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LES PRIX ET LES CRISES

Explication des mouvements signalés par l'Index numbers de the F.coiwmist. — La période 1845-1850. — Activité développée par les mines d'or. — Manque d'or en Angleterre. — Activité dans l'Est des Etats-Unis. — La crise de 1857. — La guerre de la Sécession . — La hausse aux Etats-Unis. — Le papiermonnaie. — La famine du coton. — Manque dor en Angleterre. — La crise de 1865. — Augmentation des stocks d'or et d'argent. — Baisse des prix. — La crise de 1873. — Baisse persistante. — Démonétisation de l'argent. — Hausse des prix. — La crise de 1890. — Les caractéristiques d'une crise d'après M. C. Juglar. — Lrs hauts prix se produisent au moment où, les encaisses étant a[[aiblies, Is crises éclatent.

Si, ne nous plaçant qu'au point de vue objectif, comme the Economist, nous examinons son Index numbers, quelles explications trouvons-nous aux variations qu'il indique ? La période 1845-1850, qui sert de base, est caractérisée par le développement industriel, l'augmentation des moyens de transport, une année de disette (1847) et la Révolution sur divers points de l'Europe en 1848 et 1849, l'adoption de la politique libre échangiste en Angleterre, la suppression de l'Act de navigation en 1849. Donc, pendant cette période, il y a eu des pertes, àes gaspillages de capitaux et en même temps des restrictions de capitaux timides qui ne cherchaient pa.-:; d'emploi ; mais en même temps, on y trouve tous les éléments pouvant servir à développer les affaires. Supposez qu'il n'y eût aucun événement ajouté à ceux-là, ils suffisent pour expliquer qu'une fois ces événements passés, il y aurait grande augmentation d'activité, plus de demande que d'offre, et par conséquent une augmentation des prix. Le mouvement de hausse s'accentue en

Il faut ajouter aux éléments d'activité déjà mentionnés les découvertes des mines d'or de Californie en 1848 et

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d'Australie en 1&51. De 1851 à 1856, elles produisent, en année moyenne, 199.900 kilos d'or valant 686 millions de francs, ajoutant donc, pendant cette période, 3.430 milions aux 16.367 milions qui avaient été produits précédemment pendant les trois siècles et demi qui s'étaient écoulés depuis la découverte de l'Amérique, et 86.000 kilos d'argent qui, au rapport de 15 1/2, valaient 197 millions de francs par an, soit, en cinq ans, 985 millions.

Les mineurs regorgeaient d'or, mais manquaient de tout. Ceux qui apportaient l'or en Europe l'avaient acheté et payé avec des objets d'alimentation ou des objets manufacturés. Cet appel de marchandises, l'attrait de la population vers les mines d'or, provoquaient une grande activité sur les marchés et dans les milieux industriels. Les prix montent, mais n'indiquent pas que le pouvoir d'achat de l'or ait diminué, qu' « il s'est avili à l'égard des autres marchandises >>. Quiconque dépose des lingots à la Banque d'Angleterre reçoit toujours 77 sh. 9 par once. Mais chacun de ces 77 sh. 9 augmente le pouvoir d'achat du monde et par conséquent, l'activité industrielle. De 1850 à 1856, l'Angleterre double son réseau de chemins de fer, en y ajoutant 4.000 milles. Aux divers placements que trouvent ces capiaux, il faut joindre la guerre de Crimée ; et toute guerre étant un gaspillage de capitaux, est suivie d'une hausse. Il faut refaire les approvisionnements, reconstituer les outillages perdus ou qu'on n'a pas réparés. On entreprend des affaires qui avaient été ajournées jusqu'à la paix. L'or regorge si peu que la Banque d'Angleterre fut obligée d'élever, en 1855, son escompte qui atteignit jusqu'à 7 p. 100.

L'activité industrielle résultant de l'importation de l'or de la Californie et de l'Australie dans l'Est des Etats-Unis, avait provoqué un grand mouvement de construction de chemins de fer, une grande activité dans la spéculation et la banque. De 1849 à 1857, on avait construit 21.000 kilomètres de voies ferrées, dont 3.642 en 1856, représentant un capital de 3.500 millions de francs. Les escomptes, qui montaient en 1847 à 310 millions de dollars, passent à 684 millions. Mais y a-t-il trop d'or sur le marché ? On en manque, et l'émission des banques passe de 105 milions de dollars à 215 millions.

Y a-t-il trop d'or ? Les capitaux circulants absorbés dans les capitaux fixes ont perdu leur pouvoir d'achat : des chemins de ter croulent, entraînant la chute de compagnies d'assurances ; 150 banques ferment, et une seule, sur les 69 banques de New- York peut ne pas suspendre ses paiements. La répercussion se fit sentir en Angleterre, qui avait engagé 80 millions de £ aux Etats-Unis ; l'encaisse de la Banque de France baisse de 25 millions en une semaine ; et le chancelier de l'Echiquier dut le 12 novembre 1857, suspendre l'acte de 1844 en autorisant la Banque d'Angleterre à émettre 2 millions de £ au-dessus de la limite statutaire : la confiance fut rétablie ; mais pendant quinze jours, les demandes d'escompte furent très nombreuses.

Voilà le premier effet de la découverte des mines d'or. C'est un effet dynamique. Il provoque une hausse des prix par une augmentation d'activité, et il aboutit à cette crise qui prouve que bien loin qu'il y eût surabondance de l'or sur le marché, il manquait.

La réaction se produit ; les prix baissent. De 2.996 au 1«"" juillet 1857, VIndex Numbers tombe à 2.612 le 1" janvier 1858. Cependant, loin que la quantité d'or produite eût diminué, sa production augmentait ; mais de nouveau, nous assistons à une formidable hausse de prix des marchandises, le 1" janvier 1865.

Est-ce une conséquence de la surabondance d'or ? La sécession fut proclamée par les Etats du Sud au mois de janvier 1861 : la guerre commence le 13 avril ; le cours forcé est décrété et joue son rôle ordinaire : de 1861 à 1865, 234 milions de dollars en or sont exportés (1). Les Index numbers de Falkner donnent la hausse des prix :

Moyenne arithmétique de tous les articles.

De 1860 à 1865, si les cours se sont relevés de 116 p. 100, ce n'est point parce que l'abondance de l'or l'a avili ; il

(1) Charles Conant, History of the modem Bank o{ Issue.

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