VI. Causes des variations de prix
I. Cependant, on ne cesse de parler de la baisse ou de la hausse de l'or ; et M. A. Bowley dit que les Index numbers ont pour objet de « chercher la valeur de l'or mesurée par les autres marchandises. » Ce point de départ est erroné. D'abord un Index numbers, si complexe qu'il soit, ne contient jamais tous les objets à vendre et à acheter. Ensuite, dans un Index numbers, les prix de chaque marchandise varient plus ou moins : leurs changements ne sont jamais uniformes. Il faut dire : <( On cherche la valeur de certaines marchandises mesurée par l'or d'après l'étalon monétaire. » C'est le résultat auquel ils aboutissent, quelle qu'ait été l'opinion préconçue de l'auteur ou du lecteur des Index numbers. Ce qu'ils établissent, c'est le rapport de certaines marchandises à une même mesure représentée par de Vor ; en Angleterre, à la livre sterling, divisée en 20 shillings ou 240 pence et représentant 7 gr. 98 d'or à 916 millièmes.
Le pouvoir d'achat de cette quantité d'or est plus ou moins grand à tel ou tel moment, sur telle ou telle place, à l'égard de telle ou telle marchandise : mais ce n'est pas sa valeur qui varie. On ne peut mesurer la valeur de la marchandise qu'en la rapportant au prix prototype de l'or donné par la Monnaie de Londres. Ce n'est pas ce prix prototype qui change, car s'il changeait,
VOUS seriez obligé de changer la mesure de la valeur de cette marchandise, et c'est ce que vous faites, quand vous la rapportez à une autre unité monétaire, le franc, par exemple ; mais vous n'appréciez sa valeur qu'en la rapportant toujours à un prix prototype de l'or, et dans ce cas, c'est le prix prototype donné par la Monnaie de Paris de 3.437 francs le kilogramme d'or fin. Si vous achetez des oranges à Valence, ce n'est pas la valeur de l'or que vous mesurez ; c'est la valeur des oranges relativement au prix prototype de Londres ou de Paris.
Un banquier anglais, M. Hansard, a fait en 1884 l'observation suivante : « La baisse de p'rix des marchandises et l'augmentation du pouvoir d'achat de l'or sont une seule et même chose. L'une d'elles ne peut être la conséquence de l'autre (1).
C'est un truisme. Il est évident que chaque fois que le prix de revient et de transport d'une marchandise a diminué, on peut en acheter la même quantité avec une quantité moindre d'onces d'or ; par conséquent, le pouvoir d'achat de l'or a augmenté relativement à cette marchandise ; mais ce n'est pas parce que le pouvoir de l'or a augmenté que le prix de la marchandise a baissé. C'est parce que le prix de celle-ci a baissé, soit par suite d'une diminution du prix de revient, soit par suite d'une diminution dans la demande.
L'invention d'une machine, qui réduit les frais de fabrication de billettes d'acier de 50 p. 100, augmente d'autant le pouvoir d'achat de l'or relativement aux billettes ; mais la quantité d'or a pu rester immuable, sa circulation a pu ni augmenter ni diminuer, son prix de revient a pu demeurer ni plus ni moins élevé : tout le changement vient des billettes d'acier. L'or n'y a été pour rien ; et c'est cependant, d'après MM. Sauerbeck, Bowley et autres, l'or que l'on voudrait faire apprécier par les billettes. On veut donner au passif le rôle actif.
Les Index numbers ne mesurent pas la valeur de Vor : ils mesurent la valeur de certaines marchandises relativement au prix prototype de Vor.
Pour établir les index numbers, on choisit le prix d'une marchandise, on attribue au prix d'une certaine
(1) Institute o{ Bankers, 17 décembre 1884 et déposition devant le Comité de commerce en 1886.
l'or et les index numbers 149
année ou d'une certaine période la valeur absolue 100 ; et on y rapporte les prix des autres années. Pour avoir une moyenne générale, on emploie le même procédé pour plusieurs marchandises.
The Economist a eu l'initiative des Index numhers. Il a pris pour base la moyenne des prix de 1845-1850. Il les établit d'après les cours du commencement de chaque trimestre .
Il donnait le prix de 47 objets ; mais il en éliminait 12 pour la constitution de ses tables ; et il réduisait les 35 autres à 22.
Il ne fait pas de moyennes. Ses prix sont ceux du \^^ janvier et du l'"" juillet. Pour chacun des objets considérés, le prix de base, calculé sur la moyenne des prix de 1845-1850 est 100. Multiplié par 22, il donne 2.200. Si on veut comparer ce total avec les autres Index numbers qui ont 100 pour prix de base, il suffit de le diviser par 22.
En 1886, M. Auguste Sauerberk, courtier en laine, communiqua à la Statistical Society, un nouvel Index numhers. Au lieu de prendre des prix à date fixe, comme The Economist, il établit des moyennes, d'après les cours mensuels ou hebdomadaires, selon les marchandises. Il a choisi 56 marchandises qu'il a réduites à 45. Comme The Economist, il donne à chacune un coefficient égal. Le prix de base des Index numbers est établi sur la moyenne des prix de 1867-1877, et les Index numbers ont été calculés au moyen de l'arithmétique. Voici par exemple, le blé anglais :
Sh. d.
Moyenne 1867-1877 54 6 = 100 prix de base
— 18.55-1877 74 8 = 137 ou 37 p. 100 au-dessus
du prix de base.
Moyenne ,... 1905 29 8 = 55 ou 45 p. 100 au-dessous.
Les Index numbers représentent de simples pourcentages du prix de base.
Un système de :e genre a été tenté dans VIndex numbers que le sénateur Aldrich fit dresser, en 1891, sous la direction du professeur Roland Falkner, statisticien du comité des finances du Sénat des Etats-Unis.
Le prix de base est l'année 1860. On vérifia la dépense
LA SCIENCK ECONOMIQUE
de 2.561 familles normales, et on donne le nom de « moyenne budgétaire » aux chiffres ainsi obtenus. Le Bureau of Labor of the Département of Commerce
■-•^-"ÎTt;-**'«
/Jm
Graphique 2.
and Labor des Etats-Unis a continué l'étude des prix di Comité des finances du Sénat, arrêtée en 1891, mais sni d'autres bases. Il a choisi comme prix de base la périod< 1890-1899.
l'or et les index numbers 151
II. 3e réunis dans un même graphique les Index numbers de tiie Kconoviist, de Sauerbeck et de Falkner ; comme ils n'ont pas le même prix de base, les prix qu'ils indiquent ne peuvent pas être rigoureusement comparés. Leur point de départ n'étant pas à une date uniforme. La ligne — pleine indique la valeur en or de la moyenne arithmétique de tous les articles d'après Fakner. La ligne — . — . — indique la moyenne des marchandises d'après leur importance (graph. 2).