CHAPITRE IL
LÀ MESURE DE LÀ VALEUR
1 de la yalear. — Toutes les yalears yariables. — La loi de l'offre et de U ide. — II. Erreur de Smith. — Le poème épique.— Staart Mill et Garej.— sur et le coût dejprodaction. — Éléments complexes de la yalear,— IIL La n'est pas une entité. — Ni hausse ni baisse générales. — Bon marché, irté. -^ IV. Fausse locution de J.-B. Say. — Maison à Paris et en basse pae. — Revenu i Paris et en basse Bretagne. — Y. Le prix. — Définition. de Davenant et King.— M.;de Molinari.: quantité en raison arithmétiqa» c en raison géométrique.
L solution de ce problème va nous donner Pexplication
momènes économiques qui n'ont pas encore été bien
lés.
L beaucoup agité autrefois la question de Tétalon de la
. Que demandait-on en le réclamant ? On demandait une
pour mesurer la valeur. C'était tout simplement un ns. Les valeurs ne se mesurent que par des valeurs, et les valeurs sont variables.
i sont^régies par une loi : la loi de Toffre et de la de- . L'offre est le désir pour un individu, en échange des
qu'il possède, de se procurer des utilités d*une autre •
lemande est le désir, joint aux moyens d'achat, de se er une utilité quelconque.
cUeur d^une utilité est en raison inverse de l'offre et en directe de la demande,
i loi est la plus indiscutable de la science économique, ips en temps on entend des rêveurs la maudire. Les ler-Socialisten la combattent. En réalité, toutes leurs laisons, si ingénieuses qu'elles soient, reposent sur elle^ lyent de la fausser, pour l'appliquer à leur gré ; mais lie qu'ils ne cessent d'invoquer. Les protectionnistes ne
iSO LA SCIENCE ÉCONOMIQUE.
demandent Télévation de barrières que pour limiter l'offre^
11 n*est pas besoin de démonstration pour prouver cette vérité :
La valeur varie selon Vintensité du besoin et la diffUmUé de se procurer V utilité.
Cependant les économistes, au lieu de se borner à constater ce fait, n'ont vu trop souvent qu'un des rapports de la question.
II. Smith estimait que « le travail est la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. Le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à Thomme qui désire Tacquérir, est le travail et la peine qu'il a pour Tacquérîr». Soit, mais que la vendra-t-il? Ou plutôt, quelle utilité pourra-t-il obtenir en échange de cette chose sur le marché ? Quel « pouvoir d'achat », comme disent les Anglais, possèdet-il?
Nous en revenons toujours au poème épique : Un homme s'est donné beaucoup de mal pour le faire, il vaut beaucoup pour lui ; mais pour les autres que vaut-il ? Voilà une modiste à la mode, vous achetez ses chapeaux : est-ce le travail employé aies faire qui fixe leur valeur?
Stuart Mill dit : c La valeur de ce? outils, de ces bâtiments, dépend du coût de production. »
M. Carey répond : « La valeur du capital existant se mesure par TefTort exigé pour sa reproduction et non par ce qu'il a coûté pour sa production .»
Double erreur : construisez une usine loin de tout approvisionnement et de tout débouché ; elle aura pu coûter fort cher, elle ne vaudra rien. Une usine, au contraire, est bien située, bien aménagée, à la portée des matières premières et des débouchés pour ses produits, elle vaudra beaucoup plus que son coût de production ou de reproduction. La valeur des capitaux fixes est en raison de l'utilité qu'ils donnent.
Chercher une seule cause à la valeur est chimérique. La valeur se compose d'éléments complexes. La psychologie joue un
LA MESURE DE LA VALEUR. i2t
grand rôle dans leur détermination. L'habitude, la routine, la prédominance de tel ou tel besoin, sont autant de causes de variations de la valeur. Le désir est subjectif et la valeur augmente en raison de la rareté.
J.-B. Say dit que a Futilité détermine la demande qu'on fait de tel ou tel objet, et que les frais de sa production donnent l'étendue de cette demande ».
Stuart Mill dit : « La plupart des choses s'échangent l'une contre l'autre en raison de leur prix de revient que l'on peut appeler valeur coûtante (cost value) ^ »
C'est vrai, dans une assez large mesure pour les capitaux circulants d'une consommation courante : toutefois ce prix est modifié par la rareté et par la concurrence.
Cette observation n'est pas exacte pour les capitaux fixes : un hôtel particulier bâti dans une ville n'a pas une valeur en rapport avec son prix de revient, mais avec la situation, le développement de la ville, la mode, etc.
La valeur d'une utilité ne se mesure pas par la quantité de travail employé à la produire, mais par la quantité des autres utilités qu'elle peut faire obtenir en échange. La Patti a pu perfectionner sa voix par le travail, mais j'aurais travaillé mille fois plus qu'elle, que jamais je ne serais parvenu à échanger l'utilité donnée par ma voix pour la cent-millième partie des utilités que lui rapporte la sienne.
Jean-Baptiste Say a dit avec raison : « La valeur d'une chose est une quantité positive, mais elle ne l'est que pour un instant donné. Sa nature est d'être perpétuellement variable, de changer d'un lieu à l'autre. Rien ne peut la fixer invariablement,.parce qu'elle est fondée sur des besoins et des moyens de production qui varient à chaque minute ^. d
m. Cependant on a fait une entité de la valeur, tandis qu'elle n'est qu'un rapport des utilités entre elles. Aussi Stuart Mill
* Liv. III, eh. VI.
• Cours d'économie politique, 1. 1, p. 70.
a-t-il remarqué très justement : « La valeur de toutes choses (de toutes utilités] ne peut ni hausser ni baisser à la fois : il n'existe rien de semblable à une hausse ou à une baisse générale des valeurs *. )f
Ainsi un outil ne produit plus telle utilité : il baisse de valeur. L'utilité est plus demandée qu'offerte, elle hausse de valeur : c'est le cas des années de mauvaises récoltes. . . Il ne peut y avoir ni baisse ni hausse de toutes les valeurs à la fois, parce que la valeur est comparaison. Un capital monte ou baisse par rapport aux autres.
On parie de « bon marché » et de « cherté » . Une chose est « bon marché » par rapport à d'autres; elle est « chère » par rapport à son propre prix dans d'autres temps, dans d'autres lieux ou par rapport aux prix d'autres utilités. La viande est plus chère qu'elle n'était précédemment. La terre est plus chère qu'elle ne Tétait autrefois. Le vin est plus cher à Paris qu'il ne l'est dans l'Hérault, et le Clos-Vougeot est plus cher que la piquette. Le blé est bon marché relativement aux truffes.
Il n'y a ni bon marché ni cherté absolus.
Nous retrouvons partout ce jeu des capitaux fixes et des capitaux circulants. Les valeurs, avons-nous dit, se mesurent par des valeurs .
Si la proportion des capitaux circulants aux capitaux fixes restait toujours la même, la valeur de ceux-ci n'augmenterait ni ne diminuerait; mais doublez les capitaux circulants, le capital fixe restant le même, le capital fixe vaut plus dans la même proportion : c'est-à-dire, pour se procurer la même quantité de capital fixe, il faudra donner le double de capitaux circulants.
Sans doute les rapports varient à tout instant entre les capitaux circulants; ils varient entre les capitaux fixes; mais nous allons démontrer par l'histoire des prix la vérité de la loijque nous avons formulée dans le chapitre précédent :
1 Liv. II, oh. IV.
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La, valeur des capitaux fixes est en raison directe de l'abondance des capitaux circulants et, en raison inverse du pouvoir d'utilité des capitaux fixes.
J.-B. Say dit qu'une maison de 20000 francs en basse Bretagne a plus de valeur qu'une maison de 20000 francs à Paris * .
Si cette proposition était vraie, la basse Bretagne serait plus riche que Paris.
La maison vaut plus en basse Bretagne relativement aux objets qui l'entourent : Toilà sans doute ce qu'a voulu dire Say. Elle peut occuper plus de terrain qiï'à Paris, car le terrain est moins cher. Elle peut contenir plus de logement, avoir plus d'air et plus de lumière ; car Tespace, l'air, le soleil ne sont pas appropriés là-bas avec la même âpreté que dans les grandes villes.
Mais la maison de môme prix à Paris représente des utilités d'égale valeur, quoique d'un autre ordre : si elle est plus étroite, elle est au centre des affaires, d'une population plus dense et plus active, etc.
Poursuivant la môme idée/ Say ajoute : « Un revenu de 10000 francs est bien plus considérable qu'un revenu de pareille somme à Paris ^. d
Si cette proposition était vraie, tout le monde déserterait Paris et irait vivre en basse Bretagne .
Ce qui est vrai, c'est qu'en basse Bretagne on peut se procurer avec 10000 francs plus de pommes de terre, de blé noir, de cidre, de poulets qu'à Paris ; mais il y a une foule d'utilités qu'on ne pourrait s'y procurer qu'à un prix beaucoup plus élevé, et c'est pour cela que Paris ne cesse pas d'attirer de nouveaux habitants.
2^ IV. Adam Smith a fort bien caractérisé le terme <( prix », en disant qu'il est la valeur nominale des choses. Le négociant a
* Traité d'économie politique, oh. xxvii.
* Id.f liv. I, oh. xxYii.
ce
"-'Im
hK 8CIBHCE ÉCOHOUigUB.
besoin d'estimer la valeur
relative de ses venlas et de
ses achaU : il les évalue à
l'aide de la moDcaie, équi-
Talent qui lui sert d'instru-
meut d'échauge: Hais l'or et
l'aident étant des utilités de
A valeur relative, le prix n'est
!» jamais absolu par rapport
I à elles.
g La valeur étant le rapport S de certaines utilités entre ^ elles, le prix est dévalua' -^ tion de ce rapport m mon- .H naie,
f Les prir, très variables, j obéissent à certaines in- S fluences unirormes. Davef nant et Kin^, k. la fin du = dix-septième siècle, coDsta- £ taienl l'étrange relation sui- ■f vanfe entre la proportion 1 des déficils de la produc- 's tion et celle de la iiausse 1 des prix.
LA MESURE DE LA VALEUR. 1t5
Soit le déficit, par rapport , .
à la consommation La hausse, par rapport au
moyenne, égal à : P"* °^^y^°» «•"^ ^« • 1/10 8/10
Porter * et Tooke* ont admis cette proportion.
M. de Molînari a fort bien expliqué les causes de cette diiïérence.
Tout le monde a pu remarquer qu'il suffit d'un faible déficit dans la récolte, c'est-à-dire idans la quantité de blé mise au marché, pour occasionner une hausse considérable dans le prix. En 1847, année où le déficit n'atteignit pas le quart d'une récolte ordinaire, le prix monta successivement de 20 francs à 40 et 50. Tandis que la quantité offerte décroissait en progression arithmétique, le prix croissait en progression géométrique.
De méme^ il suffit d'une faible augmentation dans la récolte pour faire baisser considérablement le prix. De 1847 à 1849, le prix du blé est descendu de 50 francs à 10 ou 12 francs, bien que l'excédent de la récolte ne dépassât point le déficit de l'année précédente.
Cependant le développement de la progression géométrique se trouve communément ralenti par la circonstance suivante.
Lorsqu'un déficit survient dans la production d'une denrée et que le prix s'élève en conséquence, la demande de cette denrée diminue. Supposons, par exemple, que l'on consomme dans une \ille 100 000 hectolitres de blé au prix de 20 francs. — 10 000 hectolitres viennent à être retirés du marché. Aussitôt le prix monte à 24 francs, mais à 24 francs on consomme moins de blé qu'à 20 francs. La demande baissera probable-
* Progress of the Nation, ' History of Priées.
ment de 5 000 à 6 000 hectolitres. L'écart entre les quantités de blé et de monnaie offertes en échange diminuant, le prix tombera pour se fixer aux environs de 22 francs. Si la provision de blé est régulièrement renouvelée, il n'y aura pas d'autres variations. Mais si elle ne Test point, et si, par la consommation, Tapprovisionnement vient à tomber à 80 000, à 60000 hecl olitres et ainsi de suite, le prix haussera avec rapidité. D'un autre côté, la demande continuera de baisser. Elle baissera, en premier lieu, parce qu'on consommera d'autres aliments devenus relativement moins chers ; en second lieu, parce que le prix, en s'élevant, cessera d'être à la portée de la portion la plus misérable de la population. Mais, comme, avant de se laisser mourir de faim, chacun se résigne aux plus grands sacrifices, la concurrence des consommateurs de blé demeurera néanmoins très vive et l'écart entre les quantités de blé et de monnaie offertes en échange deviendra de plus en plus sensible. Le dernier millier d'hectolitres se vendra probablement à un prix excessif.
Le blé et, en général, les objets indispensables à la vie sont ceux dont les prix peuvent monter le plus haut par le fait d*un déficit dans l'approvisionnement. Donc : Lorsque le rapport des quantités de deux denrées offertes en échange varie en progression arithmétique, le rapport des valeurs de ces deux denrées varie en progression géométrique *.
i Molinarj, Questions de politique et de droit public, 1. 1, p. 85.