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L'JE8PÂCE ET LA VALEUR DES CAPITAUX. SOI

Années. France. New-York, Odessa. «...T?*!.

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(Voir graphique 26.)

Le prix du transport, soit de la mer Noire, soit de la Californie, en Angleterre, d'une quantité de blé égale au produit d'un acre de terre en Angleterre, était rarement au-dessous, souvent au-dessus de 40 shillings. La viande fraîche d'Amérique, égale au produit d'un acre en Angleterre, coûtait pour son transport au Royaume-Uni 40 shillings. Cette différence, résultant du prix du transport, était égale à la rente que paye en moyenne le fermier au propriétaire *.

Mais plus les moyens de communication se perfectionneront, plus la différence de prix entre chaque marché diminuera.

Les primes à la marine marchande, qu'ont données certains pays qui, en môme temps, mettaient des droits d'entrée sur

' Caird, Landed interest, 1878,

l'espace et la valeur des capitaux. 203

des blés qu'ils trouvaient trop bon marché, ont abaissé le fret, quoiqu'il ne soit pas encore gratuit. De New-York à l'Angleterre, il est au moins de 2 francs par hectolitre, non compris les frais accessoires.

V. Moins les moyens de transport sont développés, et plus est étroit le rayon d'approvisionnement de l'homme. Il faut qu'il trouve sous sa main tous les objets nécessaires pour satisfaire ses besoins. S'il ne les trouve pas, il n'a qu'une ressource, s'en passer. L'habitant de l'Armorique ne songeait môme pas à se procurer du poivre, du sucre ou de la cannelle. Les premiers habitants de la Grande-Bretagne n'avaient jamais pu deviner qu'un jour on y apporterait du coton des Étals -Unis ou de l'Inde pour l'y mettre en contact avec de la houille ; qu'ensuite, sous forme de fils et de tissus, à des centaines, à des milliers de lieues, il irait trouver des êtres qui en ont besoin.

Avant le développement des moyens de transport, sans doute, un agriculteur était prudent en se disant : J'aménagerai ma. terre de manière que ses récoltes puissent pourvoir à mes besoins les plus nécessaires; j'aurai du grain pour manger, j'aurai du vin pour boire, j'aurai du lin pour filer.

Maintenant l'agronome répond : — Fais produire à la terre ce qu'elle produit le mieux. Rapporte-t-elle de bon grain et de mauvais vin? ne produis que du grain. Rapporte-t-elle de bon vin et de mauvais grain? ne t'inquiète pas de ton pain, fais du vin, et avec le vin que tu vendras, tu achèteras le pain qui t'est nécessaire.

. Ainsi, en France, le blé se concentre dans les plaines, l'avoine sur les plateaux ; telle région tend à se transformer tout entière en prairies et à ne plus faire que du bétail; la betterave aurait couvert tout le Nord, si les divers gouvernements avaient bien voulu ne pas s'occuper de la question des sucres ; le Midi avait renoncé à produire du blé et ne s'attachait plus qu'à la production de la vigne, quand le phylloxéra est venu retarder cette évolution. Mais le préjugé, refoulé sur ce point, n'en reparait pas moins sous une autre forme et dit :

104 LA SCIENCE ÉGONOUIQUB.

— Il faat qu'âne nalion se suffise à elle-même et ne soit pas tributaire de l'étranger.

C'est la même théorie que la vieille théorie agricole que je signalais tout à l'heure.

Pour qu'une nation comme la France pût se suffire à ellemême, il faudrait qu'elle se passât d'une foule de choses qui sont entrées dans ses habitudes courantes, à commencer pir le café et les vêtements de coton. Si elle trouvait le sacrifice trop grand, elle n'aurait d'autre ressource que de planter des caféiers à Montreuil et des cotonniers dans la Beauce. Ce café et ce coton ainsi obtenus seraient probablement d'une qualité médiocre, et reviendraient à un prix fort élevé. Il est plus simple de les faire venir des contrées où ils poussent sans tant de peine. Quoi qu'en disent les protectionnistes, les moyen» de transport provoquent dans cJioque région la production pour la* quelle elle est laplus propre et lui font abandonner les productions pour lesquelles eUe a moins d'aptitude.

De là, par conséquent, une augmentation de puissance utile, donc de valeur pour les capitaux fixes; une diminution de prix pour les capitaux circulants, puisque ceux-ci sont produits ou amenés à moins de frais.

Du moment où, par suite de la concurrence, les produits de votre capital fixe ne trouvent plus de débouchés, vous vous désolez, vous vous prétendez ruiné, vous avez tort. Ce fait n'est que la preuve que votre capital fixe est placé dans l'alternative suivante : ou produire à plus bas prix, ou trouver un autre emploi. Dans les deux cas, le progrès économique en profite. — « Le progrès général ? dites-vous, mais, en attendant, je suis ruiné. » — Vous pouvez subir une crise temporaire; c'est la crise de toute croissance, de toute transformation : c'est l'effort qui s'attache à toute lutte. Si vous refusez de le faire, si vous demandez protection au lieu de suivre, et encore mieux de précéder, l'évolution, sans doute vous succomberez. Mais les chemins de fer ont-ilsi ruiné l'industrie des transports? Les bateaux à vapeur ont-ils ruiné la marine ? Qu'on compare le

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