LA LOI D AIRAIN DES SALMRES ET LE SL'KTRAVAIL
I. Tiirgot et le taux du salaire. — Ricardo : le taux du travail dépend de celui des subsistances. — Lassallc : « La loi d'airain des salaire.*. » — Démentie par Içs faits. — En Angleterre. — Au.x Etals-Unis.
II. Karl Marx. — La valeur mesurée par le travail. — Karl Marx ajoute à la formule de Ricardo : « La farce de travail. » — Temps de travail extra et temps de travail nécessaire. — La plus-value. — L'exemple d'une filature de coton. — 1307 pour 100. — Pai- <juel artitice ce chiffre est obtenu. — Déclarations qui ruinent la thèse.
III. Résistance des industriel? au bénéfice Marxiste. — Exemple de l'Inde. — Multiplier le nombre des années. — Les machines et la plus-value. — Explication de Karl Marx.
IV. L'apologie de la cherté. — Le « capital vampire ». — Dimiluilioii des iieures de travail. — Devoir de l'Etal : « assurer le minimum de travail et le maximum de salaire. »
L Les faits que nous avons constatés montrent la vanité des deux conceptions socialistes : la loi d'airain des salaires de Lassalle ; la loi du surtravail de Karl Mai-x.
Après avoir reconnu que le travail est soumis à la loi de l'offre et de la demande, Turgot (1) avait dit cette chose évidente que « le prix auquel le simple ouvrier vend sa peine ne dépend que de lui ». Mais où a-t-on vu, dans le commerce libre, quelqu'un fixer, sans le consentement de l'acheteur, le prix auquel il vend un objet. Turgot ajoutait encore ce truisme que « celui qui paye le travail le paye le moins cher qu'il peut », considération mitigée cependant par l'obligation de payer cher pour avoir le choix. Invoquant la concurrence des ouvriers entre eux, il arrivait à cette conclusion que « le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui
(1) Sur la (onnation et la dislribulioii des richesses, § 6.
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lui est nécessaire pour lui procurer sa subsistance ». Turgot considérait à tort que le travail était toujours offert et jamais demandé.
' Ricardo a fondé toute sa théorie de la valeur sur le travail. Il fallait donc lui trouver une norme : et il a dit avec quelque vague toutefois : " Le prix naturel du travail est celui qui est nécessaire aux ouvriers, en général, pour subsister et se perpétuer sans accroissement ni diminution. Le prix naturel du travail dépend donc du prix des subsistances et de celui des choses nécessaires ou utiles à l'entretien de l'ouvrier et de sa famille. » (Ch. V).
Cependant, il reconnaissait que n le prix naturel des salaires n'est pas absolument fixe et constant, même en les estimant en vivres et autres articles de première nécessité ». Il ajoutait que « l'ouvrier anglais regardait son salaire pour maintenir sa famille comme très audessous du taux naturel, s'il ne lui permettait que d'acheter d'autre nourriture que des pommes de terre et de n'avoir pour demeure qu'une misérable hutte de terre. » • '
Lassalle a fait de ces affirmations nuancées la formule absolue qu'il a condensée dans une métaphore sonore : « La loi d'airain des salaires. )>
Cette loi n'est pas vraie comme minimum : car si l'employeur n'a pas besoin de main-d'œuvre, il ne s'inquiétera pas de la nécessité d'assurer des subsistances au travailleur ; il ne l'occupera et ne le paiera pas.
Elle est démentie par les faits ; car si le salaire des ouvriers y est soumis, tous les ouvriers dans le même lieu auraient le même salaire ; et cependant, d'après la Série des prix de la ville de Paris, arrêtée par les ouvriers eux-mêmes, le ravaleur est payé 1 fr. 30 l'heure et le terrassier 0 fr. 65. Le pain n'est pas plus cher pour l'un que pour l'autre.
D'après les calculs de M. Bowley (1) indiquant l'augmentation des salaires et les index numbers de M. Sauerbeck dans lesquels les objets d'alimentation ont une part importante, les salaires s'écartent de plus en plus du prix de l'alimentation.
(1) M. Bowley a publié une série de monographies sur les salaires, dans le Journal o{ the Royal StaUstical Society.
En 1840, 100 fr. de salaires payaient 100 fr. de marchandises ; en 1900, 200 fr, de salaires payaient 61 fr. de marchandises. Donc le pouvoir du salaire a grandi dans
HoTfniiP des $alair<>s . .
Mn Biirahi'r.; Sauerbwk .
1830 1840 1850 1860 1870 1874 1880 1885 188(; 1895 1900 45 50 50 55 GO -70 70 T2 Si 93 lUO
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Graphique 11. — Augmenlation des salaires et diminulioii du prix de ralimentation.
Moyenne des salaires.
— • — •— Index nunibers Sauerbeck
le rapport de 1 à 3. 2 soit de 220 %. A ceux qui imputent tous les prix à la hausse et à la baisse de l'or, je demande comment ils expliquent que l'or monte et baisse simultanément, selon qu'il s'agit des marchandises ou des salaires.
Aux Etats-Unis, si on compare, pour la moyenne 1890
(1) Cf.= deux séries ont clé mi.ses en regard dans Work and Wufjr's by Chaprnan.
i.A T.oi d'airatn' ni:s SAT.AinKS nï i.r; sijrtravail 221
à 1899, la situation du travail en 1904, on trouve : une .uigmentation de 25,7 p. 100 du nombre des salariés,
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Graphique 12.— Voriolions aux Elats-Unis du nombre des salariés, du salaire par iicure ; du prix de l'alimentaion et du nombre d'heures par semaine, de 1890 à 1904.
une réduction des heures de travail par semaine de 4,1 p. 100 ; une augmentation du gain tiebdomadaire de 12,2 p. 100 par tête ; une augmentation hebdomadaire pour l'ensemble de 41 p. 100, une diminution des prix de détail de l'alimentation de 11,7 p. 100. Le pouvoir d'achat des salaires d'une heure a été augmenté de 4,7 p. 100 pour les objets d'alimentation. (Voir le graphique 12 (1).
La prétendue loi d'airain est tellement en contradiction avec les faits que les socialistes eux-mêmes, dans leurs déclarations solennelles, en ont usé pour la dernière fois, en 1875, au congrès de Gotha. Cela n'empêche pas les socialistes français, tout au moins, de l'invoquer dans leurs discours et dans leurs articles.
II. Karl Marx a emprunté sa théorie de la valeur (2) à Ricardo qui avait dit : « La valeur d'une marchandise dépend de la quantité de travail nécessaire pour la produire. » Comme Lassalle, il considère aussi que le taux du travail est réglé par le taux des subsistances, et il dit : « La valeur de la journée de travail est déterminée par le temps de travail nécessaire à sa production. Si donc la production des moyens de subsistance journalière, tels qu'il les faut pour le travailleur, coûte six heures, il doit travailler en mo^'enne six heures (t. I, ch. X, p. 98). »
Pendant ces six heures, l'ouvrier travaille pour lui ; mais s'il travaille douze heures, il donne six heures de travail extra ou de surtravail ou de travail non payé qui font le gain du capitaliste, ce que Karl Marx appelle la plus-value.
Karl Marx explique de la manière suivante comment est constituée la durée de travail nécessaire, celle qui appartient à l'ouvrier et qui n'est pas volée par le capitaliste,
(( Posons que la valeur journalière d'une force de travail moyenne soit de 3 shillings ou 1 écu, et qu'il faille six heures par jour pour la reproduire ! Pour acheter une telle force, le capitaliste doit avancer un écu (t. I, ch. XI, p. 131). »
Mais, d'après l'hypothèse de Karl Marx, il ne res-
(1) Bulletin of the Bureau o/ Labor, july 1905, p. 18.
(2) Voir supra, liv. III, ch. VIII et IX. Les citations sont empruntées au Capital, trad. française.
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ferait rien au capitaliste. Il lui faut une plus-value. Quelle sera cette plus-value ? Rien de plus simple. (( Cela dépend du taux de la plus-value. » S'il est de 50 p. 100, la plus-value sera un demi-écu, représentant trois heures de travail ; s'il est de 100 p. 100, elle montera à un écu repi^ésentant six heures de travail (Ibid.). » En un mot, tout se réduit à cette proportion :
Temps de travail extra
Temps de travail nécessaire
Cette proportion déteraiine le taux de la plus-value.
« La somme du travail nécessaire et du surtravail forme la grandeur absolue du temps de travail, c'est-àdire la journée de travail (t. I, ch.X, p. 98). »
Kai'l Marx fait trois catégories du capital employé à la production : Le capital fixe qui représente l'outillage ; le capital constant qui représente le loyer, les matières premières, le chauffage et l'éclairage ; le capital variable qui représente les salaires.
« Le capital variable est l'expression monétaire de la valeur de toutes les forces de travail que le capitaliste emploie à la fois. La grandeur du capital variable est donc proportionnelle au nombre des ouvriers employés (t. I, ch. XI). »
Karl Marx appelle plus-value l'expression du rapport de la plus-value capital variable et taux du profit l'expression du rapport de la plus-value au capital entier.
Le profit provient de ce que le capitaliste peut mettre en vente une chose qu'il n'a pas payée ; or, ce qu'il n'a pas payé, c'est le surtravail. Par conséquent, le rapport doit s'établir entre le capital variable représentant la main-d'œuvre et Vexcédent de la valeur obtenue par la marchandise.
Voici la formule :
« Supposez, dit Karl Marx, qu'un capital (C) de 500 livres sterling se décompose en matières premières, instruments, etc., d'une valeur de 400 liv. st. (c constant) et en 100 livres sterling payées aux ouvriers (v variable) , qu'en outre la plus-value (p) soit de 100 livres sterling ;.
P 100 £ alors le taux de la plus-value — = ^^^ ^100 p. 100
P 100 £ mais le taux du profit — = ^20 p. 100 (t. I,
ch. XVII, p. 336). »
Dans le t. III, ch. IV, nous trouvons l'application de cette formule à des chiffres donnés dans une filature de coton de 10.000 broches pour une semaine d'avril en 1871 et étendus à toute l'année. Toute question de crédit est éliminée :
Capital fixe (machines) 10.000
Capital circulant. } ^api^l constant. 2.182 ; g.SOO ' ' Capital variable. 318 \
Capital total 12.500
Valeur du -produit hebdomadaire.
Capital fixe (usure des machines) ' 20
Capital circulant (loyer, £. 6 ; coton, £,. 342 charbon, huile, gaz, £ 10) 358
Capital variable (salaires) 52
Plus-value (travail non payé) 80
Total 510
Le capital avancé hebdomadairement est :
Capital circulant constant 358
Capital variable (salaires) 52
Total 410
Capital constant et capital variable.
Capital constant 87,3 2.182
Capital variable (salaires) 12,7 318
La dépense annuelle de salaire s'élevant à 52x52 semaines = £ 2.704 de capital variable, celui-ci (£ 318), accomplit 8 1/2 rotations par an.
Le profit de toute l'année s'élève donc à la plus-value 80x52 semaines = £ 4.160. Si on divise ce nombre p-ar le