LES TRADE UNIONS ET LES GREVES
Les Trade unions. — Le malthusianisme de la production. — Le « Ca Canny ». — La politique des bas salaires. — Prétention des Irade unions contre certaines machines. — M. W. Smart. [I. Situation des Trade unions. — Leur influence sur les salaires. — Les prétentions et les faits. — Les mineurs. ^- Varialions des salaires. — Les salaires des mines et la production de la houille en France. — Augmentation des salaires des femmes. — Proportion des trade unionistes dans les mines affectés par des changements de salaires.
III. — Les grèves. — Caractère juridique et économique de la grève.
IV. La conciliation et l'arbitrage. — Naïveté du public. — Taule grève est dirigée contre le consommateur. — La grève du consommateur.
I. La plupart des salariés en sont encore à la notion « du conflit entre le capital et le travail ». Ils croient donc qu'en agissant sur le capital, ils pourront augmenter d'une manière factice leurs salaires. Ils ont constitué, en Angleterre, des Trade unions qui ont été plus ou moins imitées dans les autres pays, sous le nom de Labor unions, aux Etats-Unis, et de syndicats dans les pays de langue française.
Leur esprit est exclusif comme celui de la vieille corporation. Sous leur pression, certains ouvriers pratiquent le malthusianisme de la production. Au lieu d'obtenir de leur outillage le maximum de rendement, ils l'atténuent.
Aux Etats-Unis, le rapport de VIndustrial commission (1) déclare que les ouvriers ont une grande tendance à limiter la production. Les Labor unions deman-
(Ij T. XV H, p. 58.
dent qu'un homme ne dirige pas plus d'une machine. « Un homme ne doit pas en faire plus qu'un autre. »
Dans la Grande-Bretagne, ce mépris de la morale professionnelle a été surnommé la méthode du Ca canny : — Ne te presse pas ; en produisant moins, du donnes de l'ouvrage aux camarades, tu enlèves des profits au capital.
Cependant, si les ouvriers produisent moins, ils relèvent le prix du produit, donc ils entravent le débouché ; donc ils travaillent contre l'extension de leur propre industrie, et, au lieu de donner de l'ouvrage aux camarades du même métier, ils leur en enlèvent. De plus, ils en enlèvent aux ouvriers des autres métiers ; car ils restreignent la demande de leurs produits en restreignant le pouvoir d'achat du consommateur ; et ils diminuent la formation des nouveaux capitaux qui, cherchant un emploi, provoqueraient de nouvelles entreprises et une nouvelle demande de travail. Ces pratiques dépressives constituent la politique des bas salaires.
Dans les industries où elle est pratiquée, elle est, en outre, une cause de faiblesse à l'égard de la concurrence.
La conduite de certaines machines exige des mécaniciens, pour d'autres, on se contente de manœuvres. Depuis 1897, les trade unionistes ont dit : « Nous acceptons que les machines nouvelles soient dirigées par des manœuvres, mais à la condition que leur salaire, au lieu de 25 shillings, soit de 35. »
M. W. Smart (1), le célèbre professeur d'économie politique de Glascow, fait observer qu'en donnant 25 shillings à des manœuvres, l'employeur augmentait le salaire d'un certain nombre d'ouvriers, et qu'en demandant le chiffre de 35 shillings les trade unionistes repoussent, au profit d'une aristocratie d'ouvriers, cette amélioration ; car, mis en demeure d'opter, l'employeur paiera les plus capables, à moins que, ne pouvant se servir du coefificient d'efficacité avec lequel il pourrait faire un certain produit à un certain prix, il ne soit forcé d'y renoncer.
(1) Distribution o{ Incarne, trad. franc., la Répartition du Revenu national.
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Les conséquences de cette prétention seraient : 1° que l'invention des machines serait limitée et découragée ; 2° que cette réduction des frais qu'elles devraient donner serait interdite, les prix des produits des machines restant assez élevés ; 3° les prix restant élevés, la demande en resterait stationnaire, sauf le cas où la population s'accroîtrait ; 4° la fabrication des machines verrait disparaître l'accroissement naturel qu'elle prend avec la demande correspondante de travail et de capital ; 5° le capital qui devait naturellement échoir aux hommes rémunérés à raison de 25 shillings, serait amoindri, et ces liommes perdraient toute chance d'améliorer leur situation. Ainsi, la perte qui en résulterait ;se répartirait à la fois sur les consommateurs, les fabricants de machines et les hommes de peine.
II. Certes, aux associations ouvrières des autres pays, les Trade unions anglaises sont de beaucoup supérieures ; et cependant les préjugés qui y ont encore cours prouvent l'ignorance économique où s'agite l'humanité. A la fin de 1908, elles étaient dans le Royaume-Uni au nombre de 1.165, comptant 2.378.000 membres, sur lesquels les mineurs et les carriers comptent pour 718.000.
Le chiffre total de la dépense de 100 unions, représentant 60 % des chiffres du total, pour la période 1900-1909, a été de £ 20.810.000 ainsi répartis : £ 2.130.000 ou 10,2 p. 100 pour les grèves ; £ 5.540.000 ou 26,6 p. 100 pour le chômage ; £ 8.710.000 ou 41,9 p. 100 pour maladies, accidents, pensions et funérailles ; le reste : £ 4.430.000 pour dépenses d'administration et diverses.
On voit que la dépense pour les grèves n'a été que de 10 %. Si en 1908, elle a été de 19 %, en 1906, elle n'avait été que de 7,8 %, en 1907 de 6,6 % et en 1909 elle n'a été que de 5,8 %.
Certes, les Trade unions sont des organisations puissantes. Les faits prouvent-ils qu'elles ont été maîtresses des salaires, comme le prétendent leurs partisans et leurs adversaires ? C'est à partir de 1871, date où elles ont reçu une existence légale (1), que leur action a pu être efficace.
(1) Labour gazelle, (léccriibre 1910.
(1) Voir Yves Guyot : Les conflits du Iracail, p. 25.
Je reproduis l'index numbers des salaires de M. A.-J. Bowley (2) :
Années 1830 40 50 60 70 75 80 85 90 95 1900
Salaires réels... 45 50 50 55 60 70 70 72 84 93 100
De 1840 à 1870, dans l'espace de trente ans, les salaires montent de 20 p. 100 ; de 1870 à 1900, pendant une période égale, les salaires montent de 30 p. 100. Peuton dire que cette différence de 10 p. 100 est due aux Trade unions ? En 1902, il y eut une diminution. Le rapport du Board of Trade commençait par ces mots : (( Comme l'année dernière, le résultat net de tous les changements connus est une diminution. » Et cette diminution frappait le groupe professionnel le plus fortement représenté dans les Trade unions. Sur 890.000 ouvriers ayant été affectés par des changements de salaires, 735.400 mineurs subirent une diminution moyenne de 2 shillings par semaine, tandis que 91.600 ouvriers appartenant à d'autres professions eurent une augmentation de 1 shilling 2 et 57.600 subirent une diminution de 1 shilling 1/4.
De tous les groupes d'ouvriei's, ce sont les mineurs qui ont les Trade unions les plus actives et qui ont le plus souvent recours à la grève. Or, ces deux moyens d'action n'ont pas empêché leurs salaires de subir des variations bien plus importantes que celles de la plupart des autres métiers.
Voici, d'après les Memoranda du Board of Trade (vol. I, p. 263), les salaires quotidiens des <( Hewers » (des abatteurs de charbon), à différentes époques :
Siirthunib.'rlaB't lurham S. StiffoMsIiir
si>'aiD roalpitz '6 II- par jour) loharboD épais (tih. par jour/
sh d. sb. d. sk. d.
(2) A.-L. Bowley, National Progress in Wcallh and Trade, p. 33.