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LE TRAVAIL, LE BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL ET LES GRÈVES

La guerre et le travail. — Le Tailorisme. — Maximum d'effet avec minim^um d'effort. — La Société des Nations et le Bureau international du Travail. — Les huit heures. — Durée du travail mesure absurde. — Le Bureau du Travail érigé en surétat. — Rôle protectionniste de la réglementation. — Reconnaissance avouée du droit à la grève des chemins de fer. — La seniority. — Faiblesses. — Demande d'une commission dirigeante. — Contributions des mineurs à la caisse de l'Union. — Gaspillages. — Les mineurs anglais. — Les actions de travail.

La guerre n'a pas préparé au travail : elle a fait perdre à beaucoup d'ouvriers leurs aptitudes professionnelles en tout ou en partie. On a peut-être exagéré en parlant de la vague de paresse qui se serait étendue sur les anciens combattants; mais il est certain que les habitudes d'ennui et d'inaction, prises dans le séjour ides tranchées, n'ont pas été une bonne préparation pour la reprise de la vie active. Enfin, en France, il y a plus de 1.500.000 morts qui manquent à notre activité, et 700.000 mutilés qui ne peuvent effectuer l'effort d'hommes valides.

Pour remédier à cet état de choses, on a découvert tout d'un coup le Tailorisme, et il a été présenté comme une révolution dans l'organisation industrielle! Tailor n'était cependant pas le premier qui eût désiré obtenir le maximum d'effet utile avec le minimum d'effort.

Seulement, il eut le grand mérite de pousser plus loin qu'on ne l'avait fait les tentatives destinées à obtenir ce résultat pour le travail humain.

Je cite un exemple simple de l'application de sa méthode. Si on ne l'applique pas, on dépose un tas de briques sur un échafaudage, et le poseur de briques doit se baisser pour prendre chacune d'elles et la mettre en

place. A chacun de ses mouvements, il doit ajouter le poids de son corps au poids de la brique : de là un effort et une fatigue inutiles.

Au contraire, dans le système Tailor, en arrivant à son travail, il trouvera les briques qui devront forirer le mur rangées sur une table au moins au niveau de sa ceinture. D n'aura idonc qu'un mouvement transversal à faire : économie de fatigue et de temps (1).

C'est un nouveau degré dans la division du travail, qui ajoute une préparation à celle qu'on avait déjà l'habitude de faire pour permettre à l'homme d'accomplir sa tâche dans les meilleures et les plus économiques conditions.

L'application du tailorisme ne devrait trouver que de la sympathie chez les ouvriers; elle trouve, au contraire, de la résistance. Ils ont peur de trop produire trop facilement, comme si ce n'était pas le débouché qui leur assure la permanence du travail et l'augmentation des salaires. Ils en sont encore à croire que leur intérêt est opposé à la production à bon marché. L'hostilité aux machines chez beaucoup d'entre eux n'a pas disparu.

Dans mon ouvrage Les Garanties de la Paix, antérieur à la fin de la guerre, je signalais les dangers que pouvait avoir une Société des' Nations qui, ayant pour mission d'établir une paix internationale, pouvait être une organisation de guerre sociale.

Le paragraphe a de l'article 23 du traité de Versailles porte : « Les membres de la société... s'efforceront d'assurer et de maintenir des conditions de travail équitables et humaines pour l'homme, la femme et l'enfant, sur leurs propres territoires, ainsi que dans tous les pays auxquels s'étendent leurs relations de commerce et d'industrie, et. dans ce but. d'établir et d'entretenir les organisations internationales nécessaires. »

Le monde est épuisé par les destructions de capitaux, capitaux matériels et capitaux humains qui. pendant près de cinq ans, ont été exécutées avec un acharnement qui n'avait jamais atteint de telles proportions : et au lieu d'appeler chacun à donner toute son énergie à réparer ces pertes, les organisateurs de la Société des Nations ont eu pour premier mobile d'y apporter des limites.

(1) Voir pour les détails : Etude des mouvements, par P'rank B. Gilbrett, trad. franc. (Dunod.)

C'était le triomphe de Karl Marx : « Prolétaires, unissez-vous! » Les négociateurs du traité de Versailles savaient cependant que ses théories avaient abouti au gouvernement des soviets.

A la tête du Bureau International du Travail fut placé M. Albert Thomas, socialiste unifié, par situation plus que par conviction. Alors eut lieu la réunion de Washington qui s'empressa de voter la loi de huit heures. Le gouvernement et le Parlement français, par une peur pusillanime d'une démonstration au 1" mai. votèrent la loi du 23 avril 1919. A Washington, excepté M. Guérin, représentant des employeurs français, tous les délégués européens votèrent pour la limitation des huit heures. Ils croyaient faire de la politique habile pour se concilier les délégués des ouvriers. Ils auraient dû, au contraire, combattre cette proposition, pour deux raisons : 1° Les contrats de travail sont des contrats privés comme tous les contrats d'échange; 2" La durée est, de toutes les anesures du travail, la plus mauvaise.

La véritable mesure du travail, c'est son efficacité : elle seule peut en déterminer la valeur.

La durée du travail dépend de sa nature : tel travail, n'exigeant ni effort nerveux ni effort musculaire, peut être prolongé indéfiniment; tel autre qui exige une forte dépense dans quelques minutes doit être limité -par la fatigue qu'il cause.

En France, on s'est aperçu que les paysans étaient opposés à la limitation de durée des travaux agricoles. Galiani a dit que le cultivateur était un joueur contre les accidents météorologiques; et alors le gouvernement français a déclaré le Bureau International incompétent. La Cour internationale lui a donné tort. L'industrie agricole est une industrie, le travail agricole est un travail.

Le gouvernement français a soumis le travail des marins au régime des huit heures. La tempête peut venir, les huit heures sont écoulées : elle ne compte pas. Les Anglais ont refusé énergiquement d'accepter cet absurde régime. En France, le sous-secrétaire d'Etat à la marine marchande a reconnu que cette application de la loi de huit heures était une lourde charge : cependant, il n'ose en demander la suppression, pas même la suspension de son application. L'inscrit Rivelli, qui a organisé les grè-

ves des marins et qui a un bureau officiel au Sous-Secrétariat de la Marine, s'y oppose!

Le Bureau International du Travail fait des enquêtes, se livre à une forte propagande socialiste et, tout en n'allant pas jusqu'au communisme de Moscou, en prépare les voies.

11 entend constituer un surétat qui notifiera des décisions à tous Jes pays dont les socialistes devront culbuter les gouvernements qui essayeront de s'y soustraire.

Je dois ajouter qu'ils ont pour complices certains industriels et ouvriers non socialistes appartenant aux nations dont l'industrie est la plus développée. La réglementation du travail, imposée à des pays dans lesquels les salaires sont moins élevés, dont le travail est productif, est une des formes de protection au profit de l'Angleterre et des Etats-Unis.

Le Bureau International du Travail de la Société des Nations n'a point institué la paix sociale. Dans tous les pays, il y a eu des grèves et des menaces de grèves, La France est peut-être le pays où elles ont eu le moindre développement. En Angleterre, il y a eu de formidables grèves de cheminots et de mineurs. Et dans l'été de 1922, les hommes des mêmes professions l'ont pratiquée aux Etats-Unis.

Le Président Harding a déclaré que les employés de chemins de fer ne faisaient qu'user de leur droit de citoyens américains en suspendant leur travail. Cependant, il y a une différence entre un ouvrier qui quitte un atelier pour se reposer ou aller dans un autre, et une organisation qui se concerte pour suspendre les moyens de communication, dajis le but d'exercer une sorte de blocus à l'égard de leurs compatriotes. Il ne s'agit plus, ici, d'un acte de liberté du travail, il s'agit d'un acte de chantage à l'égard de la nation (1). Les employés de chemin de fer et les mineurs grévistes ont déclaré, le 28 juillet 1922, qu'ils ne rentreraient que « si les privilèges et les avantages de la seniority of rank étaient assurés ». Cette réclamation de la possession d'Etat signifiait que les Compagnies de chemins de fer devaient mettre à la porte les hommes qu'elles avaient engagés pour remplacer les grévistes.

(1) V. Yves Guyot. Les grèves et les chemins de fer, un vol. 1912 (Paris, F. Alcan).

Pour justifier cette attiLude, ils invoquaient « l'inviolabilité des contrats industriels et la vertu des -contrats collectifs », oubliant que c'étaient eux qui avaient violé ■ces contrats. Le Transportation Act de 1920, qui a constitué le Labor Board, ne déclare pas illégal pour les chemins de fer de remplacer les unionisites par des non' unionisites.

En dehors de toute considération de justice, les directeurs des Compagnies adoptant ce système, les hommes seraient plus disposés à faire grève, et la difficulté de maintenir les transports serait augmentée.

Cette faiblesse permettrait aux mineurs de dire : « Faites grève, vous n'avez rien à perdre. »

iM. Gompers déclara que « la fin de la propriété privée des faits » était proche. Immédiatement, le prési- ■dient de la National Coal Association télégraphia au Président Harding en lui demandant de nommer une commission d'enquête pour étudier les conditions de l'industrie minière (1).

Le public les connaît m^al; et il apprendrait des choses qud rétonneraient.

Les ouvriers disent que chacun d'eux doit donner à l'Union 5 cents par tonne de houille qu'il produit; et conime la" production est de 500.000.000 de tonnes de houille, le produit de cet impôt syndical serait de $ 25.000.000. Jamais il n'a été rendu compte de la manière dont il a été dépensé. Pourquoi y a-t-il deux fois autant d'hommes sur les feuilles de paie qu'il serait nécessaire dans les districts de soft charbon? N'y aurait-il pas lieu de remplacer les heures et la semaine courtes par un travail complet? Pourquoi y a-t-il toute une armée d'hommes inutiles conservés dans les mines, dont le coût est ajouté au prix du charbon? Tous ces gaspillages l'augmentent.

'Les mineurs -anglais ont demandé la nationalisation des mines. Dans une certaine mesure, ils l'ont obtenue. Le gouvernement anglais a veondu du charbon à l'exportation très cher et a employé une partie des bénéfices qu'il en a obtenus à assurer des salaires élevés aux mineurs. Quand, en 1921, il a annoncé qu'il allait renoncer à ce système, les mineurs ont décidé une grève qui a duré trois mois, d'avril à juin. Le gouvernement britan-

(1) The Wall Street journal, 25 juillet 1922.

nique ne pouvait plus vendre du charbon au dehors. Il était trop cher, et le charbon américain venait lui faire concurrence dans la Méditerranée.

La leçon a été dure et le chômage de 1922 en a été une conséquence.

Les sénateurs Chéron et Charles Deloncle ont fait voter la loi du 28 avril 1917 sur les actions de travail. Elle introduit, dans les conseils d'administration, d;es représentants des ouvriers qui n'auront pas versé de capital, mais qui auront part aux bénéfices et n'auront pas à supporter les pertes, A la fin de 1918, une seule Société, la Noria, avait adopté ce régime. Maintenant, il y en a quatre ou cinq. Comme elles ne se constituent pas volontairement, logiquement les auteurs de cette loi veulent y soumettre les Sociétés récalcitrantes. M. Lairolle a demandé qu'on l'appliquât à la Banque de France, lors du renouvellement de son privilège; le socialiste Lebey entendait imposer, à la Banque de France, l'obligation ■de donner des subventions aux Sociétés qui adopteraient cette forme. Depuis, on l'a imposée en partie aux chemins de fer, et tout membre du Parlement qui veut faire de la démagogie ne manque pas de l'introduire dans les proposition^ les plus variées. C'est du soviétisme par insinuation.

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