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LE TEMPS ET LA VALEUR DBS CAPITAUX

ment prendre le signe pour la chose. €ela était explicable au temps des thésauriseurs. Maintenant il est honteux de trouver encore de pareilles expressions, non seulement dans le langage courant, mais dans la langue législative.

Si le taux de Tintérôt représentait le prix des métaux, il devrait être très élevé en Angleterre, où il y a si peu de métaux en circulation. C'est le pays où il est à plus bas prix.

M. Tooke dit : « Toutefois, toute modification dans la somme de la monnaie en circulation produit un effet temporaire sur le taux de l'intérêt. » M. Tooke confond ici le taux de Tintérôt avec le change. Si la monnaie est insuffisante pour les besoins, le change s'élèvera ; mais ce ne sera pas le taux de Fintérèt.

— Mais, dit-on, il y a deux milliards dans les caves de la Banque de France. Ils ne trouvent pas d'emploi. Dans ce cas, le taux de l'intérêt baissera.

Oui ; mais pourquoi y a-t-îl deux milliards de métaux précieux dans les caves de la Banque ? Parce que les gens qui les ont reçus en échange de leurs marchandises, n'ont pas trouvé l'occasion de les convertir en nouvelles marchandises ou en nouveaux capitaux; ils en sont embarrassés, comme un épicier qui aurait beaucoup plus de sucre en magasin que sa clientèle n'en demanderait. Alors il baisserait le prix de son sucre pour l'écouler. Les détenteurs des deux milliards de monnaie, que feront-ils ? Ils se résigneront à acheter plus cher des titres de créance, pour se débarrasser de leurs capitaux. Us prêteront à plus bas prix.

— Mais alors la réciproque devrait être vraie ? S'il n'y a pas abondance de métaux précieux, le taux sera plus élevé ?

Non, si les capitaux circulants sont en abondance et ne trouvent pas d'emploi; oui, si celte pénurie de métaux précieux est le signe d'une telle demande de capitaux circulants, qu'ils trouvent facilement un emploi facile et rémunérateur.

Il ne faut jamais oublier que si la monnaie a une valeur intrinsèque, elle ne devient jamais une utilité pour son posses-

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seur qu*à la conditioa qu'il en fasse usage. Elle lui est utile aa moment où elle disparait de ses maias pour se conYcriir en utilité quelconque.

Nous Tavons dit : le taux de Tintérêt représente le prix du temps, exactement comme le taux du transport représente le prix de Tespace.

Ce taux obéit à toutes les lois qui régissent les autres utilités.

Là où les capitaux circulants sont rares, où il n'y a point d^organisation pour utiliser facilement et avec sécurité le temps, le taux de Tinlérôt est élevé.

. La loi des Wlsigoths autorisait un intérêt de it et demi pour 100 pour les prêts d'argent, et de 50 pour 400 pour les prêts eu marchandises. Au treizième siècle, en Italie ^t en France, les Lombards et Juifs prêtaient en moyenne à 20 pour 100. Au quatorzième siècle, dans les provinces du Rhin, un taux de 50 à 60 pour 100 n'était pas extraordinaire.

Depuis, le taux de Tintérêt n'a pas cessé de, diminuer, et tout arrêt dans cette évolution n'est que la preuve d'une perturbation économique. Qu'est-ce que la rente de la terre? C'est la rémunération de l'avance du capital terre que le propriétaire fait à son fermier. Elle est soumise à cette loi. D'après les enquêtes officielles» elle était de 2,99 pour 100 en 1851 et est tombée à 2,87 en 1879-83, soit en moins 4 pour 100.

A ce sujet signalons Terreur de M. P. Leroy-Beaulieu. Il dit :

<( La baisse persistante du taux de l'intérêt fait enfler la valeur nominale de tous les capitaux engagés, soit sous la forme de titres mobiliers, soit sous celle de fonds de terre, de maisons» de constructions de diverses natures. Depuis l'an dernier, les rentes sur l'Etat français ont haussé de 9 à 10 pour 100; tous les immeubles des villes, ceux de Paris notamment, ont monté dans une proportion au moins équivalente, quelquefois supérieure; il en a été de même, malgré la crise agricole, pour la plus grande partie du territoire ^ »

1 Leroy-Beaulieu, 20 septembre 1879 , Économiste français. Voir aussi 22 mars 1879.

LE TEMPS ET LA VALEUR DES CAPITAUX. t09

De 1872 à 1879, ]a rente 3 pour 100 française est montée de ou 52 au cours de 82, soit une augmentation de valeur de is de 50 pour 100, donc 7 pour 100 par an, sans compter intérêts. C'est donc au bas mot 10 pour 100 ; mais le capin'est pas usé, il montera encore. M. Leroy-Beaulieu xagère donc pas quand il évalue le gain à 13 pour 100. >s faits constatés par M. Leroy-Beaulieu sont exacts ; ce uvement de hausse ne s'arrête pas. Le 5 pour 100 a dépassé :;ours de 120 francs pour 1880 et maintenant le 4 et demi )asse 110 francs, ce qui représente près de 123 francs. Seulent M. Leroy-Beaulieu n'a pas su expliquer ce phénomène. ]ette explication est maintenant simple pour nous, en raison \ lois que nous avons formulées précédemment. }ue représentent la plupart des valeurs mobilières? Des âtaux fixes, mines, forges, chemins de fer, etc. La plusue de ces capitaux est constante, si le progrès économique st pas troublé par des destructions de capitaux, résultant fautes politiques ou d'erreurs économiques. Les valeurs moères sont tout simplement des fractions du titre de cette •priété. Leur valeur augmente. Rien de plus naturel, .a valeur des capitaux circulants diminue. Ils sonttrop abonits. Ils cherchent à se transformer le plus vite possible en itaux fixes. Or, comme nous l'avons établi *, une créance resente une copropriété du capital fixe ; une hypothèque est ! division du titre de la propriété. Le créancier devient copriétaire; tout prêt sur une hypothèque, toute obligation un mode de conversion de capitaux circulants en capitaux s. Qu'est-ce que la rente française? C'est une hypothèque $e sur l'ensemble de la fortune de la France, garantie par 3 ses capitaux fixes I Les rentiers senties propriétaires indivis la fortune nationale.

ar conséquent, l'élévation du prix des valeurs mobilières, ons, obligations, rentes, est tout simplement une des formes la plus-value des capitaux fixes.

Voir p. 84.

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L'abaissement des taux est une preuve de Tabondance des capitaux circulants. Nous retrouvons là la loi que nous avons formulée.

* k moins d'épouvantables destructions de capitaux dans des dépenses improductives ou par la guerre, ce phénomène sera continu. Avis aux financiers et aux capitalistes qui, après avoir nié le fait, prédit des retours, sont obligés maintenant d*admettre sa réalité, mais n*en comprennent pas la cause.

Toutefois, voici Tobjection qu*on pourrait me faire : ' Au dix-huitième siècle, en Angleterre, sous la reine Anne, rintérèt légal n'était plus que de 5 pour i 00; sous Geôles DI, Tintérèt était tombé à 3 pour 100 ; sous le ministère Waipole, les consolidés anglais ont atteint le icours de 107 fraiies. C'est 'pendant le dix-huitième siècle que le taux le plus bas a été 'atteint en Europe, Depuis la fin du dix^huitième siècle jusqa'eD •1872, il s*est relevé. Ce n'est que depuis qu'il a baissé. ^ lé donne l'objection sous sa forme la plus brutale et les faits 'Avancés sont trop absolus. Mais peu m'importe, je les prends '^pour exacts. LiOin de contredire ma thèse, ils la prouvent.

Depuis la fin du dix-huitième siècle, la guerre a consommé -d'immenses capitaux ; elle a donc retardé l'accumulation des capitaux ch^culants, par conséquent leur baisse, et la hausse des capitaux fixes.

Les grands travaux, les chemins de fer ont encore consommé "une masse énorme de capitaux; on les y a jetés par dizaines de milliards; or, en admettant que tous deviennent productifs un jour ou l'autre, ils ne le sont pas devenus du jour au lendemain. L'avance a donc été considérable, elle a retardé l'accu- ^mulation des capitaux circulants, par conséquent leur baisse, et la hausse des capitaux fixes.

Les emprunts des Etats américains ou asiatiques ont con- «sommé également d'énormes capitaux, dont la plupart ont été bêtement gaspillés.

Maintenant les capitaux, avancés dans les grands travaux commencent à s'amortir. De plus, presque tous ont eu pour ob-

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