CHAPITRE V
I. Prix des métaux précieux.— Un préjugé.— II. Étonnemont.— Déterminisme du bon marché. — Baisse des prix en France. — En Angleterre. — « Cest la crise! » — Augmentation de consommation. — III. Objections. — Encombrement.
— Pléthore. — Ses causes.— Conséquences. — Non surabondance, mais rareté.
— Capitaux similaires et équivalents.— IV. Valeur absolue et valeur relative.
— Valeur de Tunité et valeur globale.— Pourquoi capital fixe baisse valeur.
— Non excès, mais défaut de production. — Le vieil araire et la valeur de la terre. — Nécessité de consommer avant de produire. — Le renchérissement du pouvoir d'achat. — V. La disette, les capitaux circulants et les capitaux fixes.
— La guerre. — Cherté des capitaux circulants. — Baisse des capitaux fixes.
— Conclusion.
Je n'ai rien voulu changer aux chapitres précédents, sauf quelques additions de chiffres pour les mettre au courant de la situation actuelle.
Les faits qui se sont produits depuis Tépoque où ils ont paru ont confirmé, de la manière la plus éclatante, la solution que j'avais donnée au problème posé par J.-B. Say. La valeur des capitaux circulants n'a pas cessé de baisser.
1. Or, si la production des métaux précieux avait sur les prix l'influence qu'on est dans l'habitude de lui attribuer, la valeur des capitaux circulants aurait dû augmenter.
Si la production de l'or a diminué dans la dernière période relativement à sa production dans les périodes antérieures, celle de l'argent n'a pas cessé de s'accroître, et le total des métaux précieux jeté dans le monde n'a jamais été aussi élevé ^
Cette abondance de métaux précieux, en avilissant leurs prix, aurait dû faire hausser le prix des autres capitaux circulants.
11 n'en a rien été : la valeur de l'argent a continué de baisser par rapport à lor, et la plupart des capitaux circulants ont
* Voir liv. 111, ch. m.
continué le mouvement descendant que nous avions signalé pour les périodes antérieures.
II. Chose singulière, qui prouve l'ignorance dans laquelle les plus intéressés se trouvent des phénomènes économiques, tout d'un coup on a paru s'apercevoir de ce fait, comme s'il était nouveau et spontané ! Cette baisse des prix a semblé une sorte de miracle.
Comment ! l'humanité ne cesserait d'accumuler des capitaux fixes, les producteurs, les industriels ne cesseraient de s'ingénier à employer des procédés plus perfectionnés, une meilleure organisation de leurs instruments de production ; les savants s'efforceraient, par tous les moyens, de surprendre de nouveaux secrets à la nature ; les inventeurs se consumeraient dans des recherches ardentes, afin d'en tirer un parti plus utile ; tous s'efforceraient de rapetisser le globe par des télégraphes, des chemins de fer, des tunnels, des percements d'isthmes, des bateaux à grande vitesse, de manière à triompher de ces obstacles : l'espace et le temps ; et il en résulterait la cherté, c'est-à-dire la non-satisfaction du besoin, la privation, la disette, la constatation de l'impuissance de tous ces efforts î Ce serait une amôre ironie !
Et, parce qu'elle ne se produit pas, parce que ces efforts aboutissent, parce qu'ils obtiennent, sinon le succès complet, du moins un succès relatif, on s'étonne, on récrimine, on est mécontent. Tout le monde s'est efforcé de faire du bon marché et on ne recueille pas de la cherté ! C'est navrant, en vérité! Mais c'est normal, comme le prouvent les tableaux suivants qui complètent ceux du chapitre précédent.
Pour la France, nous nous servirons des chiffres des valeurs de douanes.
On sait que, dans les tableaux du commerce extérieur publiés par l'administration, il y a deux chiffres différents : les chiffres provisoires et les évaluations définitives.
Les marchandises varient de prix. Quand on dit donc : « valeur en millions de francs », il est très possible que cette
valeur ne corresponde pas à la quantité des objets. C'est une vérité banale qu'il est cependant utile de rappeler, car, dans les discussions sur les tarifs de douanes^ on cite généralement des chiffres comme si les marchandises avaient un cours invariable. L'administration l'avait cru aussi. En 1826, une commission spéciale avait fixé la valeur des marchandises, et une ordonnance du 27 mars i827 l'ayant sanctionnée, elle demeura sans variation jusqu'en 1847. On s'aperçut alors, au bout de vingt ans, que le coton, le fer, la laine, n'avaient pas toujours le même prix.
Depuis cette époque, les évaluations sont déterminées chaque année, avec le concours des chambres de commerce, par une commission instituée près du ministère du commerce. On leur donne le nom de « valeurs actuelles », et elles ont pour objet de faire connaître, aussi approximativement que possible, le prix moyen de chaque catégorie de produits pendant l'année à laquelle elles se rapportent.
Seulement, dans le cours de l'année, l'administration publie tous les mois des relevés du mouvement du commerce extérieur. Comme les valeurs ne peuvent être fixées à ce moment, puisque les prix ne sont pas encore établis, elle prend pour chiffre d'évaluation le taux fixé par la commission des valeurs pour l'année précédente. Ce sont les chiffres provisoires. Puis, quand la commission des valeurs, l'année révolue, a déterminé le prix moyen des marchandises, on procède à une révision, et le Tableau du commerce publie les chiffres définitifs.
Maintenant, on comprend que si les chiffres définitifs sont plus élevés que les chiffres provisoires, c'est la preuve que le prix des marchandises a éprouvé une augmentation dans le cours de l'année; si, au contraire, ils se trouvent moins élevés, c'est qu'il y a eu baisse.
Il suffit donc de jeter un coup d'oeil sur le tableau suivant pour obtenir le mouvement de hausse et de baisse dans les prix de l'ensemble des marchandises pendant la période 1873-1885.
LA 8C18HCE ËCONOHlDtJE.
IS73, i m port, eiport.
1874, import.
1875, import eiport.
1ST6, import.
11)77, import.
)87S, import 1879, import.
1SS0, import.
1881, import.
IS8!, import.
eiport,
1883, import.
eiport.
1884, import.
tSSS, import.
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