I. L'or est une marchandise. — Sa consommation industrielle
II. Le monnayage. — La refonte des vieilles pièces. — Le stock d'or en circulation et dans les banques. — Quantité d'or par tête.
in. Pas de crainte de surproduction d'or. — Les mouvements de l'or en 1910. — L'or appoint. — Demandes d'or. — Taux de l'escompte. — Le marché d'or de Londres. — La demande d'or en 1910 en a constamment dépassé ioUre.
J'entends l'objection : — S'il suffit que l'Etat donne un pouvoir juridique à un métal pour qu'il en détermine la valeur, les bimétalliste n'avaient pas tort de demander la libre frappe de l'argent et on pouvait rouvrir la planche aux assignats.
Mais j'ai eu soin de le dire : Vor est une marchandise par lui-même. Il est utilisé dans des emplois industriels.
La consommation industrielle de l'or est d'une appréciation très difficile comme le prouvent les opinions différentes des spécialistes qui ont étudié cette question. M. Sœtbeer l'estimait à 33 % de la production. Pendant la période s'étendant de 1871 à 1880. M. Hooker l'a estimée à 49 % ; M. Lexis considère qu'elle doit dépasser 50 % de la production annuelle. M. André Touzet estime à 25 % du monnayage et autant à la consommation industrielle, la fonte des vieux métaux : il élimine tous les pays dans lesquels il n'y a pas de renseignements précis sur la frappe et la consommation industrielle, et il ar-rive à constater que ce monnayage et cette consommation absorbent la production.
II. D'après les tableaux publiés par la monnaie des Etats-Unis, le monnayage de l'or aurait dépassé 2 mil-
(1) Emplois industriels des métaux précieux, p. 123.
LA CONSOMMATION DK l'oR ET SON STOCK J35
liards de francs en 1907, 1.600 millions en 1908. La consommation industrielle aurait été dé 573 millions, en 1908. Elle ne cessera pas d'augmenter au fur et à mesure que la richesse générale se développera.
La monnaie est un capital circulant qui ne rend de services à son possesseur qu'à la condition de changer d'identité.
Mais, pour elle, ce changement d'identité a un caractère spécial ; elle n'est jamais consoinmée, du moins volontairement. Des matières premières, des aliments ne peuvent rendre d'utilité qu'en disparaissant. Une marchandise perd son identité par l'échange relativement au marchand ; mais ou elle disparaît ou elle devient un capital circulant pour celui qui l'achète. II n'en est pas de même pour la monnaie : elle ne rend service à son possesseur qu'en disparaissant : mais personne ne la détruit ni ne l'immobilise : chacun s'en débarrasse au plus tôt, mais toujours pendant le court passage où il l'a entre les mains, il la conserve précieusement.
Il en résulte que le stock s'accumule et on voit constamment rapporter de vieilles pièces à la Monnaie, de sorte qu'on arrive au résultat suivant :
En plus Production Millions de francs Frappe •/.
1851-1885 (d'après Sœlbeer) 21.954 28.410 29
Le produit est plus abondant que la matière première, parce que l'or ne disparaît pas par l'usage. On a calculé que le frai de l'or par l'usage est de 1/30. Les vieilles monnaies ont donc assez de valeur, lorsqu'on les porte à la fonte, pour qu'elles donnent à la frappe une valeur de 29 p. 100 dans la première période, de 18 p. 100 dans la seconde, supérieure à celle de la production.
Toutefois, sur les 69 milliards d'or produits, on ne retrouve en 1908, d'après l'administration de la monnaie des Etats-Unis, dans les banques, que 3.985. 500.000, de dollars, dans la circulation que 3.029.100.000, soit 7.014.000.000 ou 35 milliards de francs, la moitié.
L'autre moitié a été employée en consommation industrielle, thésaurisée et perdue.
La quantité de monnaie d'or par tête, en dollars, est de :
Etats-Unis 18.58
Australie 33.19
Grande-Bretagne 12.65
Egypte 12.50
France 23.57
Allemagne 17.23
République Argentine ' 23.30
Uruguay 14.09
Mais en dehors de ces pays, le stock d'or, par tête, tombe à un chiffre très faible. Avant que les 1.600 millions d'habitants qui peuplent le globe, jouissent tous d'une bonne monnaie, les mines d'or doivent largement produire.
La refonte des anciennes pièces ne fera point fermer les monnaies à l'or nouvellement produit. Aux personnes hantées par la peur de la surproduction de l'or, je recommande d'en regarder les mouvements en 1910. Loin qu'on ait regorgé d'or, on en a manqué.
Le 12 janvier 1910, l'encaisse de la Banque d'Angleterre était de £ 34.750.988, tandis qu'elle n'était, le 11 janvier 1911,que de £ 32. 899. 789, soit en moins £ 1.851.000.
La banque d'Angleterre a dû élever son taux d'escompte, le 20 octobre 1910 à 5 pour 100, pour résister aux demandes du continent et de l'Egypte ; en septembre £ 4.250.000 avaient été demandés par l'Allemagne, la Turquie et l'Egypte, et en octobre l'Egypte seule prit £ 6.055.000. La Banque dut acheter des lingots dans l'Afrique du Sud, où elle se heurta à la concurrence étrangère. Les achats de lingots montèrent à £ 166.500.000, d'après la circulaire de MM. Pinley et Abelle.
Il ne faut accueillir les mouvements des métaux, signalés par les chiffres de douanes, qu'avec méfiance (1). Sous ces réserves, je donne ceux relevés par la douane britannique en :
Importations
Excédrnl
1908 1909 1910 sur 1910
Livres sterling
Marchandises .. 592.953.487 624.704.957 678.440.173+53.792.067
Or 46.145.314 54.691.829 57.321.767 -f- 2.629.938
(1) V. Yves Guyot, Le Commerce, Les contradiclions des chi{' 1res de douanes.
LA COXSOMMATIOX DE l'oR KT SON STOCK 137
Exportations
Produits
britanniques ... 377.103.824 378.180.347 430.5SD.811 +52.204.425 Réexportations.. 79.623.697 91.344.819 103.7i6.104+r2.431.285 Or 49.%9.099 47.229.536 50.898.145+ 3.648.909
On voit combien les mouvements de l'or sont faibles relativement au mouvement des marchandises. Le commerce des marchandises du Royaume-Uni, en 1910, s'est élevé à 1.214 millions de livres sterling et a dépassé 30.300 millions de francs. Les mouvements de l'or se sont élevés à £ 108.220.000, soit un peu plus de 2.705 millions de francs. Ils représentent 8,92 des importations et des exportations de marchandises.
Tandis que ces dernières ont augmenté de £ 98 1/2 millions, celles de l'or n'ont augmenté que de £ 6.279. C'est la preuve que l'or de plus en plus n'intervient que comme appoint. Qu'est-ce que ces mouvements de l'or à côté des £ 14.659 millions (366 millions de francs), de virements du Clearing house de Londres ? Mais malgré ce rôle restreint, l'or ne perd pas de son importance, et au lieu d'être offert, il n'a cessé d'être demandé en 1910.
Les importations d'or du Transvaal comptent pour £ 31.075.000, au lieu de £ 30.264.000, en 1909 ; celles de la Rhodésia montent à £ 2.497.000, au lieu de 2.403.000, en 1909. Environ £ 6.673.000 ont été importés des Etats- Unis, en avril et en mai, sur lesquels £ 2.956.000 ont été renvoyés à New^-York, en juillet et en août. L'Allemagne a pris £ 8.938.600, en partie pour le compte de la Turquie et en partie pour le compte de la Russie. Directement, la Turquie a pris £ 2.584.000 et la Russie £ 1.558.000. Les échanges d'or entre la France et la Grande-Bretagne se sont balancés : £ 4.361.000, d'importation, 4.274.800 d'exportation.
La Grande-Bretagne a reçu de l'Inde £ 2.220.000 et y a exporté 10.293.000, presque le double de l'exportation de 1909. Sur ce chiffre £ 8.150.000 ont été expédiés en petits lingots pesant 10 onces. L'Egypte continue d'absorber beaucoup d'or : elle a expédié pendant le second trimestre £ 1.500.000, en tout £ 1.736.000, contre £ 3.6337.000 en 1909. Mais elle a pris £ 10.770.000, tandis qu'en 1909, elle n'avait demandé que £ 4.100.000. On
estime que sur ce chiffre £ 2.500.000 ont été reexpédiés dans rinde.
Le Brésil qui est toujours en difficulté concernant sa circulation, a envoyé à Londres £ 1.246.000, recevant en retour £ 1.849.000. Le tayx du change, pour la caisse de conversion, a été fixé à 16 d. par mille reis.
La caisse de conversion du Brésil a pour programme d'obtenir un stock d'or de £ 60.000.000.
La Banque d'Angleterre a pu réduire son taux d'escompte le 26 janvier. Cependant, quoique la production de l'or ait été plus grande en 1910 qu'en 1909, la Grande- Bretagne en a gai'dé moins : £ 6.423.000 au lieu de £ 7.442.000 en 1909.
L'activité de la monnaie a été plus grande en 1910 qu'en 1909.
Souverains
Demi-souverains..
frappés
rdircs
Total : 13.800.000 25.300.000 3.000.000 2.700.000
Mais il n'y a aucun danger qu'il y ait pléthore de production.
Il ressort de ces constatations :
l" Que malgré l'augmentation de sa production, l'or ne reste qu'une très petite industrie ;
2° Que quoique son rôle soit de plus en plus un rôled'appoint dans les échanges, il est toujours indispensable ;
3° Que bien loin que l'augmentation de la production d'or en ait provoqué la surabondance, la demande a constamment dépassé l'offre ;
4° Que, par conséquent, la production d'or n'a pu avoir aucune influence sur l'élévation du prix de certaines marchandises.
Ce n'est pas la production de l'or qui a provoqué la hausse du caoutchouc. Si on la lui attribuait, il faudrait aussi lui en attribuer la baisse qui a suivi.