LE CAPITAL
I. Distinction entre la richesse et le capital. — Distinction des économistes classiques. — Exclusion de la terre comme capital. — La nomenclature de M. J. Garnier. — Tradition féodale d'après M. Davenport. — Bœhm Bawerk.
II. Fausse définition de James Mill : « Le capital est du travail accumulé. » Définitions. — Le mot capital comprend toutes les utilités- laisant (onction économique. — Toute portion de richesse qui entre dans l'échange fait fonction économique.
I. Au point de vue économique, quel usage l'homme fait-il de ses utilités ? S'il conserve son trésor, il en jouit passivement, il ne lui donne pas une fonction économique. Il consomme pour sa jouissance les fruits de son jardin. Il ne donne pas à cette utilité une fonction économique.
Pour indiquer la dynamique des utilités, M. Bœhm Bawerk propose d'employer à la place du mot « utilisation », l'expression de « prestations en utilité (1) ».
A quoi bon ? Il y a une expression beaucoup plus nette.
Le mot CAPITAL comprend toutes les utilités faisant fonction économique.
Cette définition m'est personnelle et n'a pas été admise par les économistes classiques. Rossi, Coquelin, Joseph Garnier et MM. Paul Leroy-Baulieu, Colson ne considèrent pas la terre comme un capital. M. Paul Leroy- Beaulieu exclut le champ de cette appellation, mais il la donne à la maison. M. Joseph Garnier a dressé un tableau des fonds productifs de la société ; il les divise en trois catégories qu'il désigne de la manière suivante :
« 1° Instruments naturels ou non appropriés, comprenant : la mer, les cours d'eau publics, l'atmosphère, la chaleur du soleil, les autres forces de la nature, physi-
(1) De l'Intérêt du capital, trnd. franc, t. I, p. 29L
nn LA SCIENCE ÉCONOMIQUE
ques, chimiques, mécaniques, qui sont à la disposition de tout le monde ;
« 2° Les instruments naturels appropriés, comprenant : la terre, le travail ;
« 3° Les instruments artificiels ou acquis et appropriés, c'est-à-dire :
« Le capital : Le capital matériel, comprenant tous les produits :
(( Provisions, semences, matières premières, produits fabriqués, oiitils, machines, bâtiments, bestiaux, monnaie, etc., résultant d'une industrie antérieure ;
« Comprenant encore le capital employé à l'amélioration du soi et faisant corps avec lui, ce qui donne à la terre le double caractère d'instrument naturel et d'instrument acquis ;
(( Le capital immatériel, comprenant les clientèles, les ; procédés, les connaissances, scientifiques, littéraires, artistiques, etc. ; ces dernières constituent le capital intel lectuel. »
D'après ce tableau, la terre, en comprenant sous cette '] dénomination les cours d'eau, les mines, représenterait des instruments naturels appropriés. Mais la houille, matière première, mais le minerai de fer, matière pre mière, représenteraient des instruments artificiels appropriés ! Bien plus, l'amélioration du sol, faisant corps avec lui, serait im capital, et la terre n'en serait pas un. Le tuyau de drainage serait un capital, mais l'arbn planté serait-il un instrument naturel ou un instrumen artificiel ? J.-B. Say avoue lui-même que la distinction n'est pas facile. Toute appropriation n'est-elle pas le résultat de l'industrie de l'homme ? Par conséquent, d'après la définition de M. Garnier lui-même, la terre appropriée | est un capital, comme tout autre agent naturel.
Quelques économistes commencent à supprimer cett distinction scolastique. M. Cauwès regarde la terr comme un capital (1). M. André Liesse déclare que « sfflij par terre, on entend une portion du sol déterminée, ap-, propriée, la terre est un capital (2) ».
Bœhm Bawerk dit : c< Le capital est un ensemble de moyens d'acquisition produits par l'homme ! »
(1) Cours- d'Economie politique, t. I, p. 174.
(2) Dictionnaire d'Economie politique.