‹ La science économiqueChapitre 164 sur 210 · I. Crédit : terme imprécis. — Fonctiouï? des banques · texte numérisé non relu

I. Crédit : terme imprécis. — Fonctiouï? des banques

II. Le rôle des banques de Gênes et de Hambourg. — La (( monnaie de banque ». — Economie de temps et d'espace. — Sécurité. — Banques de dépôt.

II (. Moyens de remplacer la monnaie. — La lettre de change. — Le chèque. — Le chèque barré.

I\'. Les clearing houses. — Les clearing liouses en Angleterre. Aux Etats-Unis. — La vitesse de la circulation. — La circulation d'un pays est d'autant plus per[ectionnée que l'usage de la monnaie y est plus restreint relativement au chi([re de ses adaires.

\ . Les banquiers sont des courtiers. — L'escompte.

I. La langue économique est encore si peu précise, que l'on donne au terme : crédit, une extension qui non seulement dépasse son étymologie, ce qui ne serait rien, mais qui groupe sous ce titre un ensemble de fonctions qui ne sont pas rigoureusement similaires.

Ainsi, les institutions dites de crédit peuvent faire des opérations de natures diverses.

Elles peuvent se charger de la garde des métaux pré-

(1) Traité des Opérations de banque, par Courcelle-Seneuil, 9" édition mise à jour par André Liesse. Theory and History ai lianking, par le professeur Charles Dunbar (Harvard university). .1 History o( modem Banks o( Issue, par Charles A. Conanl (1896). Tlie Principales of money and Banking par le même (1906). A History ol BanKing in ail the leading nations by Thirtcen authors, edited by the Journal of Commerce and commercial Bulletin de New-York. 4 vol. in-4, 1896. L'histoire des banques dans les Etats-Unis a pour auteur le professeur Graham Sumner et comprend un volume ; celle de la Banque d'Angleterre a pour auteur Dunning Macleod et comprend 337 pages du second volume. Histoire de la Banque d'Angleterre, par M. Andréadès. 2 vol. (1904). Money, exchange and Banking, by H. T. Easton (1906). La collection des ouvrages publiés en 1910 et 1911 par la I\ational Monetary Commission. 31 volumes et un atlas de graphiques. (Voir la liste dans le Journal des Economistes, mars 1911).

cieux, titres, valeurs, garantir la bonne qualité de la monnaie, etc. Dans ce cas, leur fonction est une fonction de sécurité.

Elles peuvent économiser le transport des matières d'or et d'argent. Ici elles rentrent dans l'industrie des transports. Elles se donnent pour but de triompher de l'obstacle-espace.

Enfin, elles peuvent se donner pour but d'escompter des papiers de commerce, de faire des avances, de couvrir des emprunts ; et alors elles ont pour but de gagner sur le temps.

On comprend sous le nom générique de « banque » toutes les institutions qui font soit l'une, soit l'autre de ces opérations, soit toutes ces opérations simultanément.

II. Adam Smith a admirablement décrit les fonctions des banques au dix-septième siècle, dans de petits Etats. Elles n'ont point pour but l'escompte ; elles n'ont pas pour but de garder la monnaie, elles nont point pour but d'épargner le transport de la monnaie. Elles ont pour but de procurer de bonne monnaie.

Pour bien comprendre ce phénomène, il faut se figurer une ville à territoire réduit, faisant un grand commerce, comme Gênes, Hambourg, Amsterdam ; elle reçoit des Etats voisins toutes sortes de monnaies usées, rognées, à ce point qu'à Amsterdam la valeur des monnaies ayant cours était réduite de 9 p. 100. Dès qu'une bonne pièce paraissait, elle était fondue et exportée ; il en résultait que, la bonne monnaie manquant pour payer lès lettres de change, celles-ci avaient une valeur variable, fort nuisible aux intérêts du commerce. Pour remédier à ces inconvénients, on établit une banque en 1609, avec la garantie de la ville. Cette banque recevait les monnaies étrangères et les monnaies usées du pays, pour leur valeur intrinsèque en argent type du pays, déduction faite d'un tant pour cent extrêmement faible pour les dépenses de monnayage et les dépenses de manipulation. La banque ouvrait alors un crédit sur ses livres pour ce qui restait après cette déduction. Ce crédit s'appelait « monnaie de banque », et comme il représentait exactement de l'argent et qu'il sortait de l'hôtel de la Monnaie, il avait toujours exactement la

même valeur, et avait plus de valeur intrinsèque que la monnaie courante du pays (1).

La monnaie des banques de Venise, Gênes, Amsterdam, Hambourg, Nuremberg, était meilleure que les espèces courantes du pays ; elle produisait un agio qui était plus ou moins élevé, selon que les espèces courantes étaient réputées plus ou moins dégradées audessous du poids primitif de leur fabrication. L'agio de la banque de Hambourg, par exemple, qui était communément de 14 p. 100 environ, était la différence qu'on supposait exister entre la bonne monnaie de l'Etat, au titre primitif de sa fabrication et les monnaies courantes, usées, rognées et détériorées, qui y étaient versées par les Etats voisins.

Alors intervient une autre considération : l'économie du temps et de l'espace ; il n'y a plus d'argent à compter ni à transporter. Un simple transfert suffit.

La banque d'Amsterdam ne prêtait pas un florin des fonds qu'elle avait en dépôt : pour chaque florin dont elle donnait crédit sur ses livres, elle donnait la valeur d'un florin en argent ou en lingot.

Voilà une des formes primitives des banques.

Les banques de l'Italie étaient des compagnies financières qui prêtaient ou procuraient de l'argent au gouvernement des villes où elles se trouvaient. Ce ne fut que plus tard qu'elles firent des opérations commerciales de banque.

A la fonction très importante de former une bonne monnaie, s'ajoutait celle de la sécurité. La banque garantissait de la crainte du feu, des voleurs, des autres accidents.

Le besoin de sécurité provoqua la fondation de banques de dépôt. Les marchands anglais déposaient leur argent à la Tour de Londres jusqu'au moment où, sans les consulter, Charles P'" prit, à titre de prêt, 200.000 livres. Les marchands retirèrent le reste de leur argent et prirent l'habitude de le mettre en garde chez des orfèvres.

C'est ce besoin de sécurité qui provoque encore les énormes dépôts à la banque de France, à la banque d'Angleterre et dans les autres établissements de crédit.

(1) Smitu, liv. IV, chap. IIL

Si la banque de circulation donne un intérêt aux dépôts, les attire, elle est obligée d'en chercher l'emploi.

III. Les banques ont remplacé la monnaie métallique par les procédés suivants :

1° Monnaie représentative ;

2° Intervention des livres de crédit ;

3° Système du chèque et de la compensation ;

4° Usage des lettres de change de ville à ville et sur l'étranger ;

5° Système international de compensation.

Cet ordre n'est pas chronologique, la lettre de change a devancé le chèque.

Pour économiser le transport de métaux précieux ou de marchandises, on a trouvé, dès l'antiquité la plus reculée, un moyen : la lettre de change. Elle était connue à Athènes et à Rome. Au quatorzième siècle l'usage en était fréquent. Une des principales opérations de banque consiste dans le commerce des lettres de change. « London and Westminster Bank », la première banque de dépôts avec chèques, ne date que de 1834.

Le chèque n'existe en France, que depuis 1865, et l'usage n'en est pas encore entré dans nos mœurs.

Nous ne connaissons pas et les Etats-Unis, du reste, ne connaissent pas non plus, l'usage du chèque barré. (Crossed chèque). Ce chèque est traversé de deux barres dans lesquelles se trouve, s'il est général (( and C° » et s'il est spécial le nom d'une maison de banque. Il ne peut donc être touché que par un banquier. Cette pratique lui donne une sécurité absolue, oblige tout négociant d'avoir un banquier et permet la généralisation de la compensation (1).

Peu d'idées sont plus simples que celles du chèque. Deux personnes ont des relations d'affaires, tantôt elles vendent, tantôt elles achètent. Elles s'aperçoivent qu'il est inutile de transporter de l'argent de l'une chez l'autre pour le rapporter ensuite. Elles payent la différence.

Les négocionts de Londres ayant pris l'habitude de déposer leurs fonds dans des centres communs, un simple transfert sur les livres suffit. Le chèque est un ordre de transfert. Le morceau de papier que A donne à Z signifie

(1) V. les études de M. Duché fils dans les rapports de la Chambre de commerce française de Londres.

que la somme qui était au crédit de A est désormais au crédit de Z.

En Angleterre, les banques établirent entre elles ce système de compensation avant que l'usage des chèques ne fût introduit.

IV. Le clearing house fut fondé en 1775 par les garçons de banque qui trouvèrent plus simple de se rencontrer dans une taverne que* de faire des transports d'argent. Vingt-six banques se réunirent dans un même local, en vertu de leur propre initiative, formèrent une association privée et libre, inconnue à la loi. En 1810, elles étaient 40 ; aujourd'hui elles ne sont plus que 18, mais extrêmement puissantes. Tous les jours, elles opèrent un règlement d'écriture. Il se monte à 200 ou 300 millions de livres sterling par semaine.

Pas un seul shilling métallique n'intervient. Les différences se payent par des traites sur la banque d'Angleterre. Voilà certes une banque d'échange qu'aurait bien fait d'étudier Proudhon au lieu de rêver la sienne (1).

En 1856, Wilhin Gillet et sir John Lubbock organisèrent au clearing house un système de liquidation pour la province.

Toute banque de province a un compte courant avec quelques banques de Londres, et toutes les banques de Londres règlent chaque jour leurs transactions mutuelles à l'aide du clearing house. Il s'ensuit qu'un payement peut s'effectuer, d'une partie quelconque de la province à une autre partie quelconque, par l'intermédiaire de Londres.

L'institution des clearing houses s'est étendue. Il y en a à Manchester, à Liverpool, à Newcastle, à Leeds, Birmingham, Sheffiield, Bristol.

Voici quelques chiffres des opérations du clearing house de Londres.

Total pour l 'année

Ut. stfri.

(1) Emmanuel Vidal, les Clearing Houses, une broch. in-8, 1906.

Aux Etats-Unis, voici quelques chiffres indiquant les opérations du clearing house de New- York.

kmti liBimnt 1" 30 sf-ptembr.'.

Nombre de baDqiK'i

C;ipital.

Iloliar.i.

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