‹ La science économique (volume 2)Chapitre 31 sur 196 · INTRODUCTION. XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV

Gomme il lui eût été impossible d'agir autrement, nous ne saurions le lui reprocher. Mais, pour son honneur, l'humanité a cherché peu à peu à se rendre compte de la nature des choses, elle a essayé de comprendre ce qu elle faisait, de relier et de coordonner ses actes et les rapports des phénomènes entre eux. Alors elle a fait des systèmes ; seulement il y a systèmes et systèmes comme fagots et fagots : les uns ont pour base Tobservation et Texpérience ; les autres ne sont que des conceptions dans lesquelles les éléments objectifs jouent le plus petit rôle : les premiers cherchent la réalité ; les seconds prennent des mots pour des faits, des signes pour des choses, des entités pour des vérités.

Est-ce qu'un médecin de la vieille école est jamais embarrassé? il a un nom pour tous les maux, et un remède également. Plutôt que de rester court, il tuerait son malade • Le malade est enchanté : il demande un remède^ et il l'avale, avec joie, si mauvais qu'il soit. Il se montre plein de mépris au contraire pour le médecin qui avoue l'embarras de son diagnostic, qui dit : « il faut attendre », et qui met l'hygiène au-dessus de la pharmacie.

Collectivistes, socialistes, protectionnistes, interventionnistes, étatistes, colbertistes de tout genre, qui se figurent que deux lignes inscrites dans un code peuvent changer les lois naturelles, sont comme les médecins de la vieille école. Thomas Diafoirus et Colbert étaient contemporains. Les uns trouvent que la physiologie est une science inutile pour un « bon praticien », les autres trouvent que la science économique ne sert qu'à gêner leurs petites affaires.

Volontiers, ils accusent les économistes d'être des optimistes, sortes de Pangloss qui trouvent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ; qui croient que la misère est un mal nécessaire et qui, au lieu de la supprimer, voudraient l'entretenir ; qui veulent limiter les gains des travailleurs et prennent toujours le parti du capital contre eux.

Autant d'erreurs et de calomnies. L'économiste, digne de ce

Page 1