CHAPITRE II
Erreur desphysiocratest. — Le sol est-il un capital spécial? — Coquelin.— >M. Joseph Garnier. — Instruments naturels appropriés et instruments artificiels. — James Mill; travail accumulé. — Malthus. — Banûeld. — Rossi. — Distinctions fausses. — Capitaux productifs d'utilité et d'agrément.
Les économistes se sont livrés à de longues discussions pour savoir quel nom donner à ces agents naturels ainsi appropriés.
Je vais les exposer rapidement ici ; car, montrer les erreurs d'une science, c'est faire ressortir d'autant mieux ses vérités.
Les physiocrates faisaient provenir toute la richesse du sol. C'était une erreur, pardonnable cependant à leur époque. Ils n'avaient point vu quelle richesse pouvait fournir la transformation de la chaleur de la houille en vapeur. Par suite de cette erreur, des économistes contemporains attribuent encore au sol un caractère économique spécial.
M. Coquelin dit : « Sauf quelques écrivains, qui ne font pas autorité dans la science, tous les économistes s'accordent à ne pas comprendre, sous la dénomination de capital, la terre, ni les instruments donnés par la nature, mais seulement les valeurs créées de main d'homme et antérieurement accumulées *. D
Rossi et M, Joseph Garnier ont admis cette restriction.
« Le travail et la terre sont des forces primitives, le capital n'est jamais qu'un résultat de l'industrie de l'homme ^. »
M. Joseph Garnier a donné un tableau des fonds productifs de la société ; il les divise en trois catégories qu'il désigne de la manière suivante :
« i^ Instruments naturels ou non appropriés, comprenant : la
* Dictionnaire d* économie politique, 1. 1, p. 273.
* Traité d'économie politique, p. 40.
mer, les cours d'eau publics, Tatmosphère, la chaleur du
soleil, les autres forces de la nature, physiques, chimiques, mécaniques, qui sont à la disposition de tout le monde.
« '2^ Les instruments naturels appropriés, comprenant : la terre, le travail,
« 3* Les instruments artificiels ou acquis et appropriés, c'està-dire :
« Le capital : Le capital matériel, comprenant tous les produits :
« Provisions, semences, matières premières, produits fabriqués, outils, machines, bâtiments, bestiaux, monnaie, etc., résultant d'une industrie antérieure ;
« Comprenant encore le capital employé à l'amélioration du sol et faisant corps avec lui, ce qui donne à la terre le double caractère d'instrument naturel et d'instrument acquis;
a Le capital immatériel, comprenant les clientèles, les procédés, les connaissances, scientifiques, littéraires, artistiques, etc. ; ces dernières constituent le capital intellectuel. »
D'après ce tableau, la terre, en comprenant sous cette dénomination les cours d'eau, les mines, représenterait des instruments naturels appropriés. Mais la houille, matière première, mais le minerai de fer, matière première, représenteraient des instruments artificiels appropriés ! Bien plus, l'amélioration du sol, faisant corps avec lui, serait un capital, et la terre n'en serait pas. Le tuyau de drainage serait un capital, mais l'arbre planté serait-il un instrument naturel ou un instrument artificiel? J.-B. Say avoue lui-môme que la distinction n'est pas facile.
Toute" appropriation n'est-elle pas le résultat de l'industrie de l'homme? Par conséquent, d'après la définition de M. Garnier lui-même, (a terre appropriée est un capital, comme tout autre agent naturel.
On doit à James Mill la plus fausse des définitions du capital et celle qui a fait la plus grande fortune : « Le capital est du travail accumulé. » A ce compte, tournez dans le vide, et vous