‹ La science économique (volume 2)Chapitre 155 sur 196 · EMPRUNTS ÉTRANGERS ÉMIS A LONDRES DE 1860 A · texte numérisé non relu

EMPRUNTS ÉTRANGERS ÉMIS A LONDRES DE 1860 A

Perte totale.

Turiuie 2225000000 fr.

Pérou 650 000000

Mexique 400 000 000

Venezuela 115000000

Honduras 87500000

Uruguay 57 500000

Paraguay - 75000 000

Bolivie 42500000

Costa-Rica 85000 000

Etats confédérés 60000 000

Divers États ISOOOuOOO

Total 3927500000 fr.

Perte partielle,

Egypte 1140000000 fr.

Autriche 172500000

Alabama 25000000

Colombie ' 37500 000

Confédération argentine 35 000 000

Portugal 217000000

Hongrie 17500000

Chili 17500000

Divers 20 000000

Total 1672500000 fr.

4g( lA SCIENCE ÉCONOMIQUE.

A ce chiffre il faudrait encore ajouler pour l'Espagne 2 milliards lii millions de francs, en partie perdus.

Mais même en ne tenant pas compte de ce chiffre, on a, de ISGO à I8'8, 40s millions de livres sterling, soit 10 milliards 12a millions qui ont été engagés à la Bourse de Londres dans des emprunts étrangers. Sur celle somme, 1 milliard 672 millions sont compromis et 8 milliards 927 millions sont complètement disparus.

En France, on avait proposé une enquête sur les emprunts étrangers; on n'a pas osé donner suite à cette idée.

Ce n'est rien. Tous les jours, il y a des millions dispersés à la Bourse dans dBs spéculations sans résultat utile. Puis viennent les gaspillages de capitaux par l'Etat, trop souvent dans SCS travaux publics aussi bien que dans ses dépenses improductives. En France, nous avons la manie de la bâtisse et nous engloutissons dans des capitaux fixes, non reproducteurs d'utilité, des sommes considérables, de longtemps privées de leur pouvoir d'achat. Enfin, nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil sur le train de vie des gens riches à Paris, pour nous convaincre de l'immensité des capitaux dilapidés chaque jour.

Celte perte vaut encore mieux que rinertie étroite et mesquine qui pendant si longtemps a dominé toute la petite bourgeoisie française. Les Anglais se plaignent maintenant que les vieux associés se retirent rapidement des affaires. C'est un vice dont a été longtemps empreinte l'industrie française et que fera disparaître l'existence des grandes sociétés. Beaucoup de gens se donnent un idéal restreint, et une fois qu'ils l'ont à peu près atteint, ils se hâtent de «se retirer des affaires». On ne travdllc que pour avoir le droit d'être paresseus. Une fois un idéal limité atteint, on se crée des obligations, pour dépenser le surplus de son activité ; on s'ennuie, car on sent qu'elles n'ont point un but utile: on gaspille ses épai^nes en futilités absorbantes. Que de forces et de capitaux gâchésl

Quand le père a travaillé, le flis embrasse quelque fonction

parasite, à moins qu'il ne préfère dépenser ses forces et son capital en filles, en chiens de chasse et en chevaux de course. Ce sont ces rejetons qui forment les classes dirigeantes, ainsi nommées parce qu'elles ne savent pas se diriger ellesmêmes.

II. Nous sommes encore si mal équilibrés, que parfois nous sommes pris de paniques qui nous ramènent à Tan mille. On a eu peur des machines, et on les a représentées comme devant jeter tous les ouvriers dans la misère. Proudhon a été jusqu'à demander qu'on enfermât les nouveaux modèles, pendant plusieurs années, au Conservatoire des arts et métiers avant d'en permettre l'emploi.

En 1873, des économistes, plus alarmistes que prévoyants, ont prédit que la houille allait manquer et recommandé aux ménagères de l'économiser dans leurs cheminées, si elles ne voulaient encourir la terrible responsabilité de condamner les arrière-petits-fils — qui naîtraient de leurs petits-fils dans trois ou quatre siècles — à périr de froid, à manger leurs roatsbeefs crus comme de simples Abyssins, à renoncer au thé et à toutes autres infusions et décoctions de ce genre.

Heureusement que le transport de la force par l'électricité est venu rassurer ces alarmistes; mais alors, pour ne pas quitter leurs effarements, ils ont prédit la ruine des compagnies houillères.

En i880, M. Brassey déclare que l'or va manquer; et tandis que jusqu'à présent on avait imputé la baisse des prix à l'abondance de l'or, il l'impute à la disette d'or. Aussitôt on prend peur, comme on avait pris peur il y a trente ans, quand M. Michel Chevalier prédisait la dépréciation de l'or et l'élévation du prix de l'argent I

Les protectionnistes sont tout particulièrement atteints de la passion dépressive de la peur; ces lypémaniques prédisent périodiquement la destruction de la France par l'invasion des laines d'Australie, des porcs de Chicago, des bœufs de la Plata, tantôt des blés de Russie, tantôt des blés des Etats-Unis, tantôt

496 U SCIIRCB ÉOOROMIQUB.

des blés de Hnde, des cotons et des fers de TAngletene. Ils sont atteints da délire chroiii<[oe de la persécution.

Depuis quarante ans, toute llndustrie firançaise aurait dA disparaitre; nos champs devraient être en friche; la popuUr tîon aurait dûi émigrer; les salaires auraient dû être réduits à néant ; toutes les nsines fermées. Rien de tout cela n'est arriva Us n'en continuent pas moins leurs prédictions; et, ce qui est merveilleux, c'est qu'ils parviennent à les traduire en tarifs douaniers I ^

m. Prodigieux contresens! le génie de l'invention a pour but de triompher de l'espace et du temps; il se consume en efforts afin d'augmenter la vitesse d'un train ou d'un navire, tout en économisant quelques kilogrammes de houille; il couvre le monde d'un réseau de fils télégraphiques, de manière à établir une conununication presque instantanée entre les habitants de ses diverses parties ; il cherche, par des combinaisons ingénieuses, à rendre presque gratuite l'avance des c^>itaux ; et puis, quand il a fait tous ces efforts, arrive le génie fiscal, le génie administratif, le génie protectionniste; celui-ci a un tout autre but : il multiplie les formalités, trouvant que les choses simples sont mauvaises ; il élève des barrières de douanes en travers des bassins des ports et des rails de chemins de fer; il allonge le temps, et il essaye d'éloigner de TEurope TAmérique ou TAustralie ; il reprend, par ses tarifs et ses impôts, les bénéfices que l'inventeur avait essayé de donner à l'humanité. Les hommes qui se livrent à cette tâche ont souvent la réputation d'être des financiers et des hommes d'État. Ils traitent avec dédain la vieille formule des physiocrates : « Laissez faire, laissez passer! » c'est-à-dire laissez acheter, laissez vendre, laissez travailler!

Ils avouent ainsi que leur idéal est qu'on ne puisse faire, qu'on ne puisse vendre, qu'on ne puisse acheter, qu'on ne puisse passer!

rv. L'homme a toujours été tiraillé entre ces deux tendantes :

augmenter les utilités dont il a besoin et la valeur des utilités qu'il possède.

Chacun cherche, en un mot, à avoû* le plus d'utilités possible à sa disposition, et à céder aux autres, au plus haut prix possible, les utilités dont il est détenteur.

De cette contradiction viennent toutes les erreurs, tous les faux systèmes, les théories protectionnistes, les appels à TÉtat.

Les intérêts sont antagonistes en ce sens que chacun voudrait bien satisfaire tous ses besoins sans effort, et par conséquent, sans réciprocité. De là le vieux préjugé que, pour s'enrichir, le meilleur moyen est de dépouiller les autres.

Puis, peu à peu, l'homme s'est aperçu que la conquête violente l'enrichissait moins que l'échange pacifique. Cet échange ne peut avoir lieu que par un accord précédé d'un marchandage. Cette évolution a rendu les intérêts harmoniques.

Un industriel a pour intérêt immédiat de produire à bon marché et de vendre cher. S'il a un monopole, il pourra obtenir ce résultat. Autrement, la concurrence le forcera de produire le mieux possible des produits de la meilleure qualité possible, et de réduire presque indéfiniment son bénéfice, de manière à augmenter indéfiniment leur écoulement. De celte obligation résulte un avantage réciproque, et pour lui et pour ses clients.

Il y a un vieux préjugé qu'on entend répéter quelquefois, et qui a traîné sous la forme suivante dans des livres prétendus sérieux : — L'Angleterre a intérêt à détruire les fabriques de TEspagne, pour la forcer d'acheter ses produits.

Je ne dis pas que ce préjugé n'a jamais existé dans le cerveau d'un Anglais; en tout cas, il y a longtemps qu'il est mort; tout commerçant sait que sa fortune consiste dans la richesse de sa clientèle; que si son client est pauvre, il ne pourra rien lui acheter; et, par la force des choses, il est entraîné, sans sentimentalisme aucun, à désirer à tous le maximum de prospérité; parce que toute augmentation de prospérité chez les autres sera une augmentation de leur pouvoir d'achat et par conséquent un plus grand débouché pour ses produits.

SCIExNCE ÉCONOM. 32

Ainsi, par la force des choses s'établit la solidarité des intérêts.

Les guerres ont eu pour causes : les questions religieuses, les questions d'amour-propre, les questions dynastiques ^ la croyance qu'on ne pouvait s'enrichir qu'en dépouillant les autres.

La pratique économique restreint toutes ces causes et les détruit

Les moyens de communication, l'abondance des capitaux disponibles multiplient les affaires internationales. Dans toute guerre, les possesseurs verront des risques à courir; et peu à peu ils feront une opinion publique ieUement forte, que toute guerre deviendra impossible entre nations industrielles.

V. Si l'on jette un coup d'œil sur l'histoire, nous voyons les hommes se dévorant entre eux pour des chimères ; exploités par des prêtres qui leur promettent le bonheur dans ce monde et dans un autre plus ou moins indéterminé; abusés par des héros qu'ils suivent aveuglément et pour qui ils se font tuer bêtement; prêts à lâcher toutes les réalités pour des mirages; s'enthousiasmant pour des mots et se haïssant à propos d'entités ; gaspillant leurs forces et leur énergie pour des illusions.

C'est que les faits humains ne sont jamais que des manifestations psychologiques. Or, le progrès économique a pour conséquence des modifications psychologiques profondes chez ceux qui en bénéficient.

Dans la civilisation primitive, l'homme est sans défense contre toutes les forces de la nature. La moindre satisfaction de ses besoins lui coûte des efforts considérables. Dans les civilisations industrielles, il prend toutes ces forces hostiles, il les domestique, il les assujettit à sa domination; il les oblige à collaborer avec lui ; et plus il perfectionne ses moyens d'action, moins leur collaboration est onéreuse. L'homme diminue ses risques, substitue la certitude aux hasards, en s'assurant contre l'incendie, la grêle, les accidents, la mort.

Son effort diminue, la satisfaction de ses besoins augmente :

Le 'progrès économique est en raison de V action de l'homme sur les choses.

L'individu qui est dévoré par la faim ne peut avoir d'énergie intellectuelle. S'il échappe un moment à la préoccupation de cet irritant besoin, il se réfugie dans des rêveries subjectives. C'est l'histoire du famélique moyen âge.

De temps en temps, on entend des gens récriminer contre les grossiers instincts matériels. En général, ce sont ceux qui n'ont vécu ou qui ne veulent vivre que del'imbécillité publique.

La science chasse Dieu ; l'industrie qui en dérive chasse le miracle ; l'homme acquiert la confiance dans ses propres ressources, dans ses combinaisons. Que devient le merveilleux des légendes pieuses en face d'une machine à vapeur ou d'un télégraphe?

La prédominance de la science habituera l'homme à ne plus s'enthousiasmer pour des entités, à ne plus se payer de mots, à considérer les réalités dans leurs rapports complexes, à substituer l'observation voulue à l'impression fortuite; et celte méthode régira tous nos actes *.

La notion de morale, basée sur l'intérêt réciproque, domine dans les civilisations industrielles; là on prend l'habitude du doit et avoir, du respect de la parole donnée, de la fidélité aux engagements.

YI. Nous commençons à nous apercevoir de tous ces résultats du développement industriel et scientifique de l'humanité; seulement, en vertu de la loi de survivance formulée par Tylor, de notre fausse éducation, nous ne sommes point encore dégagés des préjugés de la civilisation guerrière et sacerdotale. De là viennent toutes ces richesses perdues, toutes ces forces dépensées inutilement, ces guerres et cette paix armée, presque aussi ruineuse que les guerres.

M. Gourcelle-Seneuil a, dans un ingénieux tableau, établi le parallèle suivant :

1 Voir la Politique expérimentale, par Léon Donnât.

!• Batdor=oU.ilé.oci.le;].BUB'"i

f But da J'utiTÎlé ; l'ioduitrie piei-

fiqu»;

f propriité fondéa aoc 1> conquèie;

i* PcDpriité loDdéa lur 1« triTuI il

L'ép^Kie;

3< Penonaei : ingênui, afTnuicbi] et

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