‹ La science économiqueChapitre 163 sur 210 · Ï.E CRÉDIT · texte numérisé non relu

Ï.E CRÉDIT

francs : pour que ce capital lui rapporte 10 p. 100, il lui faudra faire 125.000 francs de bénéfices annuels, et il doit vendre ses marchandises en conséquence ; si un autre marchand, au contraire, n'a que 250.000 francs à lui, et qu'au moyen de l'escompte il emprunte 1 million, il se trouve à la tête d'un capital semblable de 1.250.000 francs et peut vendre à beaucoup meilleur marché. S'il a emprunté au taux de 5 p. 100, il devra chaque année payer .50.000 francs d'intérêts ; et si, comme le vieux commerçant, il réalise 125.000 francs de profit par an, il lui restera encore, après avoir déduit les intérêts qu'il doit, une somme annuelle de 75.000 francs, c'est-à-dire que son capital de 250.000 francs lui rapportera 30 p. 100.

« La certitude de pouvoir se procurer de l'argent en escomptant du papier ou autrement, et cela à un taux d'intérêt modéré, fait que, dans le commerce anglais moderne, il y a une sorte de défaveur constante à se borner uniquement à son propre capital, ou à s'appuyer principalement sur lui. »

Cette observation de Bagehot, très initié aux affaires de la Cité de Londres, montre en même temps l'importance du taux de l'escompte. Au moment où il écrivait, le taux était à 5. S'il est réduit à 3, l'emprunteur n'a plus que 30.000 francs à payer. Ses bénéfices ne sont plus de 75.000, ils sont de 95.000 ; au lieu de lui rapporter .30 p. 100, son capital lui rapporte 38 p. 100, à moins que, pour étendre ses affaires, le négociant ne diminue le prix de la marchandise.

Le crédit raccourcit le temps et Vespace comme les autres moyens de transport.

Il est le capital de Vavenir (1).

On donne le nom de crédit à l'ensemble des moyens de mobiliser le capital (2).

V. Dans l'industrie, le profit est la différence en plus entre la valeur d'un produit et ses frais de production.

Il dépend de la manière dont vous savez employer les utilités que vous possédez par vous-même ou que vous avez acquises par le crédit ; de votre perspicacité à les employer à la satisfaction de besoins existants ; de la

(1) Voir Yves Guyot, Le Commerce, le rôle du Crédit Man dans les maisons de commerce américaines et comment il évalue le crédit de tel ou tel commerçant.

(2) Joseph Garnier,

rapidité avec laquelle vous avez su les consommer et les reproduire.

Dans les évaluations qu'on fait du prix de revient, presque toujours on oublie ce dernier facteur.

Si vous faites une opération en un mois au lieu de la faire en douze, vous pouvez en augmenter les frais de production, augmenter la main-d'œuvre qui servira à l'établir et en vendre le résultat à plus bas prix. Supposons que le capital avancé, comprenant la main d'œuvre et autres frais de production, soit de 100 et que le profit soit de 20 ; s'il est fait dans une année, le profit sera au taux de 20 p. 100 pour un an ; mais s'il est obtenu en un mois, le profit sera au taux de 240 p. 100 pour un an. Rien de plus vrai que la loi de Macleod :

(( Le taux du profit est en raison directe de la différence de la valeur du produit au dessus du coût, et en raison inverse du temps dans lequel il est obtenu. »

Le crédit donne un caractère démocratique à la production ; il remplace le capital initial par l'activité personnelle ; il a fait disparaître les grandes et les vieilles familles de « princes marchands » ; en ce moment on peut dire que quiconque a une conception, paraissant devoir donner des bénéfices, peut trouver des capitaux. Je dis : (( paraissant », car il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, il faut persuader aux autres qu'on a raison : Credere, croire : crédit.

VI. Un chemin de fer est construit, il a dévoré pour 100 millions de frais de premier établissement. Puis, dans un temps donné, ces dépenses sont remboursées : cela s'appelle l'amortissement.

L'amortissement, c'est le remboursement des capitaux circulants absorbés par le capital fixe.

Conclusion : Le crédit est Vavance des capitaux possédés par des individus à d'autres individus.

Il n'augmente pas la quantité de capitaux existant au moment où il se produit ; mais il augmente le pouvoir producteur de ces capitaux.

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