'échange ont pour résultat d'empêcher l'abondance des capitawe circulanls et, pi:r réciprocité, la hausse des capitaux fixes.

Le système protectionniste est donc le plvs propre à ruiner un

' Voir, ponr les détails, mps brochures et diacours snr le litiv- Échonge et mes articleH de la Réforme économique et du Globe.

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