CHAPITRE IV
I. Terme impropre s orédit. «- Nature diverse des opérations de «redit, — Lei banques.— U. Adam Smith : les banques du dix-septième eiède. * Proeu«dt bonne monnaie.— La banque d'Amsterdam. — Sécurité. — Banqaes d'Italie.- Banques de dépôt. — La lettre de change.— III. Moyens divers ponr remplaeer •la monnaie.—- Le chèque. —Le clearing house.— Son mécanisme. — Girealitkn -é*un pays et usage de la monnaie. — Le crédit. — Bénéfices des banques. - Leurs capitaux.— IV. La banque d'Angleterre. — L'acte de 1844. * Distinetùm antiscientifique. — La banque d'Angleterre , banque des banques. — UoiqM réserve métallique de l'Angleterre. — Le crédit anglais repose sur one boa •fictive.— La foi. — Un trompe-rŒil.<» V. La banque de France. — Boni^itti et l'escompte. — La loi de germinal an XII. — Opérations de la BanqiM avec b gouvernement.— L'enquête. — Opérations de la Banqne.— Les senriees resdai par la Banque. — Dividendes de ses actionnaires pendant les crises. — Elle u% pas de capital réel. — Encaisse fictif. — VI. Système monarchique dnerédik — Ingérence de l'État dans le commerce du crédit. — Brreor da poUie. * b 'banque et le public. — Liberté des banques. — Avantages.
I. Livre H, chapitre vii, j'ai dit que le crédit était analogue an transport. Celui-ci a pour but de supprimer Tespace, celui-là a pour but d'empiéter sur le temps. La langue économique, toutefois, est encore si peu précise, que l'on donne à ce terme : crédit, une extension imprévue. Non seulement elle dépasse son étymologie, ce qui ne serait rien, mais elle groupe sous ce titre un ensemble de fonctions qui ne sont pas rigoureusement similaires.
Ainsi, les institutions dites de crédit peuvent faire des opérations de nature diverse :
Elles peuvent se charger de la garde des métaux précieui, titres, valeurs, garantir la bonne qualité de la monnaie, etc. Dans ce cas, leur fonction est une fonction de sécurité.
Elles peuvent économiser le transport des matières d'or et d'argent. Ici elles rentrent dans l'industrie des transport?. Elles se donnent pour but de triompher de robstacle-espace.
Enfin, elles peuvent se donner pour but d'escompter des papiers de commerce, de faire des avances, de couvrir des emprunts; et alors elles ont pour but de gagner sur le temps.
On comprend sous le nom générique de banques toutes les institutions qui font soit Tune, soit Tautre de ces opérations, soit toutes ces opérations simultanément.
IL Adam Smith a admirablement décrit les fonctions des banques au dix-septième siècle, dans de petits États, comme Gênes ou Hambourg. Elles n'ont point pour but l'escompte; elles n'ont pas pour but de garder la monnaie; elles n'ont pas môme pour but d'épargner le transport de la monnaie. Elles ont pour but de procurerxle bonne monnaie.
Pour bien comprendre ce phénomène, il faut se figurer un petit État, une ville à territoire réduit, faisant grand commerce, comme Gênes, Hambourg, Amsterdam ; elle reçoit des États voisins toutes sortes de monnaies usées, rognées, à ce point qu'à Amsterdam la valeur des monnaies ayant cours était réduite de 9 pour iOO. Dès qu'une bonne pièce paraissait, elle était fondue et exportée ; il en résultait que, la bonne monnaie manquant pour payer les lettres de change, celles-ci avaient une valeur variable, fort nuisible pour les intérêts du commerce. Pour remédier à ces inconvénients, on établit une banque en 1609, avec la garantie de la ville. Cette banque recevait les monnaies étrangères et les monnaies usées et légères du pays, pour leur valeur intrinsèque en argent type du pays, déduction faite d'un tant pour 100 extrêmement faible pour les dépenses de monnayage et les autres dépenses de manipulation. La banque ouvrait alors un crédit sur ses livres pour ce qui restait après cette déduction. Ce crédit s'appelait « moimaie de banque », et comme il représentait exactement de l'argent tel qu'il sortait de l'hôtel de la Monnaie, il avait toujours exactement la même valeur, et avait plus de valeur intrinsèque que la monnaie courante du pays *. »
* Smith, liv. IV, chap. m.
« La monnaie des banques de Venise, Gènes, Amsterdam^Hambourg, Nuremberg, était meilleure c[ue les espèces courantes du pays; elle produisit un agio qui fût plus ou moins élevé, selon que les espèces courantes étaient réputées plus ou moins dégradées au-dessous du poids primitif de leur fabrication. L'agio de la banque de Hambourg, par exemple, qu'on dit être communément de 14 pour 100 environ, est la différence qu'on suppose exister entre la bonne moimaie de l'État, au titre et au poids primitif de sa fabrication, et les monnaies courantes, usées, rognées et détériorées, qui y sont versées par tous les États voisins. >»
A cette fonction très importante de former une bonne monnaie, s'ajouta celle de la sécurité. La banque garantissait de la crainte du feu, des voleurs, des autres accidents.
Alors intervient une autre considération : l'économie du temps et de l'espace; il n'y a plus d'argent à compter ni à transporter. Un simple transfert suffit.
La banque d'Amsterdam ne prêtait pas la plus petite pariie des fonds qu'elle avait en dépôt : pour chaque florin dont elle donnait crédit sur ses livres, elle donnait la valeur d'un florin en argent ou en lingot.
Ayant pour objet l'utilité publique et non le profit, elle était placée sous la garde des quatre bourgmestres.
Voilà une des formes primitives des banques.
Les banques de l'Italie étaient des compagnies financières qui prêtaient ou procuraient de l'argent au gouvernement des villes où elles se trouvaient. Ce ne fut que plus tard qu'elles firent des opérations commerciales de banque.
Le besoin de sécurité provoqua la fondation des banques de dépêt. Les marchands anglais déposaient leur argent à la Tour de Londres jusqu'au moment où, sans les consulter, Charles I" prit, à titre de prêt, 200000 livres. Les marchands retirèrent le reste de leur argent et prirent l'habitude de le mettre en garde chez des orfèvres. Cette coutume existe encore à Liverpool.
C'est ce besoin de sécurité qui provoque encore les énormes dépôts à la banque de France et à la banque d'Angleterre.
Si la banque de circulation donne intérêt aux dépôts, les attire, elle est obligée d'en chercher remploi.
Pour économiser le transport de l'argent ou de marchandises, on a trouvé, dès l'antiquité la plus reculée, un moyen : la lettre de change. Elle était connue à Athènes et à Rome. Au quatorzième siècle son usage était fréquent. Une des principales opérations de banque consiste dans le commerce des lettres de change.
UI. M. Stanley levons examine les moyens à l'aide desquels on a remplacé la monnaie métallique :
4® Remplacement de la monnaie à valeur métallique par la monnaie représentative ;
2° Intervention des livres de crédit ;
3® Système du chèque et de la compensation ;
4® Usage des lettres de change sur l'étranger;
5» Système international de compensation.
Cet ordre n'est pas chronologique, la lettre de change a devancé le chèque. London and Westminster Bank, la première banque de dépôts avec chèques, ne date que de 4834.'
Le chèque n'existe en France que depuis 4865, et l'usage n'en est pas encore entré dans nos mœurs.
Cependant peu d'idées sont plus simples. Deux personne» ont des relations d'affaires, tantôt elles vendent, tantôt elles achètent. Elles s'aperçoivent qu'il est inutile de transporter de l'argent de Tune chez l'autre pour le rapporter ensuite. Il sufût de payer la différence, si elle existe.
Or, les négociants ayant pris l'habitude de déposer leur argent dans des centres communs, un simple transfert sur les livres suffit. Le chèque est un ordre de transfert. Le morceau de papier que A donne à Z signifie que la somme qui était au crédit de A est désormais au crédit de Z.
En Angleterre, les banques établirent entre elles ce système de compensation avant que l'usage des chèques fût introduit.
Le clearing kouse fut fondé en 1775 pour épargner les courses des employés de banque et les transports d'argent. Vingt-six banques se réunirent dans un même local, en vertu de leur propre initiative, formèrent une association privée et libre, inconnue à la loi. En 1810, elles étaient 40; aujourd'hui elles ne sont plus que 12^ mais extrêmement puissantes. Tous les jours, elles opèrent un règlement d'écriture. Il se monte à 20 millions de livres sterling par jour. En monnaie d'or, cela représente un poids de 157 tonnes ; en argent, de 2500 tonnes.
Pas un seul shilling métallique n'intervient. Les différences se payent par des traites sur la banque d'Angleterre. Voilà certes une banque d'échange qu'aurait bien fait d'étudier Proudhon, au lieu de rêver la sienne.
En 1858, Wilhain Gillett et sir John Lubbock organisèrent au ckaring-house un système de liquidation pour la province.
M. Stanley levons a démontré d'une manière fort simple, à l'aide de la figure ci-jointe (graph.67) ce système de clearing-housé^ .
Toute banque de province a un compte courant avec quelques banques de Londres, et toutes les banques de Londres règlent chaque jour leurs transactions mutuelles à l'aide du clearing house. Il s'ensuit qu'un payement peut s'effectuer, d'une partie quelconque de la province à une autre partie quelconque, par l'intermédiaire de Londres. Dans le diagramme ci-contre, mettons que P, Q, R soient des banques de province ayant à Londres leur agent X, et que U, V, W soient d'autres banques de province ayant à Londres l'agent Y. Si a, client de P, veut faire un payement à r, client de U, il envoie par la poste un chèque sur son banquier P. Celui qui le reçoit, r, le fait porter à son compte par U, qui, n'ayant aucune communication directe avec P, l'envoie à Y, qui le présente par l'intermédiaire du clearing 'house à X ; celui-ci le met au débit de P et le lui adresse par le premier courrier. U ne peut y avoir rien de plus simple que cet arrangement.
^ La Mon7iaie et le Mécanisme de l'échange, chap. xxi.
L'institution des clearing-houses s'est étendue, n y en a à Manchester, à Newcastle. Chose singulière ! à Liverpool, il n'y en a pas, et l'usage des chèques n'y est pas répandu. On se sert plus volontiers de banknotes et de monnaie. Gela tient à des habitudes auxquelles le commerce n'a pas encore voulu renoncer.
a.bcefglmn rstuvwxyz