‹ La science économiqueChapitre 6 sur 210 · MU PREFACE · texte numérisé non relu

MU PREFACE

1° La Science Economique classique esl la doctrine de l'égoïsme ;

2° En essayant de dégager des principes, elle arrive à des généralisations erronées et dangereuses ;

3° En voulant substituer ses conceptions aux institutions du passé qui n'y sont pas conformes, elle est révolutionnaire ;

4° En prenant pour devise : laissez {aire, laissez passer, elle livre tous les intérêts à la concurrence, et elle sacrifie ainsi les plus faibles aux plus forts ;

5° Elle prétend que tous les intérêts sont harmoniques ;

6° Elle est internationale et cosmopolite, au lieu d'être nationale et patriotique (l).

Dans ces allégations, il y en a d'erronées : Adam Smith n'a pas dit que tous les intérêts sont harmoniques et Bastiat avait fait suivre le mot intérêts de l'épithète « légitimes ».

Mais les économistes n'ont pas cru que, seuls dans la nature, les phénomènes économiques sont livrés au caprice, se manifestent à l'état de miracles quotidiens ; et ils ont constaté la coordination constante et universelle de certains d'entre eux.

La Science Economique est internationale et cosmopolite comme l'arithmétique. Elle admet qu'il y à des faits nécessaires, sans lesquels le monde ne serait pas ce qu'il est.

De même que toute science a pour point de départ cette véri<té : « Rien ne se crée, rien ne se perd », la Science Economique, qui a pour objet de déterminer les conditions objectives de la valeur, repose sur ce fait : Tout se paye-. Rien n'est gratuit.

La propriété est un fait nécessaire : car l'échange est impossible entre gens qui ne posséderaient rien.

(1) Voir Liv. XII, ch;ip. V. Lca Postulais des Socialistes.

La Science Economique considère la concurrence comme le grand mobile d'action de tout être organisé ; ses contempteurs en connaissent-ils un autre ?

La Science Economique a fait des généralisations. Mais une science n'existe qu'à cette condition. La généralisation erronée est l'étape vers les généralisations de l'avenir. Ptolémée prépare Galilée.

Tant que les socialistes sentimentaux n'auront pas prouvé que le marchand offre ses marchandises par dévouement à ses semblables ; que l'industriel risque ses capitaux et dépense ses forces pour le plaisir de produire et non pas pour vendre, le mobile économique de l'homme restera le gain. Sans doute, il y en a d'autres, mais la plupart ne concernent la Science Economique que comme des éléments perturbateurs. L'esprit de concurrence et le besoin d'acquisition par l'échange ont-ils donc jeté de telles calamités sur le monde qu'ils méritent l'indignation pudibonde de tous ceux qui présentent, comme solutions, leurs généreux boniments ?

Les fondateurs des banques, les constructeurs de chemins de fer, les promoteurs des compagnies de navigation, les inventeurs des procédés qui ont transformé l'industrie métallurgique, les inventeurs de la machine à coudre et de la dynamite, les promoteurs des compagnies d'assurances, n'ont point agi par sensiblerie et par dévouement à leurs semblables.

Mais comparez l'œuvre de saint Vincent de Paul à celle d'Arkwright, de Watt ou de Fulton ? Ces inventeurs, ces industriels, ces financiers qui, par la réunion des capitaux, ont pu réaliser des œuvres que n'auraient osé rêver les plus somptueux des Pharaons ou des Empereurs romains, ont donné à des millions d'individus des moyens d'existence, l'aisance, la fortune ; ils sont centuplé la force de l'homme et lui ont

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