‹ La science économique (volume 2)Chapitre 40 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Économie politique.— Etymologie. — Confusion entre la science et Tart. — Usage du terme économie politique, -> Adam Smith. — Rousseau. — J.-B. Say. ^ Confusion. — J. S. Mill. — Fawcett. — Senior. — Mac-CuIIoch. — Distinction entre la science pure et l'application de la science. — M. Courcelle-Seneuil. — Objet de la science économique.

J'ai intitulé cet ouvrage : la Science économique et non Eco* nomie politique. Voici pourquoi :

Quoique convaincu que les mots valent par le sens qu'on y attache et non par leur étymologie, il n'est pas mauvais de la rappeler dans certaines circonstances.

Économie vient de ûmç et vo(ao;, maison et règle. Sous le nom de maison, Xénophon comprend tout ce que l'homme possède. Littéralement elle est donc la science des choses possédées par Thomme.

Les anciens ne faisaient pas de distinction rigoureuse entre les sciences et les arts. L'économie est une science comme la médecine, la fonderie de bronze et l'architecture. On a ajouté encore à ce mot celui deiroXi;, ville, société. D'après cette étymologie, l'économie politique est simplement l'art d'augmenter les ressources, la richesse, la fortune d'une société.

Partout l'art précède la science. La science est la déterminalion des rapports des phénomènes entre eux. L'art est l'application de ces rapports à la satisfaction des besoins de l'homme. La médecine n'est que l'application de la biologie et de la physiologie. La confusion entre l'art et la science, dans l'étude des phénomènes économiques, est . exprimée par ces deux termes : Économie politique.

Pour la première fois, on trouve ce mot employé en tète d'un vieux traité français, publié en 1615 par Montchrestien

de Walteville. Quoique Quesnay et ses amis aient pris le nom de physiocrales, ils employèrent ce mot et le propagèrent. Smith le reçut d*eux, sans examen. Il envisage « l'économie politique comme la science d*un homme d'État ou d*un législateur, se proposant deux objets distincts : 1<> de procurer au peuple un bon revenu ou une subsistance abondante, ou, pour mieux dire, de le mettre en état de se les procurer lui-même ; 2* de pourvoir à ce que TElat ou la communauté ait un revenu suffisant pour les charges publiques. Elle se propose d'enrichir en même temps le peuple et le souveraine m

Rousseau en avait donné une définition analogue dans son article de VEnqfclopédie.

Jean-Bapliste Say fit quelques réserves. Dans le titre même de son Traité d'économie politiquey il dit qu'elle avait pour objet la connaissance des lois qui président à la formation, à la distribution et à la consommation des richesses. Le sous4itre de son livre est : « Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. » Dans son Cours â! économie ^politique, il revient sur cette définition, et dit : « On a pu voir, dans cet ouvrage même, que celte science tient à tout dans la société. Depuis qu'il a été prouvé que les propriétés immatérielles, telles que le talent et les facultés personnelles acquises, forment une partie intégrante des richesses sociales, etc., l'économie politique, qui semblait n'avoir pour objet que les biens matériels, s'est trouvée embrasser le système social tout entier '. »

Moins une science est avancée, moins ses limites sont exactement tracées. Ces lignes de J.-B. Say prouvent combien il se faisait encore une idée vague de la science économique et quelle confusion existait dans son esprit entre ses lois et les applications de ces lois. Elle s'affirme encore aujourd'hui, avec peut-être plus d'intensité chez les Allemands qui s'occupent de ces questions.

1 Liv. VI.

« Cours d'économie politique^ Consid, génér,, p. 41.

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