PRIX DE GROS
Extrait de <( Vlndex numbers » de « the Economist ».
1845 — 1850 Moyenne de 6 années. 2.200
1851 1" janvier 2.293
1853 1" juillet 2.361
1858 1" janvier 2.612
If)2 LA SCIENCE ÉCONOMIQUE
1907 fin-décembre 2.310
Ainsi le chiffre de Vindex numbers est resté inférieur de 1892 à 1905, à la moyenne des années 1845-1850. Il l'a été encore en 1908. Il ne l'a dépassé qu'en 1906, 1907,
1909 et 1910. Ces chiffres suffisent pour prouver qu'il n'y a aucune corrélation entre l'augmentation de la production de l'or et les prix des objets qui ont servi à établir Vindex numbers.
The Economist explique de la manière suivante les mouvements qui ont eu lieu en 1909 et en 1910. Dans cette dernière année, la hausse n'a été que de 5 % relativement à l'année précédente. En 1909, la hausse était due à une augmentation du prix des objets d'alimentation et à la mauvaise récolte de coton. La hausse de
1910 est due à une augmentation de demande des matières premières. Il y a eu des booms, celui du caoutchouc, celui de l'étain, celui du café. Les prix ont changé dans le courant de l'année, tantôt en hausse, tantôt en baisse. Ils ne sont donc pas indicateurs « de la dépréciation du signe monétaire », comme on le lit et comme on l'entend à tout instant.
IV. M. Sauerbeck était parti de cette idée que la baisse des prix était le résultat d'une contraction monétaire provenant de la démonétisation de l'argent et de l'insuffisance de la production des mines d'or ; et il a soin de mettre toujours le cours de l'argent en regard des autres prix : il montre ainsi lui-même que les faits ne sont pas d'accord avec sa thèse. Je n'en citerai que
quelques exemples (1) ; le prix de 60 — de l'once Stan-
(1) Journal ol Slalistical Society, 1886, p. 585 et 592.
l'or et les index numbers 153
dard représente le rapport de 15 1/2 avec l'or soit = 100 pour l'argent.
iBsemble des objets d'aliracotatioB Matières preraiSrfs Total générai Argent
Ainsi, entre les deux périodes, les objets d'alimentation n'ont pas varié : et cependant l'argent a baissé de 16 p. 100 ; pendant qu'il a baissé de 16 p. 100, les matières premières n'ont baissé que de 9 p. 100.
Où voit-on l'influence exercée par la diminution du prix de l'argent ?
En 1886, M. Sauerbeck est obligé lui-même de convenir que la diminution du prix de revient et de transport, l'ouverture de nouvelles sources de production sont pour quelque chose dans la diminution des prix. Toutefois, il mentionne comme deuxième cause la démonétisation de l'argent et l'insuffisance de la production de l'or, et il ajoute : « Il est impossible de décider quelle est, de ces deux causes, celle qui a eu le plus d'influence : mais je suis disposé à croire que c'est la seconde. » Et pourquoi ? parce que la réduction des prix en vingtcinq ans (jusqu'à 1885) a été trop grande ; et il reproche aux Etats-Unis d'avoir importé de l'or de l'Europe pour payer leurs obligations (bonds).
Mais où est la disette d'or? S'il y avait eu une contraction, on en aurait demandé aux banques ; et M. Sauerbeck est obligé de dire : « Au sens où les banquiers l'entendent, elle n'existe pas. Les prix sont tellement tombés que cette rareté n'est pas observable (1). On ne s'en apercevra que lorsque les prix remonteront. »
Mais alors, si la disette d'or n'est pas perceptible, qu'elle influence peut-elle avoir sur les prix ? et si la disette d'or provoque la baisse des prix, comment pourra-t-on s'en apercevoir quand les prix monteront au lieu de continuer à baisser, comme l'exigerait la logique du raisonnement ?
Mais M. Sauerbeck avait établi son graphique en 1886
(1) Journal o{ the StatisHcal Society, 1886, pp. 601, 618 et 620.
dans l'intention de prouver le parallélisme d'une contraction monétaire provenant de la démonétisation de l'argent et d'une baisse de prix. Et le 17 mars 1896, sir Michael Hicks Beach disait à la Chambre des Communes : « Jamais il n'y a eu tant d'or qu'aujourd'hui à la Banque d'Angleterre et ailleurs : la réserve d'or de la Banque a plus que doublé depuis 1893 ; et jamais, cependant, les prix ne sont tombés si bas. »
Comme la production de For avait passé de 5 millions d'onces en 1887 à 10 millions d'onces en 1896, les index numbers de M. Sauerbeck auraient dû montrer une augmentation de prix tandis quïls montrent une diminution. Le chiffre absolu étant 100, ils donnent 68 en 1887 et 61 en 1896.
Alors que devient la thèse de M. Sauerbeck ?
V. On a fait de nombreuses objections aux index numbers : 1° le choix de la période de base est arbitraire ; 2° de même, le choix des produits et l'arrangement des éléments des moyennes ; 3° l'inégalité initiale des prix.
Dans les Index numbers de Jevons, on ne trouve ni la houille, ni le café, ni les pommes de terre, mais on y trouve l'indigo, le bois de campèche et le poivre de Malabar ; dans ceux de VEconomist, on ne trouve qu'un seul produit alimentaire végétal, le blé. Ils ont un défaut plus grave : c'est qu'ils ne visent que des capitaux circulants, des marchandises apportées sur le marché ; mais sauf pour les bêtes de travail, ils ignorent les capitaux fixes, la terre, les maisons, les usines, les navires, Voutillage et toutes les valeurs industrielles.
Les Index numbers nous montrent les prix par unités.
Combien de tonnes sur le marché ? combien de mètres ? et combien le total ?
En raison des progrès de la science, de l'agriculture, de l'industrie, des moyens de transport, le prix de Vunité de la marchandise doit toujours baisser et son prix global augmenter ; son pouvoir d'achat diminuer en détail et augmenter en bloc.
C'est là le critérium du progrès économique : et les )* Index numbers ne l'indiquent pas plus qu'ils n'indiquent ** les rapports des capitaux fixes et des capitaux circulants.