LE CAPITAL SUBJECTIF ET LE CAPITAL OBJECTIF
Les utilités gratuites. — Erreur. — Le terme utilité implique ridée d'appropriation. — ■ Le travail. — Le capilal subieclil maximum d'utilité avec un minimum d'e[(ort. — Le capilal obiectil se compose de toutes les autres utilités faisant fonction économique. — « Toute richesse vient du travail. » — Erreur. — Cunin-Gridaine et Sismondi. — L'elfort et la satisfaction. — Confusion de la peine et de la iouissance. — Le maximum d'utilité avec lin minimum d effort. — Le capital subiectif est un capital fixe.
Toute action qui a pour but de procurer à l'homme une utilité quelconque comporte un effort, plus ou moins intense, plus ou moins réfléchi, plus ou moins pénible. Cet effort, c'est le travail.
Le travail est tout acte d'acquisition résultant d'un effort personnel.
Tantôt le travail s'exerce sur l'homme lui-même, ou plutôt sur certaines parties de l'homme, L'hercule de foire développe ses biceps, la chanteuse sa voix, la danseuse ses jarrets ; tous ceux qui se livrent à un travail intellectuel quelconque, mathématiciens ou comptables, romanciers ou savants, développent leurs aptitudes cérébrales.
Couramment, on dit que cette force, que cette voix, que ce talent, constituent un capital ; et on a raison, car ces utilités font fonction économique, elles sont productives. En prenant, dans le sens que leur a donné Kant, le mot subjectif, qui appartient au moi, et le mot objectif, qui est en dehors du moi, nous constatons l'existence de deux sortes de capital.
La capacité de chaque individu constitue son capital subjectif. Elle comprend des utilités, telles que la force du manœuvre, la science de l'ingénieur, l'habileté professionnelle de l'ouvrier ou de l'administrateur.
Le capital objectif comprend toutes les autres utilités faisant fonction économique.
D'après la définition donnée du capital fixe, la capacité de lïndividu est un capital fixe : c'est son outil, c'est en la conservant qu'il est apte à produire. On dit à tort, que le travail, qui représente l'emploi de cette capacité, est une marchandise. L'individu ne peut en vendre que les résultats sous forme de produits matériels ou sous forme de services.
Le capital subjectif est un capital fixe.
Au point de vue économique, c'est comme capital fixe que Vhomme doit être envisagé.
II. Il faut se garder ici de l'erreur dans laquelle est tombé James Mill. — Toute richesse xii-ni. du travail. « Le travail constitue la richesse d'un jjcuple, » disait M. de Saint-Cricq, ministre du Commerce, immortalisé par Bastiat, et cette phrase est ressassée encore aujourd'hui dans toutes les discussions économiques, dans tous les manifestes protectionnistes et socialistes, dans les discours officiels.
A ce compte, la richesse rjerait donc proportionnelle au travail ? Or, le travail, pour procurer une utilité quelconque, doit être d'autant plus grand que la terre est moins fertile, que les moyens mécaniques sont moins perfectionnés. Donc, la richesse serait en raison inverse de la fertilité du sol et du progrès mécanique. Le plus sûr moyen de devenir riche serait d'aller labourer le Sahara et cultiver le Groenland.
Cela a été dit. M. Cunin-Gridaine, autre ministre du Commerce, sécriait : « Inventez une machine qui augmente de moitié la main-d'œuvre, afin de donner de l'ouvrage aux ouvriers. »
Tout le monde connaît l'hypothèse de Sismondi (1). Il suppose une machine dont la manivelle serait placée dans la main du roi ou d'un ministre qui la ferait tourner sans effort et elle accomplirait toute la besogne que font aujourd'hui, si péniblement, tant de millions d'hommes. Ce résultat serait, pour Sismondi, la ruine du pays ; car ces hommes n'auraient plus de travail. En dépit des faits, tous les protectionnistes de tous
(1) ]\ouccauz principes d Economie poL, 1" édil., 1820, 2* édil.,
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les pays, y compris M. Chamberlain et les Tarifs of licformers, répètent : « Nous vivons de travail. Il faut défendre le travail. »
C'est la confusion si brillamment relevée par Bastiat, entre le mal et le bien, la peine et le plaisir, le moyen et le résultat. Le travail est un effort qui a pour but de donner une satisfaction. L'effort est le mal et la satisfaction est le bien. Le travail est la peine. Le but, c'est la jouissance. Chaque individu s'efforce de diminuer l'effort et d'augmenter la satisfaction. C'est pour cela qu'en dépit des apologistes du travail, les individus ne cessent pas d'inventer des machines qui ont pour but de le réduire. On ne vit pas de travail ; on vit des résultats du travail ; l'idéal, c'est de se procurer le maximum d'utilité avec un minimum d'effort.
Sous quelque forme qu'il se présente, le travail est l'application de nos facultés à la satisfaction de nos besoins. On peut le définir : l'effort personnel de l'homme pour V appropriation des utilités.
Il y a deux sortes de capital :
1° Le capital subjectif est la capacité productrice de chaque individu ; il est un capital fixe.
2° Le capital objectif comprend toutes les autres utilités faisant fonction économique.